Habitudes de vie

La modération mise en contexte

posted by Paléo Québec avril 22, 2015 1 Comment

Bonne semaine à tous!

L’argument qui gagne n’importe quel débat sur l’alimentation est « moi je crois que le mieux c’est la modération ». C’est un argument astucieux parce qu’il veut absolument tout dire et absolument rien en même temps.

– Le pain? En modération!

– Le gateau? En modération!

– La cigarette et les meurtres? En modération! … Uh?

Origine

Dans plusieurs domaines, le concept de « modération » fait énormément de sens. On observe une courbe en U (inversée ou régulière) pour beaucoup de phénomènes/substances. Pas assez de vitamine A? Préparez-vous à des problèmes visuels, hépatiques, respiratoires, digestifs, et plus. Trop de vitamine A? Préparez-vous à des problèmes d’ostéoporose, hépatiques ou du système nerveux. Pour la vitamine A et un paquet de vitamines et minéraux, « le poison est dans la dose ».

 

Un exexmple classique de courbe en U inversé: le stress. Trop ou pas assez, les baisses de performance et les problèmes de santé sont pratiquement les mêmes.

Dans beaucoup de domaines, « un peu, mais pas trop » semble effectivement être une approche sensée. Cependant…

On modère: Basé sur quoi?

Dans un paquet de situations, le concept de modération ne s’applique pas efficacement, voire pas du tout. Il est aussi très difficile de dire sur quoi se base la modération. Est-ce qu’elle se base sur…

– Notre culture? Parlez-en à cette femme qui a vécu une grossesse dans 4 pays différents. Un espresso pour femme enceinte? Modéré en Italie, inacceptable aux États-Unis. L’activité physique idéale pour une femme enceinte? Presque rien en Chine, tant qu’on peut encore aux Pays-Bas.

– Les actions de notre entourage? Qu’est-ce qui arrive si notre entourage mange mal et ne bouge pas? Apparemment, on fait comme eux: on prend du poids. Difficile aussi de « faire comme les autres » si on a une situation particulière, comme un problème de santé auto-immun.

– La consommation moyenne de notre entourage? Comme la consommation de sucre?

La consommation annuelle individuelle de sucre des Américains, en livres.

En 180 ans, les gens sont passés d’une consommation annuelle de 4 livres de sucre ajouté à 100 livres. Si on se fie à ça, 60 livres de sucre ajouté par année c’est modéré!

Pente glissante

Le concept de modération est souvent amené avec l’idée qu’en restreignant certains aliments, on se met sur une pente glissante qui mène à un régime de vie trop drastique pour être suivi. Encore une fois, ça mérite d’être nuancé. Consommer de tout en modération peut mener vers une autre pente glissante.

« Un seul (juste un, c’est modéré!) bol de céréales le matin avec un verre de jus, c’est modéré! Deux sucres dans le café aussi. Un beigne et un muffin à la pause aussi. Une seule portion de dessert après le lunch aussi. Et pour le souper. Un bol de crème-glacée avant d’aller dormir aussi c’est modéré. Oh on arrive au samedi! C’est le weekend, je peux bien me permettre un peu de fast-food. Une fois par semaine, c’est modéré! Avec deux bières ça va bien passer. Quoi? J’ai pris 10 livres? Je ne vois pas le lien, je mange modérément. Ça doit être l’âge. »

L’exemple est grossier, mais c’est la réalité pour un paquet de gens que j’ai connus. Considérant que 67% des Canadiens adultes sont en surpoids ou obèses, c’était représentatif. Manger n’importe quoi, c’est comme procrastiner. Quand on veut le faire, on trouve toujours une excuse.

Certains aliments méritent d’être consommés en modération, certains comportements méritent d’être faits en modération, et certains méritent simplement d’être évités le plus possible.

En application

Déterminer son objectif

Pour remettre votre situation en contexte, l’important est de déterminer vos objectifs et la flexibilité de votre situation.

Plus un objectif est ambitieux, que ce soit dans le positif (comme compétitionner dans un sport) ou dans le négatif (éviter une maladie), moins on a de flexibilité (moins on peut modérer). Un diagnostic de diabète de type 2, par exemple, est carrément un signal que le corps est en train de lâcher. Sérieusement. C’est grave. Les morceaux de gateau ou les beignes ont un impact nettement pire qu’avant, il FAUT être plus strict.

Dans un cadre santé (et paléo), il est aussi important de déterminer ce qu’on veut atteindre. Est-ce qu’on veut simplement ne pas mourir, minimiser les dommages, guérir un problème déjà existant, ou avoir une santé optimale?

Par exemple, je base mon objectif « être en santé » sur ce qu’on a pu observer chez les populations dans un environnement idéal. Ça veut dire ne pas souffrir d’acné ou de problèmes dentaires (caries, dents croches, petite machoîre)/respiratoires/digestifs/de surpoids/de diabète/de cancer/de maladies cardiaques/d’Alzheimer. C’est un peu plus intense que ce que la moyenne des gens visent et ça demande que je sois légèrement plus strict dans ce que je fais.

Déterminer ce qui fonctionne pour SOI

Vous devez aussi déterminer ce qui, en tant que beaux flocons de neige uniques, fonctionne le mieux pour vous. LA solution n’existe pas encore.

– Historiquement, avez-vous mieux fonctionné  en modérant ou en coupant complètement? Portez une attention particulière sur vos réussites. Dans quel contexte gardez-vous un meilleur équilibre?

– Est-ce que certains aliments vous font craquer peu importe la situation*? Mieux vaut éviter le rayon de la crème-glacée à l’épicerie si la seule chose qui vous arrête est le son de la cuiller qui râcle le fond du pot.

– Quels sont (honnêtement) vos résultats dans les derniers 6 mois/2 ans/5 ans? Est-ce que la méthode que vous appliquez actuellement fonctionne?

* Saviez-vous qu’un maigre 200 grammes de chocolat noir fondu consommé en 20 minutes est assez pour s’intoxiquer? Apparemment, Guillaume, modération et stimulants ne font pas bon ménage.

L’important n’est pas d’être capable de résister à la tentation 100% du temps. L’important, c’est 1. d’identifier où on est incapable de trouver un équilibre dans la modération et 2. d’organiser son environnement en conséquence.

La modération paléo: de strict à modéré

Une des conceptions erronées sur la modération est qu’elle doit toujours être identique dans le temps. Ce qu’on recommande tout le temps pour les débutants et de commencer strict et de modérer ensuite. En enlevant et en réintégrant progressivement certains aliments, on peut identifier ceux qui nous causent des problèmes et ceux qu’on peut consommer avec contrôle.

On a déjà écrit un article (très populaire) sur les oui, non et peut-être du paléo. On commence avec les oui seulement et on teste les peut-être. On teste même les non pour voir si notre situation le permet.

Il y a des zones de gris entre « coeliaque » et « manger du pain trois fois par jour ». En nutrition on entend toujours « si tu n’es pas coéliaque, mange du pain ». Certaines personnes bénéficient de couper le pain complètement. Certaines bénéficient de le couper partiellement. Certaines peuvent s’en permettre tout le temps. Dire « si tu n’es pas coeliaque, mange du pain en modération » ça manque de nuance.

Conclusion

La formule magique « de tout en modération » a ses limites. Ça prend un peu de travail personnel pour déterminer où sont ces limites pour nous!

Guillaume

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1 Comment

Un mot sur l’orthorexie et le sérieux | Paléo Québec avril 27, 2015 at 7:03

[…] sa famille n’y verra pas d’inconvénient de l’accomoder. Pour citer de nouveau mon co-auteur, trouvez le niveau de modération qui vous […]

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