Méli-mélo

4 bonnes leçons tirées d’un voyage au Nicaragua

posted by Paléo Québec janvier 30, 2018 0 comments
Volcan camping nicaragua paléo québec


Début janvier je suis parti en voyage au Nicaragua avec un groupe d’étudiants du cégep. En plus de quelques activités plus ludiques, 2 jours à la plage ou une nuit à camper sur un volcan actif, nous avons aussi fait plusieurs activités plus académiques. Nous avons, entre autres, eu la chance de visiter des fermes biologiques, des écoles et des réserves naturelles.

De bien des façons, aller au Nicaragua était comme retourner au Québec dans les années 60, et j’ai été fasciné de voir qu’en plus des problèmes plus récents, plusieurs des problèmes qu’ils affrontent en ce moment sont les mêmes qui nous affectaient il y a quelques décennies. J’ai tiré 4 grosses leçons de l’histoire:

Leçon 1: Le lobby international des pesticides est TRÈS fort

Une des premières choses qu’on remarque sur l’alimentation locale est la généreuse quantité d’amidon qu’elle contient. À presque chaque repas on peut s’attendre à du gallo pinto (littéralement: coq peint, un mélange de riz et de fèves), une tortilla de maïs et une variation de bananes plantain cuites. Imaginez ma surprise quand j’ai appris que beaucoup d’agriculteurs locaux commençaient à prendre de l’espace pour leurs champs de patates, une autre source d’amidon. Même si les patates contiennent légèrement plus de vitamines que le maïs ou le riz, ce n’est pas comme si elles apportaient quelque chose qui manque aux Nicaraguaïens: des fruits riches en vitamines poussent partout.

C’est en discutant avec une Allemande qui possédait une ferme bio que j’ai mieux compris la raison derrière ce mouvement agricole: l’industrie des pesticides pousse fortement les agriculteurs à faire pousser des patates parce que c’est une culture qui nécessite beaucoup de pesticides. Au Québec et dans une bonne partie du monde industrialisé il y a actuellement un fort mouvement contre l’utilisation agressive de pesticides toxiques (avec raison), mais dans les pays moins développés ils ne sont presque pas dénoncés. Près d’une des écoles que nous avons visitées, un agriculteur racontait d’ailleurs qu’à chaque année plusieurs de ses collègues se retrouvaient à l’hôpital après avoir manipulé des doses trop fortes de produits toxiques.

Qu’est ce que ça change maintenant que je suis revenu au Québec? Deux choses. Je vais d’abord continuer ma transition vers les aliments biologiques.  C’est bon pour ma santé, mais ça évite aussi à des pauvres agriculteurs (salaire moyen au Nicaragua: 300$ US par mois) d’avoir à choisir entre un revenu ou leur santé. Ensuite, je regarder de beaucoup plus près d’où viennent les aliments conventionnels que j’achète, en particulier ceux avec une pelure comestible. S’ils viennent d’un pays sans trop de régulations, il y a des bonnes chances qu’ils aient baigné dans le glyphosate (Round Up) à un moment donné.

Leçon 2: L’activité physique ne protège clairement pas d’une mauvaise alimentation

À vue de nez, la population du Nicaragua semble se diriger vers la même destination que la majorité des pays de la planète: une épidémie d’obésité et de diabète. Ce qui était intéressant à observer, c’est que ce phénomène est présent même dans les endroits du pays où les gens sont très actifs physiquement. Dans plusieurs endroits plus ruraux où nous sommes passés, les agriculteurs faisaient encore la majorité de leur travail sans équipement motorisé. Malgré cela, ils avaient généralement tous une bonne accumulation de gras au niveau du ventre, au minimum. D’où est-ce que ça sort s’ils bougent autant?

Du sucre ajouté et, dans une moindre mesure, des huiles végétales raffinées. Sur les rues, dans les épiceries ou dans les restaurants, la quantité de sucre ajouté était absolument phénoménale. La photo ci-bas est un symbole parfait du problème:

Boissons gazeuses paléo québec nicaragua

C’est dur à voir dans la photo, mais chaque bouteille de boisson gazeuse EST UNE BOUTEILLE DE 3 LITRES.

La deuxième photo a été prise lors d’une visite sur le terrain d’un « ermite » (pour un ermite il était entouré de pas mal de gens) qui a passé 38 ans de sa vie à sculpter de la roche à flanc de montagne. Un des habitants du domaine était assis tranquillement à côté de sa maison et de… 10 bouteilles de coca-cola parfaitement alignées. Spectaculaire.

Boissons gazeuses nicaragua paléo québec

Un peu flou, mais on voit bien les bouteilles au centre.

Leçon 3: Le problème avec le fast food n’est pas qu’il est facile d’accès, c’est qu’il a encore une bonne image

Quand on parle de mauvaise alimentation, on entend souvent parler du problème d’accès à de la nourriture de qualité. Les quartiers pauvres n’ont souvent pas accès à des épiceries qui servent des aliments frais comme des fruits et des légumes et les gens sont coincés avec des produits transformés et du fast-food. Je ne doute pas que c’est un réel problème, mais j’ai aussi vu l’envers de la médaille au Nicaragua: beaucoup de gens VEULENT de la nourriture transformée et du fast-food. Pour beaucoup de gens dans les pays en développement et plus de gens qu’on ne le voudrait dans les pays développés comme le Canada, la nourriture transformée est un symbole d’affluence et de richesse.

Une chose était claire au Nicaragua: les fruits frais n’étaient pas difficiles à trouver. Pour quelqu’un qui capote quand il trouve un amélanchier au Québec, être dans un pays près de l’Équateur était surréel un peu. Bananiers, manguiers, cacaoïers, papayers, orangers sur les terrains privés, sur les terrains vagues et sur les terrains publics. La ferme biologique que nous avons visitée avait, sur un hectare seulement, 10 sortes de bananes, 9 sortes d’agrumes, 2 sortes de canne à sucre, 2 sortes de palmiers à noix de coco, des caramboles, des papayes, du cacao, du maïs, des arachides et des fines herbes. En fait le présentateur était très fier de son persil, mais je lui ai avoué qu’en ce qui me concerne c’est aussi banal que des pissenlits quand on compare ça à la possibilité de faire pousser 10 sortes différentes de bananes.

Avoir eu plus d’espace et avoir voulu diversifier plus, la ferme aurait aussi pu faire pousser du café, des fruits de la passion, des melons d’eau, des cantaloups, des melons au miel, des avocats, des mangues et plusieurs autres fruits (pendant le voyage j’ai goûté à 4 fruits auxquels je n’avais jamais goûtés de ma vie). Ça pousse facilement et ça pousse presque partout au Nicaragua.

fruits bananes nicaragua paléo québec

Un bananier avec la fleur encore attachée

fruits caramboles nicaragua paléo québec

Un arbre à caramboles. Il y avait une odeur d’alcool dans l’air parce qu’ils manquaient de temps pour récolter les caramboles et qu’elles fermentaient sur le sol.

fruits papayes nicaragua paléo québec

Un papayer (et un bananier en arrière-plan). Oui, ça pousse sur le tronc!

déjeuner fruits nicaragua paléo québec

Un déjeuner typique quand nous avions le temps de passer au marché: melon d’eau, cantaloup, ananas, avocats, bananes et fruit de la passion.

Dans un tel contexte d’abondance d’aliments frais, délicieux et variés, on pourrait s’attendre à trouver une population de gens avec une santé éclatante. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Ce qui est à la mode, c’est la nourriture occidentale transformée. La pizza. Les chips. Les boissons gazeuses. Le poulet frit. Le seul Mcdonald’s que nous avons vu dans la ville de Leon était situé à côté de la cathédrale et était construit en belle pierrre, un net contraste avec l’architecture habituelle. Parce que Mcdonald’s, c’est fancy!

Les tendances de mode en sont la preuve, les gens sont prêts à pas mal de choses pour gagner un peu de statut social. Si la chose  »in » à faire dans le pays c’est de manger de la nourriture fancy et super transformée d’occidentaux, ça va être fait par tout le monde. Le pire, c’est que l’excuse  »ouais mais la bouffe transformée c’est moins cher! » ne tient même pas ici. La plupart des aliments de base coûtent des pinottes.

Un des autres aspect intéressants du retour en arrière est un passage dans la section fruits et légumes des épiceries. Au Canada, la tendance est, après quelques décennies à rejeter toute imperfection, à revenir à des fruits et légumes imparfaits sur les étagères. Au Nicaragua, la majorité des fruits et légumes frais sont imparfaits, à part les pommes et les raisins, qui sont importées. Sur une étagère on peut voir des papayes de différentes formes et grosseurs, des oranges avec des taches de vert et de brun et des pommes cirées et brillantes toutes de la même forme. Les pommes sont aussi 3x plus chères que les autres fruits autour. Le contraste est raide.

Leçon 4: La protection de l’environnement, c’est important

Comme la bonne poule de luxe que je suis, je commence à être pas mal habitué à ce que la ville où j’habite ait une collecte de déchets organiques. À Sherbrooke et à Gatineau, c’est un service qui est établi depuis plusieurs années. Ça a été un dur retour à la réalité d’arriver dans un Nicaragua sans gestion de déchets d’aucune sorte. Partout où on passe, même dans la capitale, on voit des gens brûler leurs déchets sur un coin de rue. Plastique? On brûle. Compost? On brûle. Dans le meilleur des cas la ville a un système de collecte des déchets. Les déchets se retrouvent alors au dépotoir municipal, où… ils sont mis dans un gros tas et brûlés.

Le résultat de ce brûlage collectif de déchets est une qualité de l’air déplorable. Ma copine avait un chapeau blanc qui a pris des solides teintes de brun après plusieurs jours à cause des particules dans l’air. J’imagine que nos poumons étaient dans un état comparable. En plus de l’air, il n’y a aucune gestion des produits toxiques. Pesticides? On en met le plus possible et s’ils s’écoulent directement dans les rivières, tant pis. Déchets qui ne brûlent pas? Dans la rivière. Bout de forêt vierge? On la rase pour mettre du maïs. C’est triste à voir pour un pays qui a autant de potentiel.

Ça semble archaïque comme façon de faire, mais c’était généralement l’état du Québec dans les années 50-80. Les usines rejetaient des polluants dans les rivières et le gouvernement versait du DDT dans le fleuve St-Laurent pour réduire la quantité d’insectes pendant l’Expo 67. Nous faisons un peu mieux qu’avant, mais plusieurs grosses villes n’ont pas encore de compost, nous sommes ultra dépendants des voitures à essence et pas mal plus. On se dirige dans la bonne direction, mais très lentement.

Conclusion

Le voyage au Nicaragua était généralement spectaculaire, mais le groupe a quand même dû rester sur ses gardes pour bien manger et éviter de trop souffrir de la pollution locale. Je souhaite au pays d’arriver à se prendre en main avant que la situation ne se dégrade trop!

Guillaume

Articles connexes

Leave a Comment