Maladies chroniques

La santé déclinante des populations

posted by Paléo Québec octobre 22, 2018 0 comments
déclinante santé paléo québec

Une de mes grandes passions est de rire des gens qui se plaignent des nouvelles générations, comme toutes les générations avant eux. « Maudits jeunes pis leurs cellulaires pis leur internet, dans mon temps on jouait dehors! » disent-ils fièrement, juste avant de s’écraser sur le divan devant leur écran de télévision avec un sac de chips.

On peut quand même se demander de temps en temps si certaines plaintes sont valides. Est-ce que, pour une fois, les jeunes sont vraiment moins en forme qu’avant?

Un sujet qui pèse

L’année dernière, malgré les honnêtes efforts du Mexique, les États-Unis ont repris la tête du palmarès des pays les plus obèses du monde. Un jeune de 17-24 ans sur trois est trop gros pour s’enrôler dans l’armée. 7 états américains ont maintenant des taux d’obésité au-dessus de 35% chez les adultes. Cerise sur le sundae: l’état le plus « mince » est le Colorado, avec 22% d’obésité. Si on recule en 1998, l’état le plus obèse avait 22% d’obésité. Youch.

C’est la mode au Québec de rire des États-Unis et « ô qu’ils sont gras comme des voleurs hahaha et leurs grosses portions hahahahaha », mais la situation ici est tellement près de la leur (2/5 contre 1/4 d’adultes obèses) que les blagues devraient ralentir un peu. Parlant de ralentir…

Des coureurs de plus en plus lents

Jusqu’à il y a quelques décennies, le jogging était une activité complètement farfelue. Fermier, ouvrier dans une « shoppe », mère de 8-10 enfants vigoureux? Quand tu as du temps libre tu relaxes, tu ne perds pas ton énergie à courir pour rien. À la fin des années 70 et surtout dans les années 80, la mode de l’aérobie a commencé à faire rage.

C’est d’ailleurs immortalisé dans la chanson de 1983 de Robert Charlebois « J’t’aime comme un fou ».

La vie d’un coureur psychopathe fou et à la mode:

  • La pauvre fille est rencontrée à une séance « d’aerobic ».
  • Il se sent comme un champion qui court le marathon.
  • Il court dans sa rue, il court dans sa rue, il court dans sa rue.

Blague à part: quand on a beaucoup de coureurs qui font des courses, on a beaucoup de données de performance à analyser.

Des chercheurs ont analysé les tendances dans les 40 dernières années et les résultats sont clairs: les coureurs ralentissent et ils n’ont jamais été aussi lents. C’est une tendance qui se maintient même quand on considère les changements dans la population de coureurs (coureurs plus vieux, plus grande proportion de femmes, plus de débutants…). C’est aussi vrai chez les enfants: ça prend 90 secondes de plus à un enfant contemporain pour courir un « mile » (1.6 km) qu’un enfant des années 70.

paresseux paléo québec populations déclinante

Lâche pas, tu vas le courir ton mile!

Force de préhension (la bonne vieille grip)

L’endurance a pris une claque, mais elle n’est pas seule: la force de préhension des hommes a nettement décliné dans les 30 dernières années. Même chose chez les enfants. Les causes sont simples: moins d’emplois physiques, moins d’activité physique en bas âge, moins d’activité physique au quotidien.

Le point inquiétant avec la force de préhension qui diminue est que c’est une mesure qui est intimement liée à la santé et à la qualité de vie en vieillissant. On peut voir à l’horizon une génération frappée de maladies chroniques beaucoup plus tôt que celles d’avant.

Testostérone

Probablement en lien avec l’endurance à la course et la force de préhension: la testostérone a aussi diminué chez les hommes depuis les années 80. Le déclin de la masculinité a aussi été observé chez plusieurs autres espèces, particulièrement les espèces aquatiques, qui sont plus en contact avec des perturbateurs endocriniens dans l’eau.

Gain de poids? Perturbateurs endocriniens dans le plastique? Manque de soleil? Dur à dire, mais c’est mauvais signe. Les hommes avec des niveaux de testostérone plus bas vont avoir moins de libido, moins de masse musculaire, moins de motivation, moins d’énergie, et plus. Rien qui permette de profiter plus de la vie, et rien qui satisfasse les partenaires sexuelles potentielles.

C’est déjà normalisé

L’acteur TJ Miller a une excellente anecdote sur son premier party de vedettes à Hollywood. Il a tout de suite constaté qu’il était dans un endroit spécial en voyant un tigre blanc dans une cage, avant de réaliser que tous les autres invités ne remarquaient même pas le tigre, ce qui était encore plus surréel. Je me sens dans une situation semblable avec la santé publique au Québec. On a un problème d’une ampleur spectaculaire, mais personne ne s’en préoccupe.

déclinante paléo québec

Tout va bien

Le phénomène est bien étudié: les parents d’enfants obèses sont en grande majorité (95+%) incapables de voir et d’admettre que leur enfant n’a pas un poids santé. Même chose chez la perception des adultes de leur propre poids.

  • « Tom? Non voyons, Tom n’est pas en surpoids, il a juste un peu de bedaine! » me fait mal à chaque fois que je l’entends, parce ça banalise les dangers énormes d’accumuler du gras au niveau abdominal.
  • « L’obésité c’est basé sur l’IMC et l’IMC ce n’est pas valide à cause des gens musclés! ». Je vais peut-être briser quelques coeurs ici: l’IMC (Indice de Masse Corporelle) est valide pour la grande majorité des gens. Si votre IMC dit que vous êtes obèse, vous l’êtes probablement. L’Américain moyen des années 60 pesait 168lbs, ce qui est maintenant le poids d’une AméricainE moyenne, et cette hausse du poids moyen n’a pas été causée par une vague effrénée de bodybuilding.
  • Un point de repère: dans un environnement idéal, les hommes n’accumulent pas de gras et les femmes accumulent du gras au niveau des seins/hanches/triceps. Les bedaines ne sont pas communes.

Pas besoin d’utiliser de sophisme de pente glissante ici, nous sommes déjà au bas de la pente. L’obésité (et les problèmes de santé qui y sont associés) augmentent partout et aucun programme n’a réussi à la freiner encore.

Qu’est-ce qu’on fait?

Honnêtement, à part observer la situation, il n’y a pas de gestes spéciaux à poser. Je vous encourage simplement à améliorer ce qui est sous votre contrôle.

  • On travaille pour être un exemple de bonne santé et de vitalité. Déplacements actifs, recettes délicieuses, nourriture biologique, on met son argent et son temps où ça compte.
  • On améliore son environnement immédiat: plus de plantes à l’intérieur, moins de pelouse (plus de plantes variées!) à l’extérieur, un vélo qui fonctionne, des espaces où les enfants et les adultes peuvent jouer.
  • On fait un effort spécial de temps en temps: on nettoie un coin de boisé, on s’implique sur un comité vert/santé de la ville, on coache une équipe de sport.

Les gens zélés voudront faire plus, mais il est très facile de se brûler vu l’ampleur de la tâche. Mieux vaut essayer d’avaler le problème avec des petites bouchées que de s’étouffer en essayant d’en faire trop trop vite!

Tenez le cap, soyez la solution!

Guillaume

 

Articles connexes

Leave a Comment