Habitudes de vie

On arrête les conneries: la modération n’a PAS meilleur goût

posted by Paléo Québec avril 6, 2017 0 comments
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Un mauvais vulgarisateur scientifique canin qu’on ne daignera pas nommer disait récemment « un bon régime alimentaire permet de manger de tout », l’équivalent de « tout en modération ». Ça m’a fait rire qu’il soit pris au sérieux, parce que c’est un argument ridicule, faux et simpliste. C’est excellent pour attirer des clics par contre, parce que ça donne une excuse aux gens pour ne pas changer leurs habitudes et continuer à manger n’importe quoi.

« Moi je pense qu’il faut de tout en modération! »

Un des arguments que j’ai entendus le plus souvent quand on parle de (blasphème!) ne pas manger d’un certain aliment, comme du pain ou même du fast-food. La personne se concentre, se convainc qu’elle est Lao Tseu #2, et sort sur un ton qui veut dire « échec et mat! » que le mieux est la modération dans tout. Je l’ai assez entendu pour ne plus être pris par surprise et maintenant je dis automatiquement « c’est pour ça que je prends de l’héroïne une fois par mois ».

J’ai déjà écrit un court article sur le sujet il y a 4 ans déjà (wow, vieillesse, quand tu nous tiens!) qui parlait du problème du sucre. En 100 ans, on est passés d’une consommation annuelle moyenne de 2 kg de sucre ajouté par année à environ 40kg. La ligne qui définit quand on est modéré ou pas a pas mal bougé à travers les décennies il me semble! « 30 kg de sucre blanc par année c’est modéré, c’est moins que la moyenne! Je peux être fier de moi! ».

Les critères qui déterminent ce qui est modéré changent selon les cultures, selon les époques, selon les gens qui nous entourent et même selon notre niveau de fatigue. C’est tellement vague que même comme principe général ça ne vaut rien. De temps en temps on entend même « de la modération dans tout, même dans la modération », qui, en gros, veut dire « j’ai abandonné tout espoir, j’ai éteint mon cerveau pour un moment et je fais carrément n’importe quoi ».

L’appel à la modération comme sophisme

L’appel à la modération est, comme un paquet d’arguments faciles, un sophisme, une fausse logique. La faille dans la formulation du problème est qu’on assume automatiquement que les deux positions sont aussi valides l’une que l’autre, et donc, que se rejoindre au milieu des deux est une solution sensée.

  • Position 1: Je trouve qu’il n’y a pas de problème à fumer un paquet de cigarettes par jour.
  • Position 2: Je pense qu’il vaut mieux ne pas fumer du tout.
  • Appel à la modération: « Wow, deux points de vue complètement opposés. Vu que j’assume qu’ils sont aussi valides l’un que l’autre, je vais trouver le juste milieu et déclarer que ce qui est raisonnable de fumer en modération, soit 1/2 paquet par jour ».

Si on donne un exemple de situation où la modération ne s’applique clairement pas (et encore là, c’est variable, un paquet de gens considèrent qu’ils fument raisonnablement), on va se faire dire « Ah non mais dans ce cas-là ça ne compte pas, utilise ton bon sens! ». Et il va falloir trier les situations où la modération s’applique arbitrairement. « Oh, un beigne, j’aime ça, donc là mon super concept de modération dans tout s’applique. YOLO!!!!!! » C’est une farce.

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C’est simple, sois un adulte

Utiliser notre volonté pour restreindre certaines de nos actions est une des bases d’être un adulte. On ne frappe pas les gens, on ne crie pas, on ne met pas le feu, on gère notre argent, on ne boit pas d’alcool avant de conduire une voiture. Contrôler ses envies négatives ne devrait pas être vu comme un problème.

« On remarque de plus en plus de gens qui gèrent très strictement leur argent. Ils n’achètent pas de voiture neuve aux 3 ans, ils n’achètent pas des manoirs laids avec des grosses hypothèques sur 75 ans et ils n’ont pas des cartes de crédit remplies à craquer. On s’inquiète de ce nouveau mouvement et on veut dénoncer ces extrémistes qui ne vivent pas au-dessus de leurs moyens comme le reste d’entre nous. »

La modération avec la nourriture a été un échec total depuis au moins 50 ans. À chaque fois qu’une compagnie de fast-food invente une nouvelle abomination, la notion de ce qui est modéré se déplace un peu plus vers la connerie totale. « Bien sûr que tu peux te permettre une sloche extra-sucre vert fluo et un beigne rose à l’huile de canola avec ton sandwich au baloney, ne connais-tu pas la modération? ». En ce moment l’adulte moyen dans un pays comme le Canada est prédiabétique, en mauvaise forme physique, en manque de sommeil et généralement trop stressé. L’adulte moyen est malade et fonctionne nettement en-dessous de son potentiel physique et mental.

Le simple fait qu’un paquet de compagnies de céréales à déjeuner et de fast-food prétendent que leurs produits peuvent faire partie d’un régime de vie sain s’ils sont consommés en modération devrait mettre la puce à l’oreille de quelques personnes.

Quand la modération doit prendre le bord

  • Avec le sucre ajouté (surtout liquide). Pas de vitamines, minéraux, protéines ou gras essentiels. Des calories vides associées à un paquet de maladies chroniques et à une qualité de vie diminuée. PLUS ON EN MANGE, PLUS ON VEUT EN MANGER. La quantité idéale tend vers 0. Plus on se ment et on essaie de se convaincre qu’on peut s’en permettre « avec modération » (soyons sérieux ici, quand ça nous tente), plus on s’embarque dans le cercle vicieux.
  • Avec les autres substances toxiques ou très risquées. On peut parler d’héroïne si on veut un exemple extrême, mais j’inclurais beaucoup d’aliments transformés ici. Mcdo? Doritos? Nutella industriel? Frappucino glacé? On vise 0.
  • Quand on est malade ou en surpoids. Diabétique de type 2? Désolé, la malbouffe, le sucre, les cochonneries, c’est terminé. Un problème de santé extrême mérite des mesures extrêmes. « Mais ce n’est pas juste ». Pleure dans un coin quelques minutes et mange un céleri ensuite. Personnellement, je suis allergique au poisson. Ce n’est pas juste, pas de sushi, snif snif, les autres eux mangent ce qu’ils veulent… Je ne mange quand même pas de poisson en modération parce que ça va me tuer. La seule différence entre moi et un diabétique c’est que je meurs plus vite quand je « modère ». S’applique aussi aux gens avec des maladies auto-immunes, des problèmes cardiaques, et tout la panoplie de problèmes de santé qui accompagnent notre mode de vie moderne.
  • Quand on n’arrive pas à se contrôler. À première vue, un paquet de gens peuvent penser que j’ai une volonté de fer avec la nourriture, mais c’est l’inverse. Je manque terriblement de volonté, donc je compense en étant bien organisé. Ma copine peut le confirmer, si on achète quelque chose de spécial qui goûte bon, je dévore tout aussi vite que possible. Je suis la seule personne que je connais à s’être intoxiquée en mangeant trop de chocolat noir trop vite. Donc… la modération a pris le bord pour un paquet d’aliments pour moi.
  • Quand on est fatigués et qu’on sent que notre réserve de volonté est basse. Suivre des règles strictes est beaucoup plus facile pour le cerveau que des règles floues et flexibles. On voit un beigne et la règle est « Pas de beignes! » à la place de « Hmmm, j’ai envie d’un beigne, mais c’est terrible pour ma santé, mais c’est mardi soir, mais j’ai fait 30 minutes d’elliptique, mais j’ai bien mangé depuis 2 jours, mais ma mère veut que j’en mange un avec elle… ». Épuisant. Bonus: avec le temps, la règle « Pas de beigne » va devenir automatique et le cerveau va dépenser de moins en moins d’énergie à faire les bons choix.
  • Fruits et légumes. J’ai croisé peu de gens qui en mangeaient trop. Ne modérez pas, gavez-vous la fraise de… fraises, de bleuets, de brocoli, de carottes, de chou-fleur, de kale, de papaye, de bananes, de mandarines, … On réajustera si vous vous rendez à plus que 15 portions par jour!

Conclusion

Bien sûr, dans certaines situations, on peut modérer. Je prends un verre d’alcool 1-2 fois par mois, ou un peu plus autour de Noël, mais décider quand la modération s’applique ou pas est tellement du cas par cas que je maintiens que c’est une recommandation stupide et inutile qui sert à réconforter les gens qui font systématiquement des mauvais choix de vie.

Et finalement, Guillaume, maudit, il faut bien vivre un peu! Manger un régime alimentaire « strict », t’entraîner fort, te coucher à 21h tous les soirs, ne pratiquement jamais boire d’alcool, à quoi ça va te mener tu penses? Avec un peu d’espoir, à gagner un Superbowl de plus à l’âge de 39 ans.

Guillaume

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