Maladies chroniques

Qu’est-ce que l’épigénétique?

posted by Paléo Québec février 24, 2014 2 Comments
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Non, contrairement à la croyance populaire, l’épigénétique n’est pas le fait de modifier génétiquement un épi de maïs. Néanmoins, c’est sans doute un mot que vous avez entendu souvent dans vos recherches paléolithiques.

Génétique vs Épigénétique

Auparavant, nous étions convaincus qu’un être humain avait une série de gènes avec lesquels il était « condamné » à vivre, à faire avec. Au même titre que quelqu’un qui a les yeux pâles aura les yeux pâles toute sa vie, on croyait que quelqu’un qui a une série de gènes le prédisposant à souffrir de maladies chroniques aurait un facteur de risque prédéfini. Récemment, on s’est rendu compte que c’est plus complexe que ça. L’épigénétique est un concept relativement nouveau qui vient raffiner le concept de la génétique. Essentiellement, plutôt que d’avoir une série de gènes qui conditionnent les réponses de notre organisme à un stimulus, le concept de l’épigénétique veut que nos gènes agissent plus comme des interrupteurs ou des gradateurs (ou, en bon français, des « dimmers ») qui viendront donc moduler la réponse de notre organisme à certains stimuli. Selon les besoins, le corps peut activer ou désactiver certains gènes. La génétique est la même, mais les gènes activés sont différents.

Souris poilues et blocs LEGO

Un exemple? Si on prend des souris naissantes, elles peuvent avoir un poil plus ou moins fourni en fonction de la saison à laquelle elle naissent. En hiver, où la température est plus froide, le pelage sera plus épais afin de mieux les protéger de la température, et l’été, plus mince pour les accomoder à la température ambiante. Pourtant, leur code génétique est identique – il s’agit de l’expression du code génétique qui change. C’est un peu comme si nos gènes étaient un paquet de briques LEGO dont on modifie l’assemblage pour donner quelque chose d’un peu différent.

Chez les humains

Dans un contexte humain, prenons une étude de David Barker, un chercheur étudiant les relations entre les maladies chroniques et la grossesse. Il a remarqué que si la femme enceinte souffre de malnutrition, ce qui signifie que son foetus ne se développera pas de façon optimale, ce dernier  est plus à risque de souffrir d’obésité dans sa vie adulte. On pourrait spéculer que dans un mode de vie paléolithique, un enfant dont la gestation se serait passée en situation de famine aurait besoin d’avoir toutes les chances de son côté pour extraire le maximum de calories de ses aliments.

C’est une adaptation génétique bizarre, n’est-ce-pas? Le concept de Darwinisme nous dit que c’est l’être vivant le mieux adapté à son environnement qui va survivre, et ici la définition du mot « survie » est extrêmement importante. Génétiquement, le corps ne se soucie pas que l’on vive centenaire entouré d’une maisonnée d’enfants. Au contraire, si l’expression génétique suffit à nous garder en vie dans notre environnement assez longtemps pour nous permettre de nous reproduire et aider notre progéniture à prospérer, cela suffit. Si par la bande on vit vieux, tant mieux, mais ce n’est pas toujours le cas. Pensons à l’hématie falciforme – cette maladie affecte de façon prédominante des gens du continent Africain en transformant leur globules rouges, qui sont en forme de « beigne », en forme de « faucille ». Le globule-faucille est beaucoup moins efficace pour transporter de l’oxygène… toutefois, cette adaptation qui n’est guère avantageuse permet de ne pas souffrir de malaria, qui peut être mortelle. Entre mourir jeune et en forme de façon foudroyante versus plus vieux mais ayant transmis son code génétique, le choix a été fait vers la 2ème option.

Il est aussi intéressant de noter que les « épigènes » peuvent se passer d’une cellule à l’autre et d’une génération à l’autre sans que le stimulus original ayant causé cette adaptation demeure. Une étude menée sur un petit village suédois a montré que des grand-parents qui ont été trop nourris augmentaient le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires de leur enfants ET petits-enfants (1, 2).

Est-ce que la nourriture peut affecter notre épigénétique?

Je suis si content que vous me posiez la question, parce que la réponse est oui. Dans l’étude suivante, des chercheurs ont vérifié la réponse génétique dans deux groupes : l’un se nourrissant de produits céréaliers à base de seigle (avec un index glycémique plus faible), l’autre se nourrissant de patates et de blé. Le groupe patates-blé a eu une augmentation de l’activité génétique sur 62 gènes reliés au stress et à la fonction immunitaire, contrairement à une diminution de l’activité génétique de 72 gènes chez le groupe seigle Cette expérience, qui a été effectuée durant 12 semaines, a également permis de modifier favorablement les dépôts de graisse abdominale du groupe seigle, mais pas celle du groupe patates-blé. Le Dr. Permutter, auteur du livre Grain Brain, affirme que la nourriture demeure un des plus puissants facteurs environnementaux pouvant affecter l’expression de nos gènes.

Ce qui faut donc retenir, c’est que nous ne sommes pas prisonniers de nos gènes. Il est à notre portée de modifier leur expression afin de favoriser non seulement notre longévité, mais aussi la santé de nos enfants et même de nos petits-enfants.

Vincent

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2 Comments

6 raisons pour lesquelles l’humanité grossit | Paléo Québec septembre 8, 2014 at 9:11 pm

[…] vous le concept « épigénétique » n’est pas familier, permettez-moi de vous référer à l’article que nous avons écrit sur le sujet. De façon concrète, si nos gènes sont une série d’interrupteurs et de cadrans, notre […]

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Tous morts en 4 générations | Paléo Québec juillet 21, 2015 at 5:06 pm

[…] semblable se produire chez les humains. Nous sommes aussi susceptibles d’avoir des problèmes épigénétiques qui s’accumulent sur plusieurs générations que les chats. En fait, les vrais problèmes ont […]

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