Nutrition

Faire évoluer sa diète paléo

posted by Paléo Québec avril 8, 2013 9 Comments
diète paléo québec

J’ai une confession à vous faire. Je déteste le nom « paléo ». Pas parce que je le trouve laid – au contraire, c’est un préfixe que je trouve génial et imposant. Je le déteste plutôt à cause de ce qu’il implique.

Quand on tente d’expliquer à quelqu’un ce qu’est la diète paléo, on répond approximativement ceci « Je mange un peu comme les chasseurs-cueilleurs de l’époque paléolithique : viande, fruits, légumes, noix et racines parce que l’être humain a évolué avec ces aliments. Nous ne sommes pas vraiment adaptés pour consommer des produits céréaliers ou laitiers. » L’argument « L’être humain à évolué avec ces aliments » est un argument sensé, mais parce que vous avez utilisé le terme « Chasseur-cueilleur », vous venez de perdre toute crédibilité auprès de vos amis / famille / collègues de travail. En plus, si on réfléchit un peu à l’affirmation de base, « Manger les aliments avec lesquels nous avons évolué », elle constitue une bonne base, mais elle est incomplète. Plusieurs contre-arguments peuvent être y être apportés :

L’être humain évolue constamment.

Si l’être humain évolue constamment, il peut s’adapter à de nouvelles sources de nourriture.

Si on ne mange que ce avec quoi on a évolué, on pourrait se priver de nouvelles sources de nutriments pas encore découvertes.

Diète pour laquelle nous sommes biologiquement adaptés

C’est pourquoi, messieurs-dames (des cavernes), laissez-moi jeter un pavé dans la mare du terme « paléo ». Nous devrions plutôt parler de « Diète pour laquelle nous sommes biologiquement adaptés ». C’est sûr que la DPLNSBA, ce n’est vraiment pas vendeur… mais c’est plus exact. Tout en sachant que « paléo » demeure un excellent canevas de base sur lesquelles l’immense majorité d’entre nous pouvons nous fonder, il y existe des variances individuelles qui sont non négligeables.

Il n’y a donc pas qu’une seule diète paléo. Elle est individuelle à chacun. Par exemple, j’ai une bonne tolérance des produits laitiers. Après un entraînement en résistance assez intense, je ne rechigne pas à prendre une portion de protéines de Whey avec du yogourt grec, même s’il s’agit de protéines laitières. J’ai toutefois un léger problème avec repas très riches en glucides – j’ai tendance à me sentir un peu ballonné après. Guillaume, c’est le contraire. Les produits laitiers lui font couler du nez et racler sa gorge comme un chat qui s’est fait asperger par un putois. Mais ce gars-là peut manger des glucides comme j’ai rarement vu personne le faire. Peut-être que s’il arrêtait de grouiller ça changerait, mais je le connais et je suis pris avec comme ça. Passons…

Lorsque j’explique le concept de biologie de l’évolution, que l’être humain n’a cessé d’évoluer même depuis l’arrivée de l’agriculture, je suis souvent confronté à cette objection :

Les humains n’ont pas arrêté d’évoluer depuis l’ère paléolithique! Les produits céréaliers sont présents depuis 10,000 ans, je dois bien y être adapté! Pourquoi je n’en mangerais pas?

Impossible de le nier. Les êtres humains ne sont pas des singes en cravates – l’homo erectus est devenu l’homo habilis qui est devenu l’homo sapiens. Le premier « être humain » qui a brûlé une carcasse sur un feu fortuit et celui qui écrit des textos sur son téléphone intelligent n’est pas le même qui a été transposé des millions d’années en avant. Nous avons subi des épreuves et passé à travers des environnements qui ont suscité des mutations peut-être pas profondes, mais suffisantes pour nous différencier de ce lointain cousin. Pensons entre autres à nos couleurs de peau – face à une exposition constante au soleil, des membres de notre race ont développé une peau brune qui est très adaptée au soleil tapant des contrées équatoriales. D’autres, des contrées plus froides, avaient une peau blanche qui est plus apte à tirer le maximum des rayons UVB du soleil pour synthétiser de la vitamine D.

Donc oui, vous *pouvez* manger des produits céréaliers. C’est très facile de survivre à l’aide d’une alimentation de produits céréaliers, à preuve, nous sommes 7 milliards d’habitants sur terre et le chiffre ne décroît pas depuis des millions d’années (si on néglige des pandémies et autres catastrophes). Vous en extrairez sans doute suffisamment de nutriments pour vous rendre à un âge ou vous pourrez vous reproduire. En mangeant des produits céréaliers cependant, vous faites un choix. D’une part, vous faites le choix de manger des aliments qui sont nutritionnellement inférieurs à d’autres que vous pouvez vous lancer derrière la cravate. D’autre part, vous consommez un aliment qui est associé, chez une bonne proportion des gens, à des effets adverses sur la santé. Le gluten, les prolamines et les lectines, pour ne nommer que celles-là, sont des molécules qui nécessitent des enzymes spécifiques pour leur digestion, enzymes dont nous ne sommes pas nécessairement dotés (ou en très faibles quantités). Peut-être que si nous avions été exposés à des produits céréaliers pendant de plus longues périodes de temps nous l’aurions été. Entre temps, nous sommes certainement adaptés à survivre à l’aide de produits céréaliers. Mais bien vivre? Ce n’est pas ce que l’on observe.

Et les produits laitiers, eux?

Avec l’arrivée de l’agriculture et de la domestication de bêtes, nous nous sommes mis à boire leur lait. Depuis cette exposition constante et fréquente, certaines population ont conservé le gène lactase passé 5 ans car leur « tribu » s’y est tellement habituée que leur corps n’interprète pas les produits laitiers comme un produit engraissant pour nourrissons, mais comme un aliment en soi. Les contrées africaines et ceux de descendance européenne ont de forte chances de tolérer le lactose. Des gens d’origines asiatiques très peu. Le test ou l’on supprime les produits laitiers de son alimentation pendant 30 jours et ou on les réintègre passé cette date est relativement utile pour déceler son niveau de tolérance. Comme je le disais plus haut, même entre Guillaume et moi il y a de fortes différences de réactivité – et c’est à vous de tester afin de déceler votre degré de réactivité.

Remarquez que les produits laitiers ne sont pas égaux. La poudre de protéines de Whey est constituée à partir de cette protéine, qui est bien digérée chez une grande partie de la population. L’autre protéine commune des produits laitiers est la caséine, que l’on va retrouve dans le lait, la crème et les fromages. Le lactose est quant à lui un sucre, et peut être moins bien digéré, dépendant de votre origine ethnique.

Si vous réintégrez des produits laitiers dans votre alimentation, allez-y dans cette ordre-là : ghee (beurre clarifié ; zéro caséine, zéro lactose), beurre (traces de caséine et de lactose), fromage à pâte ferme (cheddar, présence de caséine et traces de lactose), crème épaisse et lait. Dans un monde idéal, ces produits ne seraient pas pasteurisés, mais au Québec, ce n’est pas possible d’obtenir de tels produits, car la loi oblige la pasteurisation.

Ok, ok – les produits laitiers, ça va. Sinon, tu ne mangeras JAMAIS ce qu’un chasseur cueilleur n’a pas mangé?

Jamais? Non. Les chasseurs-cueilleurs nous donnent un canevas qui est très intéressant, mais dire que nous sommes coincés à l’intérieur du cadre est une étape que je ne suis pas prêt à franchir. Pensez que pour le premier humain primitif qui a mordu dans une carcasse animale qui trainaît ou qu’il avait chassée, la viande était un nouvel aliment. Les végétaux amidonnés ont également fait du chemin dans notre ADN pour être mieux digérés et absorbés (c‘était le sujet de la présentation de Chris Masterjohn au Ancestral Health Symposium 2012). Essentiellement, des chimpanzés ont une ou deux copies du gène sécrétant de l’amylase, l’enzyme qui permet de digérer l’amidon. Or, certains humains ont jusqu’à douze copies de ce gène! Et plus on en a, plus on digère l’amidon efficacement. Les êtres humains d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de moi, Guillaume ou vous, pouvons généralement manger des patates après un entraînement intense et il n’y a généralement pas de problèmes, même s’il s’agit d’un aliment introduit relativement récemment dans notre patrimoine génético-alimentaire.

Dire qu’on ne mangera que de la viande, des baies et des racines est réducteur et serait ignorer la réalité évolutive de l’être humain : on tente de se reproduire et de passer nos gènes à la génération future en se nourrissant de ce que l’on peut trouver, idéalement des aliments les plus nourrissants possible. Je n’ai pas de doute que des chasseurs-cueilleurs se sont sustentés à l’aide de plantes graminées à un point ou à un autre de leur existence, mais d’un point de vue historique ils n’en ont pas fait une part importante de leur diète : au mieux, c’est un indice que ce n’est pas un aliment idéal, ce que la science et les observation empiriques ont tendance à corroborer.

Ma tête tourne. Je devrais retenir quoi de ton article beaucoup trop long?

– Les graminées et les légumineuses, c’est toujours aussi faible en nutriments et toujours aussi peu optimal pour une bonne santé.

– Mettez-vous dans la bouche ce que vous tolérez. Les produits laitiers vous donnent de l’acné? Diantre, arrêtez d’en consommer. Le riz blanc, même si c’est une graminée, passe comme un charme dans votre système digestif? N’en faites pas votre plat principal, mais ne vous en privez pas.

– Continuez à manger une diète « paléo » – le fondement chasseur-cueilleur est bon, mais pas parfait. Servez-vous de ce canevas pour tester ce que vous tolérez le mieux et manger le plus nutritivement possible.

Et la prochaine fois que quelqu’un vous demande « C’est quoi une diète paléo », répondez-leur : « C’est une diète basée sur la théorie de l’évolution ». C’est plus crédible!

Vincent

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9 Comments

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Reply
Julien avril 12, 2013 at 3:39

un article plein de bon sens qui fait son entrée dans la Revue de Net
http://paleoqc.com/2013/04/08/faire-evoluer-sa-diete-paleo/

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Julien avril 12, 2013 at 3:40

Pardon, voici le lien
http://regimepaleo.wordpress.com/2013/04/12/la-revue-du-net-paleo-32/
et encore félicitation!

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paleoquebec avril 12, 2013 at 6:29

Merci pour la super référence!

Longue vie à Régime Paléo!

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Julien avril 12, 2013 at 9:14

Continuez à écrire des articles d’une aussi belle qualité, et vous deviendrez un habitué!

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Audrey Murray mai 14, 2013 at 8:58

Bonsoir à vous deux,
Je me suis convertie au mode de vie paléo il y a maintenant 7 jours après avoir lu le livre de Aglaée Jacob. Ce qui m’a fait penché pour cette diète, c’est qu’elle colle davantage à mon mode de vie déjà actif, c’était un non sens déjà pour moi les produits transformés et les « cochonnerie ». Je n’ai pas vraiment de poids à perdre, je cherche seulement un meilleur état général. Sans aucune difficulté j’ai éliminé d’un coup les produit céréalier et laitier. Les 4-5 premiers jours j’avais des fringales incroyables entre les repas, là depuis deux jours, j’ai un énorme mal de tête. Je me dis que c’est probablement le « méchant » qui sort ?!? De plus, aujourd’hui au gym je n’ai pas été capable de suivre ma routine habituelle, on dirait que je manquais de force. Normalement je fais 80 lbs sur le bench, ce midi j’ai eu de la difficulté avec 65 lbs. Je ne me décourage pas, mais ma question est combien de temps ce sevrage peut durer? Merci, Audrey

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paleoquebec mai 15, 2013 at 8:18

Salut Audrey!

D’habitude, il en faut entre une semaine et un mois à l’organisme avant de s’adapter à cette nouvelle diète. Une diète plus paléolithique est habituellement moins riche en glucides, ce qui peut contribuer à un état d’éveil moindre, une sensation de baisse d’énergie ou carrément une léthargie. Tu peux tenter de persister dans ta présente voie pour vérifier si ton état s’améliore ; tu pourrais également tenter d’enrichir ta diète en glucides avec des fruits et légumes amidonnés (patates douces, plantains, bananes, patates, courges en tous genres…)

Pour ce qui est des fringales, cela peut être un apport en fibres moindre, peut-être une crainte de manger trop de gras (qui sont assez remplissants comme nutriments) ou encore de protéines (encore plus bourratifs!), ou carrément notre organisme qui tente de s’ajuster, car la constitution des repas change, ce qui peut entraîner une réponse différente des signaux de l’estomac et donc des hormones de la faim. Une poignée de noix entre les repas a souvent raison de ces fringales.

Pour ce qui est du mal de tête, c’est difficile à déceler! Peut-être est-ce du à un évènement extérieur, trauma ou déshydratation par exemple, mais c’est peut-être dû à la diète effectivement. Des fois, la « détoxification », en coupant le café ou le sucre raffiné, a un peu l’effet de sevrage d’une drogue… tu as l’air déterminée à continuer et je t’encourage à le faire!

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