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Antibiotiques et prise de poids

posted by Paléo Québec septembre 30, 2014 0 comments
paléo québec antibiotiques


Si vous avez suivi le domaine de la santé et du paléo de près ou de loin dans les deux dernières années, vous avez sûrement remarqué que les mots  »flore bactérienne intestinale » ont commencé à apparaître partout. Ce n’est pas un hasard, c’est une des nouvelles ruées vers l’or en recherche. Aujourd’hui j’explore un lien observé récemment dans la recherche entre l’utilisation d’antibiotiques et l’obésité.

Points-clés de l’article

  • Il est connu depuis longtemps que les antibiotiques sont efficaces pour faire engraisser le bétail et on observe le même phénomène chez les souris.
  • N’arrêtez pas de prendre des antibiotiques quand c’est nécessaire, mais prenez-en SEULEMENT quand c’est nécessaire.
  • Dans le doute, un régime alimentaire qui supporte une bonne flore intestinale en vaut la peine

Bétail et souris dodus

Dans les années 40/50, les agriculteurs ont commencé à observer un phénomène intéressant: le bétail nourri avec une faible dose d’antibiotiques devenait plus gros. Mieux encore, plus les antibiotiques étaient administrés tôt dans la vie de l’animal, plus ils étaient efficaces pour le faire grossir. La pratique se continue aujourd’hui et fait d’ailleurs l’objet de pas mal de controverse (que je n’approcherai pas dans l’article).

Martin Blaser, un médecin américain spécialisé dans le microbiome intestinal, s’est demandé si on pouvait voir la même chose chez des souris et a commencé à étudier le phénomène. Ses résultats (spectaculaires) lui ont valu des publications dans Nature et Cell, des journaux scientifiques très prestigieux. Le docteur Blaser a vu la même chose que dans le bétail: plus les antibiotiques étaient administrés tôt, plus les souris avaient un métabolisme altéré (et un gain de poids) par la suite. D’après les résultats parus dans Nature, on peut s’attendre à 10-15% de poids corporel de plus chez des souris exposées à de faibles doses d’antibiotiques si elles ont un régime alimentaire normal. Quand le régime alimentaire est moins bon, le gain de poids est encore plus marqué.

Des tests additionnels ont montré que les antibiotiques ne réduisaient pas la quantité de microbes dans l’intestin des souris, mais en changeaient la composition. Autrement dit, le problème n’était pas les antibiotiques eux-mêmes, mais le changement de la composition de la flore intestinale. Bonne nouvelle, ça ouvre la porte à des solutions possibles comme des probiotiques spécialisés.

Note: ces résultats ne s’appliquent qu’à des souris, mais… je gagerais un 10$ et trois paquets de bacon que des futures études chez les humains vont observer un phénomène semblable.

Si vous voulez en entendre plus sur le sujet, le podcast de Robb Wolf avec Martin Blaser (en anglais) est très intéressant!

Solutions possibles

Avant tout, arrêtez de prendre des antibiotiques pour des problèmes viraux, comme le rhume ou la grippe. Ça peut sembler évident, mais l’utilisation d’antibiotiques dans le monde est en croissance et les pics d’utilisation sont liés avec les pics de grippe. Votre jambe triple de volume après une coupure sur votre machette favorite? Courez à l’urgence vous faire prescrire un antibiotique avant de mourir de sepsis. Vous faites de la fièvre et votre nez coule? Buvez un bouillon de poulet, faites un marathon de Game of Thrones et laissez les antibiotiques tranquilles.

D’ailleurs, devant les problèmes de bactéries résistantes aux antibiotiques, la Suède n’a pas perdu de temps: depuis les années 90, le programme STRAMA a amené une réduction des prescriptions d’antibiotiques d’environ 40%, avec une réduction marquée des prescriptions chez les jeunes enfants.

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Légende: Utilisation d’antibiotiques dans les pays scandinaves. La Suède est en rouge, remarquez le plongeon après 1993 suite à l’implantation de STRAMA.

Aux dernières nouvelles, la Suède n’a pas une population plus malade qu’avant, ou que les autres pays autour, ce qui indique que les antibiotiques qui ne sont plus prescrits étaient probablement superflus.

Au niveau individuel, il y a quelques options pour supporter notre flore intestinale. La première est simplement de manger un régime alimentaire qui donne de quoi se nourrir à nos bactéries. Au menu: fruits et légumes et un paquet de fibres! N’hésitez pas à ajouter un peu d’amidon résistant de temps en temps. D’ailleurs, si vous faites un régime très faible en glucides, il est possible qu’à long terme vous nuisiez à votre flore intestinale. Un cycle avec plus de fibres de temps en temps devrait ramener les choses en ordre!

La deuxième option est de carrément se bourrer la face de bactéries. Plusieurs aliments fermentés sont très faciles à faire chez soi et sont pleins de probiotiques. Cet automne, essayez donc de faire un peu de choucroute, de kimchi, de kombucha, ou même, un paquet de légumes fermentés. C’est d’ailleurs une excellente façon de profiter des bas prix de plusieurs légumes en ce moment.

Extra: Je me fais souvent demander (et j’imagine que ça vous arrive aussi) pourquoi le jus ça ne compte pas comme un fruit, ou pourquoi les aliments transformés en général sont si mauvais. Une des raisons est que ce sont des aliments qui laissent nos bonnes bactéries intestinales crever de faim. Du sucre sans fibres pour l’accompagner: recette pour un désastre intestinal.

En conclusion, il est très possible qu’un catalyseur important de la prise de poids chez beaucoup de gens soit une exposition à trop d’antibiotiques quand ils sont jeunes. Les bonnes bactéries intestinales mangent une claque et les décennies suivantes sans fibres et pleines de sucre ajouté les frappent encore plus sur le nez. Songez à des probiotiques si vos résultats stagnent!

Guillaume

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