Nutrition

Pseudoscience, ou paléoscience? Des études!

posted by Paléo Québec janvier 13, 2014 5 Comments
études paléo québec

La critique la plus sévère de la diète paléolithique vient sans doute du fait qu’il s’agit d’une pseudo-science, d’une hypothèse non testée, et qu’il n’existe pas d’études prouvant de façon significative que cela fonctionne vraiment. C’est faux, et cet article a pour but de rectifier cela.  Il demeure cependant quelques objections légitimes soulevées par rapport aux études sur la diète paléo. Le plus souvent, elles sont :

1) Dotées d’un faible nombre de participants ;
2) Ne durent en général pas longtemps ;
3) Ne sont pas de type « Essai randomisé contrôlé ».

D’emblée, le meilleur standard scientifique que nous avons est le modèle « d’essai randomisé contrôlé » – où un groupe de participants est tellement grand qu’il est représentatif de la population. On sépare ce groupe en deux parties identiques – autant de fumeurs, d’hommes, de femmes, d’obèses, etc. de chaque côté. On fait vivre ces sujets de manière identique sauf pour un détail qui distingue les groupes – par exemple un médicament qu’ils reçoivent ou pas – et on observe des marqueurs pré-établis durant une période suffisamment longue. Mêmes les chercheurs ne savent pas qui est dans quel groupe, ils le savent après coup pour ne pas biaiser l’étude. On se rend compte que la nutrition est donc impossible à étudier selon ce standard – même si les sujets n’ont aucune idée qu’ils mangent une diète paléo, les chercheurs s’en rendent compte.

Ce n’est pas une défaite pour le paléo, car toutes les études nutritionnelles sont sur le même pied d’égalité, avec les biais que cela implique.

Il faut aussi prendre en compte que la notion de « diète de chasseur cueilleur » est récente en tant que telle. Il est normal que les études soient à petite échelle et de nature plus observationnelle, car on veut vérifier quels phénomènes se produisent et dans quelle direction. C’est un peu comme apprendre à manoeuvrer un deltaplane en plein vol et devoir trouver son chemin en même temps.

Remarque pour plus de clarté: le terme  »significatif » dans cet article est utilisé pour signifier que les résultats n’étaient statistiquement dûs à la chance que 5% du temps ou moins, le standard habituel en science.

Sans plus tarder, voici quelques études sur la diète paléo!

1 : Metabolic and physiologic improvements from consuming a paleolithic, hunter-gatherer type diet / Amélioration métaboliques et physiologiques lors de la consommation d’une diète de type chasseur-cueilleur ou paléolithique, par la Dre Lynda Frassetto (au Ancestral Health Symposium 2012, elle a exposé son article).

Cette étude a vérifié l’effet de la diète paléo à court terme chez 9 participants sédentaires non-obèses. Les trois premiers jours, ils consommaient leur diète normale – les sept suivants, ils augmentaient leur apport de potassium et de fibres. Pour les 10 derniers, ils ne mangaient que des viandes maigres, des fruits, des légumes et des noix, et ce, ajusté de manière isocalorique pour ne pas provoquer de perte de poids. Résultat net : les sujets ont vu leurs niveaux de cholestérol LDL et leurs triglycérides baisser, ainsi que leur pression diastolique. Les critiques demeurent toutefois relativement valides : il y avait peu de sujets, quoique le protocole était très rigoureux (les plats étaient préparés pour les sujets, les mesures étaient prises aux même moment et ont été dupliquées). Les sujets étaient de race différente, mais les résultats sont tous allés dans le même sens, quoique à des degrés différents. Finalement, le fait de ne pas avoir eu de groupe identique servant de groupe contrôle n’est définitivement pas idéal au niveau méthodologique. Les résultats démontrent une consistance, mais il s’agit d’un résultat et non d’une justification méthodologique.

2 : Beneficial effects of a Paleolithic diet on cardiovascular risk factors in type 2 diabetes: a randomized cross-over pilot study / Effets bénéfiques d’une diète paléolithique sur les facteurs de risque cardiovasculaire chez des gens souffrant de diabète de type 2 : une étude pilote randomisée « Cross-over », par Jönsson T. et al, et supervisée par le Dr Staffan Lindeberg, un des pionners de la diète paléolithique.

Cette étude visait à identifier les facteurs de risques traditionnels chez 13 sujets diabétiques de type 2, qui l’étaient depuis environ 9 ans. Ces 13 sujets ont alterné entre deux diètes – une diète paléo classique, et une diète dite « diabétique », telle que recommandée par les nutritionnistes, chaque diète étant adoptée pendant 3 mois. Les sujets étaient libres (pas de repas préparés). Résultat net : la diète paléolithique a des différences significatives avec la diète pour diabétiques comme la diminution de la HbA1C (hémoglobine glycée), une augmentation du HDL, une baisse des triglycérides circulants, une baisse du poids et de l’IMC. A noter que la diète paléo avait moins de calories et moins de sucre que la diète diabétique… mais en situation où les repas ne sont pas préparés à la place des sujets, savez-vous ce que ça signifie? Que les gens qui mangent paléo sont plus aptes à contrôler leur alimentation par eux-mêmes.

3 : Jönsson et Lindeberg ont également d’autres études. Examinons Paleolithic diet confers higher insulin sensitivity, lower C-reactive protein and lower blood pressure than a cereal-based diet in domestic pigs /. Une diète paléo, plutôt qu’une alimentation basée sur les produits céréaliers, augmente la sensibilité à l’insuline, diminue la protéine C-réactive et la pression sanguine chez des cochons.

Les cochons sont le modèle animal le plus utilisé pour reproduire les humains. En séparant 24 porcelets sevrés dans deux groupes (un groupe paléo, un groupe céréalier), les checheurs ont trouvé que les porcelets paléo sont significativement moins pesants, ont moins de gras sous-cutané, ont en moyenne QUATRE FOIS MOINS de protéine C-réactive*** et ont une pression sanguine diastolique moins élevée. Les porcs étaient nourris par un éleveur expérimenté, mais qui les nourrissait de façon subjective. Il demeure possible que les cochons aient été sous-alimentés, mais cela serait étonnant, car leur température corporelle serait plus basse que la normale. Elle ne l’était pas.

*** La protéine C-réactive est utilisée comme un marqueur d’inflammation. En général, moins elle est élevée, plus c’est bon signe pour la santé.

4 et 5 : La prochaine paire d’études des chercheurs Jönsson et Lindeberg va faire suer quelques nutritionnistes. Paleolithic diet is more satiating per calorie than a Mediterranean-like diet in individuals with ischemic heart disease / La diète paléolithique est plus satiétante par calorie qu’une diète méditéranéenne chez des gens souffrant de maladies ischémiques du coeurA Paleolithic diet improves glucose tolerance more than a Mediterranean-like diet in individuals with ischaemic heart disease / Une diète paléolithique améliore la tolérance au glucose plus qu’une diète méditerranéenne chez des individus souffrant de maladies ischémiques du coeur.

Ces études ont été séparées, mais sont basées en réalité sur le même essai – 12 semaines de diète paléo vs diète méditérannéene pour respectivement 14 sujets et 15 sujets. Les participants paléos avaient tendance à moins manger en conditions de vie normales (« Free-living »), avaient une charge glycémique moins élevée, un taux de leptine (hormone de la faim) moins élevé qui se corrélait avec une diminution du tour de taille, et une meilleure sensibilité à l’insuline.  Ces études sont importantes, car la diète méditerranéenne est tenue en haute estime par les nutritionnistes – faute de mieux. Il semble justement que le paléo fait mieux! Ce n’est pas rien.

6 : L’étude qui suit a une valeur symbolique, et vous comprendrez pourquoi en lisant le titre : Marked improvement in carbohydrate and lipid metabolism in diabetic Australian aborigines after temporary reversion to traditional lifestyle / Améliorations du métabolisme des lipides et des glucides chez des aborigènes australiens après un retour à leur mode de vie traditionnel.

Malheureusement, cet article est derrière un « paywall » (il faut donc débourser pour l’obtenir), mais l’abstract nous indique que 10 aborigènes en surpoids qui sont revenus à leur régime de vie ancestral ont vu leur poids diminuer, leur marqueurs de tolérance au glucose s’améliorer et leur taux de triglycérides et de VLDL chuter spectaculairement. Cette étude appuie aussi le fait que même si la nutrition représente une portion de l’équation, le style de vie – jouer dehors, prendre du soleil, mieux dormir – est également très important.

7 : La dernière étude, Palaeolithic-type diet causes strong tissue-specific effects on ectopic fat deposition in obese postmenopausal women / Une diète paléolithique a des forts effets sur la déposition du gras ectopique chez des femmes post-ménopausées, étudiait où se dépose le gras chez les femmes ménopausées.

Les 10 femmes de l’études ont vu leur tour de taille, leur poids et leur IMC diminuer et leur sensibilité au glucose s’améliorer. Elles ont aussi vu une diminution du taux de gras dans le foie de 49%. Il n’y a pas eu de changement au niveau du cholestérol et des triglycérides circulants.

Comme vous le voyez, dans tous les cas les critiques typiques associées aux études sur le paléo sont « valides » : peu de sujets, courte durée. On peut aussi amener la critique que les gens qui mangent paléo mangent plus de protéines, ce qui est plus satiétant (donc ils mangent moins) et qu’ils mangent plus de gras et moins de glucides, donc ont une plus grand dépense de calories à cause de l’effet thermogénique (dépense énergétique associée à la digestion des aliments). À cela je répondrais… non mais on s’en fout-tu? Si les gens sont capables de mieux contrôler leur alimentations naturellement, n’est-ce pas un bénéfice? C’est vrai qu’une calorie est une calorie, mais les calories ne sont pas toutes égales.

Concluons plutôt sur une note optimiste : ces résultats sont suffisamment encourageants pour s’attendre à voir des études à plus grande échelle prochainement, et enfin gagner un peu de traction auprès de gens qui ont une influence plus grande sur la santé des gens au niveau nutrition – les médecins et les nutritionnistes.

D’ici là, si on vous affirme que ce que vous mangez est de la pseudoscience, nettoyez l’écume que vous avez aux lèvres, et redirigez ces bien-pensants ici.

Vincent

 

AJOUT 24 février 2014 : Une nouvelle étude a été publiée, étudiant la diète paléo avec un modèle randomisé contrôle sur une période de deux ans! Long-term effects of a Palaeolithic-type diet in obese postmenopausal women: a 2-year randomized trial / Les effets à long terme d’une diète de type paléolithique chez des femmes obèses ménopausées : un essai randomisé sur 2 ans. Cette étude comparait la diète paléo aux recommandations nutritionnelles nordiques et attribue des changements favorables dans les deux cas, mais d’autant plus favorables à la diète paléo au niveau des triglycérides circulants et de la perte de poids au niveau de la taille.

 

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5 Comments

trainingforboston janvier 13, 2014 at 9:35

Il vous faut voir ce vidéo : http://tedxtalks.ted.com/video/Debunking-the-Paleo-Diet-Christ car il y plusieurs fondements scientifiques dans le Paleo !

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4 raisons pour lesquelles votre ”régime” paléo n’est pas un régime | Paléo Québec mars 3, 2014 at 4:35

[…] les promesses du régime paléo sont belles, mais beaucoup d’entre elles ne sont pas pseudoscientifiques. Mieux manger et manger paléo risque d’aider pour la perte de poids, les problèmes de peau […]

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Politique et santé: que font nos partis? | Paléo Québec mars 31, 2014 at 4:09

[…] son apport en sucres raffinés peut avoir des bénéfices pour la santé (tel que suggéré par des études scientifiques) et que se priver de gluten (Gasp!) est probablement bénéfique pour la santé, mais… il […]

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Devriez-vous vous méfier des instances traditionnelles en nutrition? | Paléo Québec novembre 17, 2014 at 5:41

[…] (ce qui serait, ne nous le cachons pas, génial, mais hors-sujet). Supposons que vous lui apportez quelques articles scientifiques rapportant quelques bénéfices étudiés de la diète paléo, va t’elle tourner sa veste de […]

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Retour sur notre passage à Une pilule, une petite granule | Paléo Québec février 7, 2015 at 9:00

[…] réfère souvent à cet article pour dire que la science paléolithique n’est pas inexistante, car elle ne l’est pas. Je vais […]

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