Nutrition

Pourquoi est-ce que les études en nutrition se contredisent tout le temps?

posted by Paléo Québec octobre 5, 2017 2 Comments

Ah, les études en nutrition! Elles sont comme les feuilles d’automne : elles tombent et on ramasse les plus belles pour les mettre dans notre herbier. Selon à qui on parle, nos « herbiers » sont bien différents… des études crédibles vont affirmer tout et leur contraire, ce qui fait que :

  • Manger des glucides, c’est mauvais pour la santé : on sécrète de l’insuline, on prend du poids, on a le diabète de type 2
  • Manger des lipides c’est mauvais pour la santé, ça favorise les maladies coronariennes et le cholestérol élevé
  • Manger trop de protéines c’est affreux pour les reins
  • La viande rouge est mauvaise pour la santé, ça augmente le risque de cancers en tout genre
  • Le tofu est mauvais pour la santé, c’est plein de phytoestrogènes et ça favorise le dépôt de gras abdominal
  • Le gluten, c’est l’excrément de satan (ou non)
  • Boire du lait c’est mal (ou non)

Ce qui fait que, au bout du compte, on ne sait pas trop à quel saint se vouer.

La « plus récente étude » en nutrition, l’étude PURE

Rien que pour brasser les cartes, une étude récente a été publiée, intitulée PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology), qui a observé 135,000 individus de 35 à 70 ans pendant une période d’environ 7 ans par personne. Les chercheurs tentaient de vérifier s’il y avait des associations entre la consommation de lipides et de gras et la mortalité et les maladies cardiovasculaires.

Résultats :

  • Les participants dans le quintile (20% des individus) consommant le plus de glucides, soit 77% de leur calories totales, avaient un risque de mortalité toutes causes confondues plus élevé de 28% que le quintile consommant le moins de glucides.
  • Les participants dans le quintile consommant le plus de gras (35% des calories totales) ont vu leur risque de mortalité toutes cause confondues diminer de 23% par rapport à ceux qui en consommaient moins, peu importe le type de gras – même le vilain « saturé ».
  • Même que la consommation de gras, ou de gras saturé spécifiquement, n’était pas associé à un risque de maladies cardiovasculaire plus élevé.

Ayoye! Pris comme ça, cette étude renverse tout l’establishment nutritionnel sur son derrière sans grande cérémonie. Pour vous, lecteurs de longue date de ce blogue, vous ne tombez pas sur le derrière… le gras en soi n’est pas associé à des effets néfastes pour la santé. (1), (2),  (3)

MAIS, si vous n’étiez pas un lecteur de ce blogue, vous devriez théoriquement prendre le temps de regarder l’étude vous-même, de lire mes références, de tout analyser pour avoir un esprit critique et décider, tout seul, comme un grand, si vous faites assez confiance aux études pour changer quelque chose à votre mode de vie.

Soyons sérieux. Qui fait ça? Personne. Vous allez donc Googler « Étude PURE analyse », vous tombez sur un article du Nutritionniste Urbain, tiens, c’est quoi ça… ah bin, il dit que c’est pas aussi simple que ça, entre autres que :

  • Il s’agit d’une étude épidémiologique – ce qui signifie que les associations sont observées, mais ne signifie pas nécessairement un mécanisme de cause à effet.
  • Il s’agit d’une étude ou les résultats sont auto-rapportés, ce qui n’est pas la mesure la plus fiable (pouvez-vous me dire ce que vous avez mangé pour dîner jeudi passé?)
  • Du site de Harvard : la provenance des sucres ne sont pas clairement établis (entre un fruit et une boisson gazeuse, il y a une différence…)
  • Une diète riche en glucides peut être indicatrice d’une diète de pauvreté, avec beaucoup de féculents ou de sucres raffinés mais pas grand chose d’autre, et les résultats constatés pourraient être dûs à la malnutrition.

Eh ben. Finalement, l’étude qui avait l’air intéressante ne l’est plus. Pour tester si vous vous êtes faits raconter des bobards, vous googlez : « les gras saturés sont-ils mauvais pour la santé. » Vous tombez sur un site gouvernemental qui affirme :

Les gras trans et saturés ne sont pas bons pour la santé. Ils peuvent accroître les risques de maladies du cœur de par leur effet sur les taux de cholestérol. Les maladies du cœur sont une des causes principales de décès au Canada.

La mentalité tribale en nutrition

L’être humain est tribal par nature. Rien ne va rassembler une ville autant qu’une équipe sportive qu’une victoire de championnat, où subitement tout le monde devient un fan de l’équipe et tout le monde fait ami-ami. On aime aimer notre équipe ; on aime détester l’autre.

Croyez-le ou non, en nutrition, ce n’est pas vraiment différent. On tire régulièrement la pipe des végétaliens sur ce blogue, qui ont la réputation d’être inflexibles, mais en nutrition, les « dogmes » nutritionnels en tout genre : le « riche en gras », le « riche en glucides », « sans gluten », « régimes crus », et oui, même les paléos.

C’est puissant de s’identifier à un groupe de gens qui pensent pareil comme nous et qui peuvent valider nos croyances, sauf que la ligne entre la pensée sectaire et l’adhérence à un courant de pensée est mince.

Même si la méthode scientifique est supposée être impartiale, c’est loin d’être le cas: les chercheurs peuvent avoir un biais envers un dogme en particulier, ou l’information qui rejoint le public peut être teintée par la personne qui la distribue. Vous ne trouverez pas beaucoup d’informations sur une diète riche en gras sur un site végétalien, ou beaucoup d’études encensant le gluten sur un site paléo!

Et la meilleure diète pour perdre du poids, selon les études en nutrition?

À noter que je déteste le terme « diète », car le mot est associé à une restriction et à une période pénible. Bizarre que la « diète » du règne animale signifie leur régime alimentaire! Bon! Passons. Vous voulez la vraie réponse?

Toutes les diètes fonctionnent (4), (5).

La vraie, la terrible réalité, est que tous les plans alimentaires vont contribuer à perdre du poids s’ils permettent un déficit calorique. Leur agrément et leur faisabilité est peut-être variable, mais que l’on mange plus ou moins de glucides, de lipides ou de protéines, il est possible de perdre du poids de façon durable peu importe notre alimentation… tant que cette alimentation est suivie de façon durable. Sinon, c’est la perte-prise de poids en yoyo!

Un problème fondamental des études scientifiques est qu’elles opèrent par moyennes. Si une étude prend 1000 participants et observe qu’ils perdent du poids en suivant une certaine façon de manger, cela signifie qu’un certain nombre de personnes ont perdu du poids, d’autres n’ont rien perdu, et d’autres en ont gagné. Si vous adhérez à cette façon de manger, de quel côté allez-vous tomber?

Mettre toutes les chances de son côté

J’adore cet infographique (en anglais, malheureusement) de Precision Nutrition appelé « The Cost of Getting Lean » (Le prix à payer pour devenir svelte), car il détaille l’effort qu’un individu doit mettre pour atteindre le niveau de pourcentage de gras désiré. Chaque décision nécessite des compromis, et le poids en fait partie.

Avant de se lancer dans une diète qui semble trop belle pour être vraie, posez-vous la question : est-ce que, à la base, j’ai de bonnes habitudes alimentaires?

  • Est-ce que je mange principalement des aliments non transformés?
  • Est-ce que je dors 7 à 8h par nuit?
  • Est-ce que je bois beaucoup d’eau et peu de calories?
  • Est-ce que je bouge régulièrement à basse intensité, comme de la marche ou du vélo de plaisance?
  • Est-ce que je bouge occasionnellement à haute intensité, comme des intervalles ou de la musculation?
  • Est-ce que j’entretiens des relations interpersonnelles sincères qui me procurent du plaisir?
  • Est-ce que mon mode de vie me permet de gérer mon stress adéquatement?

Si vous cochez ces sept cases, il y a fort à parier que vous aurez atteint la majeure partie de votre objectif. Si vous désirez aller plus loin, vous pourrez effectuer tous les tests que vous voulez – si vous avez acquis la base.

Les bases en premier, toujours.

 

Vincent

 

 

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2 Comments

Sylvain octobre 5, 2017 at 2:45 pm

Notons que 135,000 personnes, en français, c’est 135 personnes et zéro millième…

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Bastien octobre 16, 2017 at 4:25 pm

Bonsoir Vincent. Je suis à 100 % d’accord avec toi. Les études c’est comme les statistiques, on peut leur faire dire ce qu’on veut. Que ce soit dans le paléo ou dans n’importe quel autre modèle alimentaire, on a tendance à systématiquement vouloir trouver des études scientifiques pour appuyer nos croyances. Comme pour se justifier. Quoi qu’il en soit, ta conclusion résume parfaitement ce que nous devrions tous faire…d’abord se focaliser sur les bases que tu as énoncé et seulement après on peut chercher à aller plus loin 🙂

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