Nutrition

Votre cerveau sur la drogue (alimentaire)

posted by Paléo Québec septembre 30, 2013 1 Comment
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Avez-vous déjà entendu quelqu’un parler de leur dérape de brocoli et de steak?  »Je regardais un marathon Star Trek* et oups, je me suis rendu compte que j’avais mangé 5 têtes de brocoli ». Probablement pas. Par contre, j’ai entendu pas mal de gens s’exclamer avec surprise qu’ils avaient atteint le fond du pot de crème-glacée ou qu’ils avaient fini 2 rangées de biscuits Oréo sans s’en rendre compte. Est-ce qu’ils étaient distraits par Matthew Mcconaughey sans T-Shirt dans Magic Mike? Sûrement, mais je doute que ce soit la raison principale derrière leur surconsommation de sucre concentré. Dans l’article de la semaine dernière, Vincent a effleuré l’impact de la nourriture sur les zones  »récompense » du cerveau. Cette semaine on regarde les effets type drogue de ces aliments plus en détails.

Un peu de science

Premièrement, il faut savoir que certaines substances influencent le corps en interagissant avec nos hormones et leurs récepteurs. La cocaine bloque la recapture de la dopamine dans les cellules du système nerveux central, ce qui provoque un effet de bien-être et d’euphorie et qui donne des super covers par Eric Clapton. Les opioïdes comme la morphine et l’héroïne viennent se fixer sur les récepteurs à opioïdes dans le corps et provoquent, entre autres, des sensations d’euphorie et de relaxation. Le phénomène le plus intéressant pour nous avec ces substances et le phénomène de dépendance qui y est associé. C’est pourquoi beaucoup de drogues ont mauvaise image: les gens qui en consomment sont prêts à vendre leur mère à rabais à des pirates somaliens pour leur prochaine dose. D’ailleurs, la drogue légale de choix, l’alcool, amène une triste quantité de gens chaque année vers la dépendance et est la drogue qui mène au plus grand nombre d’hospitalisations annuellement aux États-Unis. Quel est le lien avec la nourriture?

Nourriture et drogue

Récemment, de plus en plus d’études ont commencé à se pencher sur les effets de la nourriture sur les centres de récompense du corps, en particulier le sucre et le gras, ou une combinaison des deux. Beaucoup de ces études sont sur les rats et on attend d’en voir plus sur les humains, mais jusqu’ici, les résultats sont quand même très inquiétants. Chez les rats, il semble que la consommation de sucre soit liée à des mécanismes de récompense très similaires à ceux de l’alcool, de la cocaïne et de l’héroïne. Les gens chez qui on a injecté de la naloxone, un antagoniste des opioïdes, ont vu leur appréciation gustative de grignotines pleines de sucre et de gras diminuer signicativement. Même chose chez les rats. Les gens qui commencent un traitement à la méthadone voient souvent leur désir pour les aliments sucrés augmenter. Les rats nourris systématiquement avec du sucre y développent une dépendance (on voit un pic de dopamine dans leur cerveau quand ils le consomment) et boivent plus d’alcool pour compenser si on leur en coupe l’accès. D’ailleurs, on voit des similarités entre les gens obèses et les gens dépendants aux drogues: les pics fréquents de dopamine causés par leur consommation de nourriture ou de drogue influence l’homéostasie du cerveau et les voies de fonctionnement de la dopamine. Fait intéressant, le gras n’a pas les mêmes effets  »récompense » que le sucre sur le cerveau et semble avoir des effets de dépendance moins élevés. La recherche mentionne qu’il est cependant possible (et plausible!) que la combinaison sucre-gras soit plus puissante que l’effet de chaque substance individuellement. Note: le  »gras » utilisé pour beaucoup d’études est de l’huile de maïs. Bonne chance pour en fabriquer dans votre cuisine sans bac en chimie. Est-ce que du gras de boeuf aurait le même effet? Mystère.

Effets du sucre sur le corps

Pourquoi est-ce que le sucre a un tel effet sur le corps? Personnellement, je soupçonne que comme pour plusieurs drogues, nous sommes exposés à des doses qui dépassent de loin ce que notre corps est habitué à gérer. Les Péruviens qui mâchent des feuilles de coca et les amateurs de Seinfeld qui mangent des bagels au pavot sont en parfaite santé, mais les gens qui en consomment les formes concentrées font face à une panoplie d’effets négatifs. Historiquement, le sucre disponible dans la nature était sous forme de fruits et de miel, rien d’aussi concentré et intense qu’une sloche poussin broyé du Couche-Tard. Ça dépasse simplement la capacité de notre corps à maintenir une saine homéostasie.

Donc… finalement, est-ce que certains types de nourriture créent une dépendance ou pas? On pourrait croire que pas de recherche = pas de phénomène, mais encore une fois, comme dans quasiment tous les aspects de la nutrition, c’est la recherche qui est en retard, pas le phénomène qui n’existe pas. Les compagnies de fast-food ont compris depuis longtemps que leurs ventes explosent quand elles trouvent le point magique d’équilibre entre les protéines, le sucre, le gras et le sel. Doritos? Lays sel et vinaigre? Haagen Dazs à la pâte de biscuits? Tous des produits avec une combinaison magique de tout ça, ils ont une équipe d’experts pour s’en assurer. Si vous êtes un fan de cuisine (Iron Chef wouhou!) comme moi, vous avez sûrement remarqué que cette combinaison de goûts risque de se retrouver dans un restaurant 5 étoiles. La seule différence c’est qu’au lieu d’un Ceviche d’oursins à la lime accompagné de foie gras, vous risquez de manger du sirop de maïs, des protéines de soya et de l’huile de canola.

Et moi, je fais quoi?

Un des bons trucs pour commencer est d’être attentif à ses signaux de faim et à ses rages d’aliments précis. Personnellement, j’ai remarqué qu’au début de ma transition vers le paléo, je finissais mes repas, je n’avais plus faim, mais j’avais encore envie de manger un truc transformé. J’ai aussi remarqué que quand j’ai vraiment faim, comme après une journée très active, j’ai envie de viande et de légumes. Quand j’ai  »faussement » faim, j’ai envie de chips. C’est un signe de dépendance qui se manifeste. Comme mentionné dans l’introduction, j’ai rarement vu quelqu’un avoir une rage de lait de coco après avoir terminé un gros repas. Avec le temps, ces envies disparaissent et, chose remarquable, nos goûts changent. 80% de la raison pour laquelle j’allais au cinéma avant était pour avoir la chance de manger un gros sac de délicieux pop corn. La dernière fois que j’en ai acheté un sac, le goût était dégueulasse. Pour être honnête, j’ai failli pleurer.

Sinon, si vous voulez manger quelque chose désespérément et que vous vous sentez mal après, c’est probablement encore une fois un signe de dépendance.  »Wow, cette décision de manger un troisième McDouble au fromage était vraiment excellente! Je me sens vraiment bien maintenant » Non? Personne?

Conclusion

Pour finir, je vais aussi vous donner un argument pour la prochaine fois que quelqu’un vous dit  »mais j’aime ça manger des chips/crème-glacée/pop corn du cinéma/pop tarts le matin/céréales déjeuner »: c’est exactement ça être dépendant à une drogue. Plein de fumeurs se sentent très bien quand ils fument, j’en ai d’ailleurs entendus plusieurs dire  »je sais que je devrais arrêter, mais j’aime ça fumer ». La nourriture transformée provoque une sensation de plaisir quand on la mange, … mais fait aussi que notre cerveau se modifie pour en vouloir plus et pour provoquer une sensation de manque si on n’en a pas. Elle nuit aussi énormément à notre santé. Comme quand on veut arrêter de fumer, on doit comprendre que la nourriture transformée provoque des sensations de plaisir, oui, mais n’est pas saine pour nous. Il faut prendre la décision adulte de volontairement la couper pour se débarasser de la dépendance.

Pssst: bonne nouvelle. D’habitude, en 3 semaines, les rages de sucre et autres ont diminué de 90%. Ça devient pas mal plus facile après.

Guillaume

* Pour votre enrichissement personnel, les meilleures techniques de combat du capitaine Kirk. Ces techniques sont mortelles et sont approuvées par le mouvement paléo.

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1 Comment

Mais… ”nutritionniste X” dit que le paléo c’est mal! | Paléo Québec janvier 20, 2014 at 3:57

[…] 7. ”Ce régime ne correspond pas aux besoins en glucides de l’organisme; à long terme, des rages d’aliments glucidiques peuvent survenir”. C’est un des pires arguments contre le paléo qu’on peut trouver. La raison numéro 1 pour laquelle le paléo est plus faible en glucides est parce qu’il coupe les aliments transformés, qui sont très riches en glucides. Couper les chips Lays, la crème-glacée et les boissons gazeuses ça risque difficilement de provoquer une carence en quoi que ce soit. De plus, on le mentionne tout le temps, le paléo n’est pas faible/moyen/élevé en glucides par définition, ça dépend du rythme de vie de chacun. Patates douces, bananes plantain, fruits divers et même riz blanc? Si votre corps répond bien, gâtez-vous! Finalement, CE N’EST PAS NORMAL D’AVOIR DES RAGES DE SUCRE. C’est incroyable qu’une nutritionniste connue ait encore ça comme argument. Si on a envie de poignarder quelqu’un pour voler sa Snickers au milieu de l’après-midi, ce n’est pas à cause d’une ”carence en glucides”, c’est parce que notre cerveau est accro au sucre. […]

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