Nutrition

La nourriture biologique: grosse arnaque ou investissement solide?

posted by Paléo Québec septembre 30, 2017 1 Comment
lapin biologique paléo québec

C’est partout, c’est à la mode, on en parle tout le temps: la bouffe biologique. Est-ce ça vaut la peine, ou est-ce que c’est une autre arnaque pour vider les poches des hipsters?

C’est une grosse question et ça va prendre un gros article pour y répondre!

Les principes derrière l’agriculture biologique

On casse la glace. Quand on parle d’agriculture biologique, on parle d’agriculture basée sur 4 principes:

  • Le principe de santé. On veut maintenir la santé des humains, des sols, des animaux, de la planète.
  • Le principe de l’écologie. On veut se baser sur les cycles de la nature et les respecter.
  • Le principes d’équité. On veut un traitement équitable des gens impliqués.
  • Le principe de précaution. On veut être prudent pour respecter la santé des générations actuelles et futures.

Les termes sont larges, mais le sentiment général reste qu’on veut une agriculture plus durable que l’agriculture industrielle qui domine le marché.

La grosse question: est-ce que ça fonctionne, ou est-ce que c’est une illusion?

Quand le biologique fonctionne moyen: nutriments et certifications

Un des gros débats sur le bio est la qualité nutritionnelle des aliments. Les hippies convaincus vont argumenter que le bio est aussi bon pour l’âme que du jus de licorne, les cyniques finis vont jurer que c’est une arnaque et que tout le monde ment. Qui a raison?

Plusieurs études se sont penchées sur le sujet et une méta-analyse les a regroupées en 2014 pour voir les liens communs. Ce qui ressort? Au niveau des vitamines, ça varie. Généralement, pas de grosse différence entre les deux. Au niveau des antioxydants par contre, le bio gagne haut la main. Et c’est excellent pour nous.

Les végétaux bios sont généralement exposés à des niveaux plus élevés de stress que les aliments conventionnels, entre autres parce qu’ils sont attaqués par plus d’insectes. Pour se défendre, les végétaux produisent des substances qui sont toxiques pour les insectes et probablement bonnes pour nous: les antioxydants. Le débat est toujours ouvert sur la raison pour laquelle ils nous aident: ils réduisent notre inflammation directement, ou ils stressent notre corps un peu et notre corps répond en produisant plus de substances anti-inflammatoires. Dans les deux cas, on en veut!

Reste que ce qui m’intéresse dans le bio n’est pas ce qu’il contient, mais plutôt ce qu’il ne contient pas: des pesticides.

Quand le biologique fonctionne bien: histoire de pesticides

Les pesticides (herbicides, insecticides, fongicides, …) mériteraient une série de 4 longs articles, mais on peut garder ça court: malgré leurs côtés positifs, ils amènent des GROS problèmes.

L’utilisation des pesticides remonte à plusieurs siècles et le problème des insectes qui dévorent les récoltes ou de plantes qui envahissent les champs ne sont pas nouveaux. Ce n’est que depuis environ 50 ans que l’utilisation de pesticides a pris une si grosse ampleur. Plusieurs millions de kilogrammes de pesticides sont utilisés chaque année dans le monde. Plus de la moitié sont des herbicides, en particulier le glyphosate et l’atrazine.

À première vue, les pesticides fonctionnent et donnent des plus grosses récoltes. Plus de nourriture pour les humains, ça semble être une bonne chose, non? Sauf que comme toujours, c’est plus complexe que ça. Les pesticides ne fonctionnent pas pour toujours, certains organismes y deviennent plus résistants et le retour sur investissement diminue avec les années. Pire, et c’est vraiment grave, 98% des insecticides et 95% des herbicides qui sont vaporisés touchent des cibles autres que celles prévues. Encore beaucoup très pire, une quantité significative de pesticides s’accumule dans l’environnement et contamine les cours d’eau et les milieux naturels.

Les néonicotinoïdes, la classe de pesticides la plus utilisée, sont fortement soupçonnés de nuire significativement aux populations d’abeilles. Les abeilles sont les insectes qu’on observe de près parce qu’elles sont essentielles à notre agriculture, mais dans le reste du monde des insectes, ça va très mal aussi. Une étude récente indique que dans les réserves naturelles d’Allemagne, les populations d’insectes ont récemment diminué de 75%. Ça devrait vous garder éveillés la nuit pas mal plus que le dernier tweet de Trump.

paléo québec biologique abeille

Pesticides = pauvres petites abeilles mortes.

Et chez les humains, qu’est-ce qui se passe? Ce n’est pas pour entrer dans les histoires de conspiration, mais on va faire quelques liens: les pesticides affectent toutes sortes d’espèces vivantes, s’accumulent dans notre environnement, s’accumulent dans notre organisme et affectent notre système endocrinien (hormonal). En même temps, les humains sont plus obèses et plus infertiles que jamais. Gros scoop: ce n’est probablement pas une coincidence. Même que Monsato s’amuse à acheter des gens pour modifier les conclusions de rapports scientifiques sur leurs produits. « Oh, c’est toxique pour 99.8% des insectes, pas mal toutes les plantes, toutes les sortes d’animaux qu’on a étudiés, mais on estime que c’est sûrement neutre pour la santé des humains! ». Beaucoup d’études se concentrent aussi sur les effets d’une seule substance, mais nous sommes quotidiennement exposés à un cocktail significatif de substances toxiques. Qu’est-ce que ça donne? C’est encore un mystère, mais ça regarde mal.

Et le bio là-dedans? L’agriculture biologique utilise ses propres substances pour se débarrasser des indésirables, substances qui peuvent être aussi toxiques (et même plus) que les créations artificielles. Reste que les aliments bio ont nettement moins de résidus de pesticides que les aliments normaux. Le point qui me convainc le plus, c’est que les fermes bios ont un solide 30% plus de biodiversité que les fermes conventionnelles. Dans le meilleur des cas, celui où les pesticides ne nous affectent pas directement, c’est quand même dans notre intérêt de garder le reste de la nature en vie. Peut-être qu’il n’y a pas de lien entre la santé de notre environnement et notre santé personnelle, mais je ne parierais pas là-dessus.

Pour les coeurs empathiques: les fermes dans les pays moins développés qui utilisent des pesticides les épandent souvent sans aucun égard pour la santé de leurs employés. Quand vous achetez des bananes biologiques, par exemple, vous savez qu’elles n’ont pas poussé dans des bananeraies où des pauvres fermiers sont régulièrement arrosés de pesticides. C’est clairement du bon karma à accumuler.

Bonus bien dodu: une ferme biologique emprisonne plus de CO2 dans le sol qu’une ferme conventionnelle. En plus des joyeux effets contre les changements climatiques, c’est indicateur d’un autre effet positif: les sols biologiques ne sont pas appauvris comme les sols gérés de façon conventionnelle. Ça va mériter un autre gros article, mais pour l’instant: l’agriculture conventionnelle appauvrit les sols à une vitesse ridicule et c’est un des plus gros dangers pour l’espèce humaine. Ça a détruit plusieurs civilisations déjà et nous n’en sommes pas à l’abri.

Mais ça coûte cher pis j’ai l’air d’un snob!

On passe aux choses plus pratiques: le bio ça coûte plus cher. Et qui dit plus cher dit que ça va effaroucher quelques personnes, surtout au Québec. On va se le dire, le Québec a un petit problème de « Crabs in a bucket » (Crabes dans un seau). L’expression vient de l’idée que quand on met un paquet de crabes dans un seau duquel ils sont tous capables de sortir seuls, ceux qui essaient de sortir se font tirer vers le bas par les autres et restent coincés. C’est la mentalité  »si je ne peux pas en avoir, tu n’en auras pas non plus ». Avec la nourriture, ça se traduit souvent par un jugement des gens qui veulent manger mieux. « Regarde-moi ça les snobs qui se payent du céleri plus cher de privilégiés, qui sont-ils pour essayer de manger mieux que le reste du petit peuple? Endurez votre misère comme nous et mangez vos pizza pochettes! »

crabes seau paléo québec

Check moé Paul qui essaie encore de faire mieux que nou-z-autes! Retourne dans le bac, PAUL!

Personnellement, je vois ça de deux façons:

  • Ma santé personnelle vaut plus que l’effarouchement que certaines personnes ressentent quand quelqu’un ne mange pas exactement la même chose qu’eux. S’ils ont la maturité émotionnelle d’un enfant de 6 ans un peu lent, c’est leur problème.
  • Je fais de mon mieux pour m’entourer d’amis ouverts et positifs. Si quelqu’un dans mon groupe d’amis mange différemment du groupe, les réactions vont aller de « Ok, on s’en fout » à « Uh, intéressant, pourquoi est-ce que tu manges comme ça? Je peux goûter? ». J’ai des bons amis, vous en méritez des bons aussi.

Tu fais un effort pour manger mieux, te sentir mieux et éviter des problèmes de santé? Si tes amis et ta famille n’ont pas une réaction de support et de compréhension, ils ne font pas leur travail. Note qu’une discussion critique sur la validité de l’approche est très correcte (et même essentielle), mais le sentiment général devrait être un sentiment d’ouverture.

Le bio c’est pour qui?

On va se le dire: pour beaucoup de gens, acheter de la nourriture biologique est une perte d’efforts et d’argent. Pas parce qu’ils sont super résistants aux effets négatifs des pesticides, mais plutôt parce que ça ne devrait pas être leur priorité. Quand tu bois encore des boissons gazeuses et que tu manges du fast-food à chaque semaine, ton énergie est plus sagement utilisée pour modifier ça que de paniquer parce qu’il n’y a plus de bananes bio au Maxi.

Exemple gratuit de manque de sens des priorités:, quelques étudiants végétariens de la fin de semaine de plein air que je viens de faire fumaient. Ok.

hipster paléo québec biologique

Tu as mangé une carotte PAS bio? Eurk, pense à ta santé un peu!!

Vous avez un peu de lousse financièrement, vous avez déjà des habitudes de vie solides et vous voulez faire des choix alimentaires qui supportent l’environnement? Go go go le bio! Vous avez de la difficulté à payer votre loyer et à manger une pomme de temps en temps? Mettez votre argent ailleurs, c’est la chose à faire.

Un angle que j’aime bien est aussi celui de se gâter avec de la top nourriture. Pour trop de gens, « me gâter » veut encore dire « me gaver de sirop de maïs et de produits transformés qui rendraient un cochon malade ». À la place, se gâter ça devrait être « j’achète la nourriture de la meilleure qualité possible ». Tu viens de courir 10 kilomètres pour la première fois de ta vie après 6 durs mois d’entraînement et tu veux célébrer? Temps de se gâter avec un steak de bison nourri à l’herbe servi avec des asperges biologiques grillées, pas avec des McCroquettes (le Longueuil de la nourriture).

longueuil paléo québec biologiques

« Les gens m’ont dit de me gâter pour mes vacances. J’ai donc décidé de visiter Longueuil. »

La MEILLEURE solution

Un des arguments qui revient souvent avec le bio est « mais le bio ce n’est pas parfait! ». C’est souvent une défense émotionnelle, parce que si on y réfléchit un peu, rien n’est parfait. Si on attend la perfection, on va mourir d’attente sur notre divan. Reste qu’effectivement, le bio n’est pas parfait. Avec la démocratisation du concept, les plans d’agriculture biologique à grande échelle sont apparus un peu partout. Est-ce que des champs de maïs bio ou des vergers d’amandiers bio qui s’étendent jusqu’à l’horizon sont mieux pour l’environnement que l’alternative conventionnelle? Un peu, mais ça laisse beaucoup à désirer en terme de biodiversité et d’enrichissement du sol.

L’agriculture qu’on veut, celle qu’on mérite, c’est la permaculture. On imite les systèmes naturels, on supporte à fond la biodiversité, on enrichit les sols et on produit des aliments sains.

permaculture biologique paléo québec

Une gros tas de trucs verts où… tout se mange.

Prenez le temps de regarder ce vidéo fantastique qui explique le travail admirable du Verger des Fermes Miracle Farms, ça va vous redonner espoir en l’humanité.

Je garde aussi un oeil sur les Pays-Bas, qui sont le deuxième exportateur mondial de nourriture (en terme de valeur monétaire) après les États-Unis. Considérant qu’ils sont gros comme deux crottes de mouche, c’est tout un exploit. Leur secret? Une agriculture hautement technologique. Avec leurs techniques avancées ils arrivent à des productions 2-3x plus élevées que le reste de la planète, avec moins de ressources, quasiment pas de pesticides et beaucoup moins d’antibiotiques (pour les animaux). L’article que j’ai lié est malheureusement en anglais, mais pour ceux qui peuvent le lire, il est absolument incroyable.

Conclusion

Je mets mon argent dans le biologique. Pas 100% du temps, mais tranquillement je fais des efforts par ci par là pour que ça augmente. Cette année je me suis abonné à des paniers biologiques. La viande que je mange en ce moment vient d’un porc délicieux acheté à ma tante de la Ferme Gijamika et au quotidien j’achète régulièrement des produits biologiques à l’épicerie. Ça me réchauffe le coeur de voir qu’il y en a de plus en plus et qu’ils sont de moins en moins chers (cet été j’ai même vu des cerises bio moins chères que des cerises conventionnelles au Provigo!). C’est un choix qui est probablement bon pour ma santé individuelle, mais surtout, c’est un choix qui est meilleur pour l’environnement, donc meilleur pour tout le monde. Les choix gagnant-gagnant sont magiques!

Guillaume

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1 Comment

Bastien octobre 27, 2017 at 6:22 pm

Très bon article Guillaume. Je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que manger bio ça n’a pas uniquement un impact sur notre santé et notre porte-feuilles. C’est aussi un acte d’engagement pour les êtres humain en général, la biodiversité et la planète.

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