Nutrition

Est-ce que votre margarine vous tue? (à petit feu)

posted by Paléo Québec février 13, 2017 2 Comments


Premièrement, laissez-moi vous dire que 50% du temps de rédaction de cette article a été consacré à penser  comment je pourrais faire un jeu de mots avec « Margarine Tatcher ». Ce fut un échec retentissant.

Margarine Tatcher dans toute sa splendeur.

De retour à notre programme principal…

RÉSUMÉ DE L’ARTICLE

  • La consommation de graisses polyinsaturées riche en oméga-6, particulière l’acide linoléique, semble favoriser un plus grand risque de décès prématuré dû à des maladies cardiaques.
  • De plus, la consommation semble favoriser le risque de certains cancers.
  • Une raison pouvant expliquer ces résultats sont le stress oxydatif causé par ces acides gras, qui favorisent l’inflammation.
  • Favoriser un bon ratio d’oméga-3 par rapport aux oméga-6 et s’assurer d’avoir un bon apport d’anti-oxydants devrait minimiser les impacts néfastes des gras polyinsaturés.

Si on suit un diète paléo, les huiles végétales sont habituellement des huiles vierges pressées à froid – les huiles d’olive, de noix de coco et d’avocat sont les plus communes. On exclut catégoriquement les huiles polyinsaturées de canola, mazola, de soya et la margarine.

C’est une des nombreuses raisons pour laquelle une diète paléo fait sourciller : « Hein? la margarine, c’est mauvais? Mais c’est écrit sur l’emballage que c’est bon pour le coeur!!! » Avec la notion populaire que le beurre tue, les huiles polyinsaturées ont été mises de l’avant comme étant bonnes pour le coeur, car elles n’élevaient pas le niveau de cholestérol. Toutefois, en tant qu’avide lecteur de Paléo Québec, vous allez un peu plus loin que la sagesse populaire…!

La margarine augmente le risque de décès dûs à une maladie cardiaque?

Une revue de littérature du Dr Bazinet de l’université de Toronto (2013) a investigué si cette sagesse populaire était toujours d’actualité. Une des ces conclusions les plus probantes de sa revue : « remplacer des gras saturés animaux par des acides gras polyinsaturés linoléiques (riche en acide gras Oméga-6) diminue le cholestérol mais augmente le risque de mourir d’une maladie coronarienne. »

Une étude australienne menée en 1973 à 1977 mais publiée en 2013 a testé l’hypothèse comme quoi remplacer des graisses saturées par de la margarine serait meilleur pour la santé cardiaque des sujets. Toutefois, les résultats chez les 458 participants ne sont pas particulièrement reluisants pour la margarine : les décès, maladies cardiovasculaires et maladies coronariennes étaient significativement plus élevés chez le groupe margarine. Le risque de mortalité avait une tendance à être plus élevé chez le groupe margarine, mais cette tendance n’était pas significative (p < 0.06).

La margarine augmente le risque de certains cancers?

Si consommer des acide gras polyinsaturés et de la margarine diminue le cholestérol, c’est une mauvaise nouvelle, car la méta-analyse suivante affirme que les statines (un médicament qui abaissent le niveau de cholestérol) augmentent le risque de développer certains cancers.

Chez des soldats vétérans américains à qui ont a assigné des calories provenant de gras saturés versus de gras polyinsaturées riches en acides gras Oméga-6, on a observé un risque de décès de maladies du coeur égale, mais une tendance à décéder du cancer plus forte chez les vétérans consommant des gras polyinsaturés (p <0.06).

En comparant une diète de style méditéranéen ou une diète recommandée par la American Heart Association (plus riche en graisses polyinsaturées), le fait de réduire la consommation de lipides (graisses saturées et polyinsaturées) mais d’augmenter la quantité d’Omega-3 a permis de réduire le risque total de mortalité de 56% et de cancers de 61%.

Une vraie bonne pub comme y s’en fait plus.

Pourquoi ces résultats avec la margarine?

Les gras polyinsaturés peuvent être entre autres sous forme d’Oméga-3 ou d’Oméga-6. Les O-3 sont généralement associés à une réduction de l’inflammation, tandis que les O-6 à une augmentation de l’inflammation. Un des problèmes est que notre corps doit métaboliser ces acides gras, mais ils utilisent les mêmes voies métaboliques pour le faire – donc, si on a un fort débalancement en faveur des O-6, vous imaginez que cela ne laisse pas grand place aux O-3. Malheureusement, la diète Nord-Américaine classique a un ratio d’O-6 beaucoup plus élevé que les O-3.

Une raison pour laquelle les Oméga-6, particulièrement l’acide gras linoléique, contribueraient à l’inflammation est entre autre à cause de leur « fragilité » – c’est à dire qu’en raison de leur structure chimique, ces molécules sont faciles à oxyder. « Oxyder », comme dans « rouiller » – c’est à dire que des molécules de radicaux libres vont s’attaquer à ces acides gras et les réduire en sous-produits inflammatoires. Si on a un bon apport d’anti-oxydants, ce mécanisme est normal et même bénéfique, car il contribue à notre système immunitaire. Toutefois, si on a plus d’oxydants que d’antioxydants, il se crée ce qui s’appelle du « Stress oxydatif », ce qui augmente notre inflammation.

C’est plate pour les fans de margarine, mais son contenu en acide linoléique riche en oméga-6 favorise le stress oxydatif (1) (2).

Mieux vaut tard que jamais!

Conclusion?

Attention de ne pas confondre les oméga-6 et l’acide linoléique. Les noix sont riches en Oméga-6, mais leur consommation est associée à de meilleurs profils sanguins. Il est vraiment question ici de margarine et d’huiles de canola, mazola et de soya.

Toutefois, ne stressez pas si vous êtes invités en quelque part et qu’on cuit votre viande avec de l’huile de canola. Si votre diète suit un canevas paléo et que les fruits et légumes composent la majorité de votre alimentation, si vous consommez des huiles d’olive, d’avocat et de coco, votre apport en antioxydants est significativement plus élevé que si vous consommiez une diète nord-américaine standard.

Ne vous faites pas mal en garrochant votre pot de margarine au loin!

Vincent

 

p.s. En passant, si vous n’en avez pas eu assez, voici une petite revue sur le sujet.

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2 Comments

Joanie juillet 1, 2018 at 3:25 am

Je ne comprends pas, votre image ci-haut démontre une artère saine et une artère avec une plaque de mauvais cholesterol. Je faisais du cholesterol comme plus de 1/3 des adultes. Mon médecin m’a prescrit des comprimés que j’ai refusé de prendre. Je lui ai demandé si je pouvais me guérir naturellement et il m’a recommandé de diminuer les produits animaux puisque le cholesterol est exclusivement animal. J’ai donc modifié mes habitudes alimentaires en devenant végétalienne. Trois mois plus tard, mes prises de sang étaient parfaite! Sans avoir pris un seul comprimé! Bien qu’il semble y avoir pleins de bienfaits au régime paléo, les taux élevés de cholesterol de plus du 1/3 des adultes est tout de même alarmant puisque c’est la cause du plus grand nombre dAVC et de crises cardiaques! J’aimerais comprendre comment le paléo peut être bénéfique quand la population souffre déjà d’un taux élevé de mauvais cholesterol dans le sang? Merci de m’éclairer à ce sujet.

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Paléo Québec juillet 11, 2018 at 4:34 pm

Bonjour Joanie!

Le cholestérol est un sujet épineux. De plus en plus de spécialistes ne mettent plus l’accent sur le « nombre » de particules de cholestérol, mais le « type » de cholestérol – par exemple, le LDL (ce « mauvais cholestérol ») peut être de type petit et dense, ou plus large et flottant. Le type « petit et dense » semble être plus néfaste à la survie que l’autre.

Si plusieurs études ont associé un niveau de cholestérol plus élevé à un risque de maladie cardiovasculaires plus élevé, certaines études démontrent un volet néfaste d’avoir un taux de cholestérol trop bas.

Par exemple, dans l’étude suivante, un niveau de cholestérol bas est associé à un niveau de mortalité plus élevé : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3442317/

Et dans l’étude suivante, un niveau de cholestérol plus bas semblait prédisposer les gens à plus souffrir de la maladie de Parkinson : https://www.researchgate.net/publication/5470348_Low_LDL_cholesterol_and_increased_risk_of_Parkinson's_disease_Prospective_results_from_Honolulu-Asia_Aging_Study

Par ailleurs, Guillaume a écrit un excellent article sur les risques relatifs par rapport à la mortalité totale, qui est ultimement ce qui compte : http://paleoqc.com/index.php/2016/04/06/risques-de-mortalite/

Somme toute, il ne faut pas regarder une seule variable – si le cholestérol baisse mais la qualité de vie baisse, ce n’est pas un gain. Changer à une alimentation paléo mais manger un excédent de 1000 calories par jour de bacon est un chemin garanti vers le gain de poids et la maladie… Mais changer son mode de vie en mangeant des aliments non transformés, ajouter de l’Activité physique et du bon sommeil va être bénéfique à l’immense majorité des gens.

Guillaume et moi mentionnons souvent l’importance de tester des nouveaux comportements… si quelqu’un suit une diète végétalienne et que sa santé s’améliore, c’est génial pour eux! Toutefois, l’expérience et la science tend à démontrer que l’inclusion de produits animaux peut ajouter une grande densité de nutriments et est une formule gagnante pour la santé.

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