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Moron-motricité partie 3: Pourquoi donc?

posted by Paléo Québec septembre 28, 2015 3 Comments
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Cet article est le 3ème de la série sur la moron-motricité. Dans le 1er j’ai fait ma confession d’ex moron-moteur et dans le 2ème j’ai parlé de l’épidémie de moron-motricité que j’observe au quotidien. Dans cette partie j’explique pourquoi ça vaut la peine d’orienter votre entrainement vers le mouvement: pour la santé, pour le plaisir et pour la performance

Raison 1: la santé

Santé du cerveau. Vite: quelle est la meilleure activité possible pour combattre l’Alzheimer’s? Les mots croisés? Les sudokus? Le paintball? La bonne réponse est la danse sociale.

La danse avec un partenaire demande de bien bouger, d’improviser, de suivre le rythme de la musique, de suivre les signaux de son partenaire et d’éviter de percuter les autres danseurs. La complexité de la tâche demande une constante adaptation du cerveau, ce qui le garde jeune, fort et fonctionnel.

Le lien entre cerveau et corps est souvent sous-estimé par les intellectuels. J’ai connu un paquet de gens brillants pour qui le corps était une nuisance qui servait seulement à transporter leur cerveau d’une pièce à l’autre et qui les empêchait de travailler à l’ordinateur 22 heures par jour. Pourtant, le corps est 1. lié directement au cerveau et 2. est son outil d’apprentissage principal.

La motricité fine et les capacités motrices en général sont un excellent prédicteur d’intelligence, surtout chez les enfants. Il semble que le mouvement développe des zones du cerveau qui servent plus tard à des fonctions intellectuelles avancées, comme les mathématiques. Belle soeur prof de musique: quand j’enseigne la musique à des jeunes, ça passe par le corps. Je leur fais taper dans les mains, taper avec les pieds et taper sur des objets.

Simplement marcher amène le relâchement d’hormones dans le cerveau qui vont venir consolider les apprentissages. Une activité plus complexe amène plus de bénéfices. Par exemple, une étude a comparé les habiletés visuo-spatiales de gens avant et après 10 mois d’entraînement en course à pied ou en lutte. Résultat: les lutteurs ont développé plus d’habiletés visuo-spatiales et d’habiletés stratégiques que les coureurs.

Votre cerveau trippe à affronter des défis complexes. Apprendre à jongler avec des couteaux ou à faire un backflip dans une piscine est nettement plus efficace pour le développement intellectuel que courir sur un tapis roulant.

Mouvements complexes = cerveau fort et en santé.

Santé du corps

Une des meilleurs citations que j’ai entendues sur le sport de haut niveau vient de Boris Becker (joueur de tennis, ancien #1 au monde, présentement le coach de Novk Djokovic): « les sportifs professionnels sont comme des voitures de Formule 1, extrêmement performants, mais extrêmement fragiles ». Leur entraînement est tellement spécifique que leur santé en souffre.

Par exemple, une des découvertes intéressantes chez les cyclistes de route* de haut niveau est qu’ils ont systématiquement une perte de densité osseuse dans les hanches et la colonne vertébrale. Il semble qu’avoir le corps supporté par un siège, dans une position fixe, pour plusieurs heures par jour et sous un gros stress (le cortisol, l’hormone du stress, sort du calcium des os) n’est pas idéal pour les os. Le même phénomène peut être observé chez certains nageurs de haut niveau, ou en nage synchronisée (dans leur cas, leur corps est supporté par l’eau).

* Les cyclistes de montagne sont épargnés par ce phénomène. Il semble que les impacts durant les descentes soient assez forts pour dire au corps de garder les os forts.

Le corps s’attend à des défis variés: des surfaces de marche inégales, des objets à transporter de différentes formes et différents poids, des efforts explosifs et des efforts du plusieurs jours et des activités bizarres comme de la lutte ou de la nage.

En répétant constamment les mêmes mouvements, dans les mêmes angles, avec les mêmes muscles, il est inévitable que des déséquilibres et des blessures d’usure se forment. Un peu de variété va vous épargner quelques visites chez le physio!

Raison 2: le plaisir

L’importance du plaisir d’être efficace dans les activités physiques qu’on pratique est souvent sous-estimée. Il y a une raison pour laquelle beaucoup de gens se mettent au triathlon et à la course à pied plus tard dans leur vie: c’est accessible peu importe son vécu sportif. On sent un sentiment de compétence rapidement et on s’amuse pas mal plus que si on passe 3 jours à tomber sur les fesses en essayant de faire du snowboard.

Mieux on bouge, plus vite on acquière un sentiment de compétence dans les nouvelles activités, et plus on s’amuse. On gagne en liberté et en possibilités.  Par exemple, si je gagnais un concours et que j’avais la chance d’aller faire du surf pour une semaine, j’irais sans hésiter. Je suis à l’aise dans l’eau, j’ai de l’expérience en snowboard et même le mouvement de base pour se mettre debout sur une planche ressemble à ce que je fais en arts martiaux. Pour quelqu’un sans vécu sportif et en mauvaise forme physique, le surf serait nettement moins attrayant.

Pensez à quel point rester en forme est plus facile pour quelqu’un qui a le choix entre de l’escalade, du vélo de montagne, de la randonnée et du judo que pour quelqu’un qui a le choix entre de l’elliptique dans son salon ou de l’elliptique au gym. C’est incomparable.

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Dimanche matin au gym

Raison 3: la performance

Jeunes athlètes

Le développement à long terme des athlètes est un enjeu très gros dans le monde du sport. Si vous n’avez pas commencé à faire de la gymnastique avant 10 ans, à moins d’avoir une génétique de chimpanzé, vous ne pourrez jamais compétitionner à un haut niveau. Certains coachs et parents zélés ont donc raisonné que si leurs jeunes athlètes se spécialisaient plus tôt dans un sport, ils performeraient mieux à long terme. Le résultat a été que les jeunes spécialisés très tôt ont eu plus de difficulté à performer que ceux qui avaient un vécu sportif plus varié. C’est en plus du nombre plus élevé de burn-out et de blessures à travers les années.

Qu’est-ce qui se passe quand on se spécialise trop tôt? Il manque des bases dans la pyramide du mouvement. Prenons un exemple du coin, un jeune qui joue au hockey. Avec les patinoires qui sont ouvertes toute l’année, il est maintenant possible d’enchaîner pratiquement 12 mois d’entraînement sur glace. Le peu de temps entre les saisons est passé à faire des entraînements de musculation spécifiques au hockey. C’est complet le hockey voyons, on travaille ses mains, ses jambes et son cardio!

Qu’est-ce qui pourrait bien manquer au jeune de 10 ans qui ne fait rien d’autre que du hockey?

  • La course. Courir est un des mouvements les plus fondamentaux pour un corps humain. Patiner est complètement différent et ne se transfère pas à beaucoup d’autres activités.
  • Les sauts. Il y a quelques sauts ici et là, mais personne n’a jamais à sauter sur une surface éloignée au hockey.
  • Le mouvement au sol et de gymnastique de base. Pas de roulades, pas de rampage, pas de majestueuse crevette, pas de marche à quatre pattes, pas de marche comme un ours (sur pieds et mains).
  • Les mouvements de grimpe. Pas d’échelles ou de corde à monter.
  • Les lancers. Pas de balle, frisbee ou roche à lancer en vue.
  • Les mouvements dans l’eau: nager, plonger, retenir son souffle.
  • La capacité à suivre un rythme.

Et sûrement quelques autres que j’oublie. Les mouvements fondamentaux qu’on ne fait pas en touchant à une seule discipline sont les mêmes mouvements qui vont peut-être nous aider à mieux performer plus tard. Les bons coachs vont demander à leurs athlètes de passer au moins une partie de l’année à diversifier leur vécu sportif, surtout s’ils sont jeunes.

Pour vous

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire pour vous? Même si vous avez passé l’âge « jeune athlète » dans votre développement, il est quand même possible (et probable) que vous ayez des lacunes motrices qui vous empêchent de performer au meilleur de vos capacités. Pensez à une personne qui ne sait pas lire qui essaie de répondre à un examen de mathématiques. Même si elle a un bon talent inné pour les mathématiques, elle va moins bien performer simplement parce qu’elle a de la difficulté à lire les questions.

En termes strictement sportifs, votre performance en course/crossfit/danse en ligne dépend beaucoup de votre capacité à bien bouger.

Si vous avez un objectif performance quelconque, vous devez intégrer du nouveau mouvement dans vos entraînements. Vous allez vous brûler moins vite, souffrir de moins de blessures et acquérir des nouvelles compétences plus vite.

Fin de la partie 3

Dans le prochain article, j’explique comment vous mettre en action!

Guillaume

 

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3 Comments

Manon octobre 6, 2015 at 11:10 am

Bonjour !

Je suis une très grande fan du mot « moron-moteur » ! Surtout qu’il peut s’appliquer aux sportifs comme aux non sportifs !
J’ai eu le même genre de reflexion que toi sur ce sujet, mais mon entourage me prend pour une gentille allumée quand j’essaye d’en parler avec eux (ce sont tous des morons-moteurs alors pour eux la norme, c’est être moron-moteur, logique). Ca fait du bien de lire une suite d’articles qui parlent de ça ! on sent que tu es motivé, que ça t’interesse !

Je suis moi même une moronne-moteur ancienne nageuse en voie d’amélioration. Je suis super a l’aise avec la nage et le rythme, mais j’ai toujours cru que j’étais « nulle en sport ». Un jour, j’ai trouvé ça bizarre d’être si nulle en sport, mais si bonne en natation, et je me suis lancée le défi : me fabriquer des nouvelles neurones et des nouveaux muscles ! Devenir agile ! Je travaille sur le sol, la grimpe, un peu la course mais seulement dans un contexte ludique sinon c’est la cata. Bonne nouvelle, je progresse ! Moi qui avait des mains et des pieds tous faibles, ainsi qu’une tendance à bouger « en symétrie » qui me rendaient pataude, je sens que je gagne un peu de la grâce de la panthère ! Juste un peu, mais m’entrainer me plait ! Le résultat est un bonus finalement.
Par contre les lancers, les sauts, les jeux de ballons ou de raquettes, hummm comment dire : moronne-moteur totale. Je n’ai pas encore trouvé la façon ludique d’aborder ça … Même jouer au foot ou au raquettes de plage avec des amis ne m’amuse pas tellement je suis « nulle »…

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