environnement

La crise de santé du 21ème siècle: empoisonnés au plastique.

posted by Paléo Québec juin 1, 2017 0 comments
plastique paléo québec


Les sujets environnementaux sont encore (mais moins en moins) vus comme un problème de hippies. Ou au mieux, comme un problème esthétique. Personnellement, je vois ça comme un énorme enjeu de santé. Mauvais environnement = mauvaise santé. 100% du temps, 12 fois sur 10. Et en ce moment, on fait un suicide collectif avec du plastique.

Les gens commencent déjà à oublier les Jeux Olympiques de Rio 2016, mais je me rappelle très bien de la grosse blague qu’était la gestion des déchets brésilienne avant que les jeux ne commencent. Honnêtement, c’était mérité. Un athlète qui avalait une cuillerée à soupe d’eau de la baie de Rio De Janeiro avait plus que 99% de chances de tomber malade. Certains ont même observé des morceaux de cadavres qui flottaient ici et là. Pour moi, il y a quand même un hic: on peut bien rire du Brésil, mais on oublie souvent que le Canada est une grosse poubelle. Plastique? Partout. Déchets de fast-food? Partout. Vieux pneus? Dans chaque rivière.

L’impact des déchets sur notre santé est pertinent à discuter, mais vu l’ampleur du sujet, je vais surtout me concentrer sur le plastique pour cet article. Le plastique est PARTOUT.

Effets hormonaux du plastique

« Voyons, un peu de plastique chauffé ici et là ça ne fait pas de mal voyons! ». ERREUR. Premièrement, on a passé le « un peu » il y a belle lurette. Deuxièmement, ça fait du mal.

Un des problèmes majeurs avec le plastique est qu’il contient une bonne quantité de xénoestrogènes (littéralement: estrogène d’origine externe) qui se libèrent de temps en temps et contaminent les environs. Les xénoestrogènes sont des substances artificielles qui imitent les effets de l’estrogène (une hormone femelle) dans le corps humain. Chez les femmes, on soupçonne fortement que ça amène une puberté précoce. Chez les hommes, on voit un effet de féminisation: prise de gras, diminution de la testostérone, diminution de la taille des testicules et du pénis, et plus! Que de la joie. Pour les deux sexes, on voit aussi une augmentation des risques de cancer. Pour les sceptiques, il n’y a rien de controversé ici, c’est très bien documenté. Encore plus de bonnes nouvelles: les xénoestrogènes peuvent s’accumuler dans le gras du corps et rester présents pendant plusieurs années. Les plastiques n’en sont pas la seule source (c’est assez déprimant de voir la liste complète), mais comme on s’en met un paquet dans la bouche, ils méritent notre attention.

Les adultes ont le bénéfice d’avoir un système hormonal solide capable de gérer une certaine quantité de substances toxiques. Les enfants avec un système en développement sont encore plus à risque. Pas sûr qu’on veut que bébé tète une bouteille en plastique avec du lait dans un sac de plastique chauffé au micro-onde et mange sa purée avec une cuillère en plastique, juste avant de se mettre un jouet en plastique dans la bouche. Certains bébés se retrouvent exposés à des quantités de xénoestrogènes qui dépassent la quantité d’hormones qu’ils produisent par eux-mêmes. Rien de bon ici.

Effets environnementaux du plastique

Le plastique est tellement mauvais pour l’environnement qu’on croirait que ça a été inventé par un méchant d’un film de James Bond.

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Un milliard de plastique!!!

 Non seulement il est indigeste pour la majorité des espèces de la planète (sauf quelques larves de papillon très spécifiques), en plus il ne se dégrade jamais complètement. Alors qu’un vieux bout de pomme dans notre compost est transformé lentement en bonne terre à jardin, un sac qui se désagrège avec le temps ne fait que se diviser en plus petites particules de plastique. Quand il est assez petit, il est avalé par différentes espèces qui tentent de se nourrir, et même alors, il n’est pas dégradé. Il s’accumule dans le système des animaux et reste présent jusqu’à leur mort.

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Beaucoup d’animaux meurent parce que leur système digestif se bouche avec du plastique, en plus des effets toxiques sur le reste de leur système. Les gros organismes marins comme les baleines sont particulièrement à risque.

 

Un des organismes que je suis de près, le « Ocean Clean Up Project » (Projet de nettoyage de l’océan, plus de détails plus loin dans l’article), a étudié le plastique accumulé dans le Pacifique. Une bonne partie des débris était là depuis plusieurs décennies. La caisse de lait en plastique que grand-père a jetée dans la rivière en 1962 flotte maintenant dans le Pacifique. Wow. Je le vois personnellement quand je fais de l’apnée dans les lacs du Québec. Un paquet des déchets que je pêche sont plus vieux que moi.

Du plastique PARTOUT

Presque tout le monde a entendu parler de la fameuse île de plastique dans l’océan Pacifique, ou des tortues qui restent prises dans des machins en plastique. Ce qui est vraiment sous-estimé, par contre, c’est la quantité abominable de plastique qui est juste ici, à côté de nous. Au Québec, les côtés de route sont jonchés de bouteilles et de sacs de plastique. Les pelouses publiques sont jonchées de résidus minuscules de plastique parce que les employés de la ville qui passent la tondeuse ne prennent souvent pas le temps d’enlever les objets en plastique de leur chemin. Chaque recoin boisé des grosses villes du Québec est plein de résidus de plastique. On tasse un peu les feuilles mortes et on voit des couches de plastique accumulées depuis plusieurs années. Faites le tour de vos plate-bandes, vous allez être surpris!

J’ai un trajet d’environ 20km de long à Gatineau qui m’amène d’un pavillon à l’autre du cégep, au gym et à l’épicerie. Sur ce trajet, je ramasse environ 1-2lbs de plastique divers (surtout des bouteilles d’eau vide et des sacs) à chaque jour. Et je ne ramasse pas tout ce que je vois parce que je ne me rendrais jamais nulle part.

Nouvelle fantastique: il y a maintenant du plastique dans notre nourriture. La source d’inspiration de cet article est une étude récente sur des sels de mer récoltés dans plusieurs pays: presque tous étaient contaminés par des particules de plastique. Une autre étude montre que les amateurs de fruits de mer mangent jusqu’à 11 000 micro-particules de plastique par année. Yum! Et je suis pas mal sûr que c’est vrai pour un paquet d’autres types de nourriture, c’est simplement que ça n’a pas encore été étudié.

Se mettre en action

Jusqu’ici le tableau était sombre, mais fini le pessimisme, on peut se mettre en action. Je crois fermement au potentiel de chaque individu et lecteur de ce blogue de contribuer à changer le monde. On peut agir pour changer les choses à trois niveaux: dans sa vie personnelle, dans son entourage immédiat et au niveau du reste de la planète. En le faisant, on améliore sa santé, on améliore l’environnement, on réduit les coûts en frais de santé pour tout le monde et on améliore la productivité des systèmes biologiques. C’est gagnant partout.

Moins de plastique à petite échelle

On va se dire les vraies choses: c’est quoi l’histoire débile de boire de l’eau dans des bouteilles de plastique jetables? Je n’arrive pas à prendre au sérieux les gens qui le font. Ça coûte infiniment plus cher que l’eau du robinet (ça coûte même plus cher que de l’essence), ça crée une tonne de déchets complètement inutilement et ça nous expose à des particules de plastique de mauvaise qualité qui nous rendent malades. Encore mieux quand la bouteille reste au soleil un peu et prend un délicieux goût de plastique. C’est comme perdre quatre fois. On règle ça drette là en achetant une bouteille d’eau en aluminium. J’ai la mienne depuis au moins 8 ans et elle ne montre pas de signes de vieillesse encore. Je la remplis plusieurs fois par jour. Pour les gens qui sont toujours cassés et qui ne comprennent pas pourquoi: si j’avais acheté des bouteilles d’eau en plastique à la place d’avoir une bouteille réutilisable, j’aurais payé plusieurs milliers de dollars sur 8 ans. Dé-bile.

Des petites actions de plus qui vont vous aider à moins vous (et les autres, indirectement) empoisonner au plastique au quotidien:

  • Fini les sacs d’épicerie à usage unique. Ça me fait toujours rire de voir les gens paniquer devant le problème complexe de devoir transporter leurs 5 boîtes de biscuits sur les 100 mètres qui séparent la caisse enregistreuse de leur voiture. Utilise un sac à dos champion! Ou un sac réutilisable en tissu récupéré qui va te durer 20 ans. Ou tes mains.
  • Mais je mets quoi dans ma poubelle? Voici un secret: je n’utilise plus de sacs de poubelle. Les trucs de recyclage vont dans un petit bac de recyclage que je vide périodiquement dans le gros bac de la ville. Le compost va dans un plat en vitre que je vide quotidiennement ou aux deux jours. J’aime le faire en plus, ça me fait bouger un peu. Je vais porter les déchets à risque (comme les paquets de viande) directement dans la poubelle dehors. Les autres déchets sont généralement secs et ne salissent pas la poubelle du tout. Dans le pire des cas j’ai besoin de la laver aux 6 mois.
  • Pas de plastique pour cuisiner, pas de plastique au micro-ondes. Les molécules nocives dans le plastique ont tendance à se retrouver dans la nourriture beaucoup plus facilement quand on les chauffe. Utilisez des instruments en bois, en métal ou en silicone pour cuisiner. Utilisez des plats en vitre ou en céramique pour le micro-ondes! La prochaine étape pour moi c’est une brosse à dents en bambou avec des poils naturels.
  • Mort à Tim Horton’s (faites votre café à la maison)! Vous allez sauver de l’argent et empêcher que des milliers de gobelets en plastique ne polluent notre environnement. En fait, évitez les chaînes de fast-food en général. Bien meilleur pour votre santé, pas de plastique. Un Frappucino trop sucré qui dure 7 minutes, un diabète et un gobelet de plastique qu’on traine toute une vie. Pas le deal de l’année.
  • Faites le nettoyage de votre terrain, surtout si vous jardinez. Quand on commence à regarder le sol autour d’une maison de plus près, on se rencontre qu’il est plein de petites particules de plastique. Des bouts de vieux sacs d’épicerie déchirés, des attaches à pain, des bouts de bouteilles d’eau qui sont passées dans la tondeuse, ça abonde. Je ne pense pas qu’il y ait d’étude encore sur les carottes de jardin qui poussent dans un sol bourré de plastique, mais j’aime mieux ne pas prendre de chance.

Moins de plastique à moyenne échelle

Inspirez-vous de PGGR (Petits Gestes Grands Résultats, on a fait un podcast avec eux ici) et commencez à nettoyer votre ville. 2 déchets par jour. Si vous vous sentez dépassé par la tâche, faites comme moi et commencez avec des objets recyclables spécifiques. Je me concentre sur les bouteilles de plastique, les canettes en aluminium et les sacs de plastique.

  • Observez les changements que vous pouvez faire au travail. Une petite action peut faire une bonne différence. Récemment, j’ai contacté un des responsables de la gestion des déchets du cégep parce qu’un des gymnases n’avait pas de bac de recyclage. Il a été génial et il en a trouvé un assez rapidement. Grâce à ce petit effort, plusieurs centaines de kilos de plastique par année vont être recyclés à la place de se retrouver au dépotoir.
  • Si jamais vous êtes dans un milieu avec une fontaine (abreuvoir en langage commun), trouvez la personne qui en est responsable pour discuter des versions avec une extension pour remplir les bouteilles d’eau. On en voit de plus en plus dans les lieux publics. Celle dans le couloir près de mon bureau a rempli l’équivalent de 70 000+ bouteilles en plastique en moins que deux ans. C’est incroyable!
  • De temps en temps, si vous voulez avoir une journée de bien-être incroyable, pensez à faire une corvée de nettoyage. Trouvez un petit coin de bois et nettoyez-le. Je le fais régulièrement avec la copine et de temps en temps je traine un ami avec moi. Ça fait prendre du soleil, ça fait respirer de l’air frais, ça fait bouger et marcher, ça permet de parler avec un ami ou de réfléchir à la vie et, surtout, ça fait du bien. En prenant action sur les problèmes qu’on voit, on sent qu’on a du pouvoir pour changer notre vie, et c’est un moyen génial pour ne pas sombrer dans la dépression et l’apathie.
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Ça a l’air d’être pas mal, mais je ramasse ça pas mal à chaque semaine. Le bon côté: ça commence à paraître dans les coins où je passe souvent!

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Regarde-moi ça l’attitude positive exemplaire!

Moins de plastique à grande échelle

On dit souvent « pense à grande échelle, agis à petite échelle », ce qui veut dire qu’un des moyens d’améliorer la situation de tout le monde est de se concentrer sur les changements qu’on peut faire dans notre petit coin en premier. C’est efficace, et j’y adhère, mais j’aime aussi penser et agir à grande échelle. Par exemple, comme fan fini des arbres, je donne de l’argent à Eden Reforestation Projects, qui plantent des arbres dans des pays en voie de développement. Alors qu’avec 10$ j’arriverais à acheter et planter au maximum 2 arbres rabougris au Québec, j’arrive à en faire planter entre 40 et 100 dans un pays comme le Madagascar. Je maximise le pouvoir de mon argent!

  • Si vous avez un peu d’argent qui brûle le fond de vos poches, pensez à donner un peu au projet « Ocean Clean Up » (nettoyage de l’océan). En 2012 un jeune de 19 ans a imaginé une machine qui récolterait le plastique des océans. 5 ans plus tard, un prototype viable à grande échelle va être lancé dans le Pacifique sous peu. On parle ici de la possibilité de nettoyer jusqu’à 50% du plastique de l’océan Pacifique en moins de 10 ans. C’est remarquable et ça donne espoir!
  • Si vous avez des plogues en politique ou si vous aimez vous impliquez à ce niveau, poussez des projets de loi visant à réduire la présence du plastique dans notre quotidien. Je parle ici de lois qui bannissent les bouteilles en plastique ou les sacs d’épicerie en plastique. Elles sont sauvagement efficaces, et les gens qui s’y opposent sont généralement achetés par les grosses compagnies.
  • Parlant de lois, pensez aussi à pousser le gouvernement provincial pour qu’il amène une consigne sur les bouteilles d’eau en plastique, en plus de doubler la consigne existante. Le montant de la consigne sur les canettes (5 sous) n’a pas changé depuis les années 80. Une canette ne vaut tellement plus rien que les gens préfèrent la jeter par terre plutôt que de faire un effort pour ravoir leur consigne. Si on parlait de 20 sous par canette/bouteille, on aurait une armée de scouts pour les ramasser et les recycler! Vous pouvez écrire au Ministère de l’Environnement ici.

Conclusion

Moins on s’entoure de plastique, mieux on se trouve. Ça influence notre santé directement, en plus de toucher l’environnement collectif. Avec des petits gestes accumulés vous pouvez faire des changements significatifs et être un exemple pour tous les gens qui vous entourent!

Et arrêtez d’acheter des maudites bouteilles d’eau en plastique!

Guillaume

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