Nutrition

L’intolérance au gluten : le mythe et la réalité… suite.

posted by août 11, 2014 8 Comments

Eh bien, voilà qui tombe bien étrangement!

À peine notre précédent article paru (« L’intolérance au gluten : le mythe et la réalité« ) qu’un article  paraît dans The Gazette (rien de moins!) décrivant les « mythes » des diètes sans gluten.

Remarquons qu’il est signé par M. Joseph Schwarcz, un chimiste et vulgarisateur scientifique, – ce qui n’a rien d’étonnant. De grands contributeurs au mouvement paléo/primal/biohacking ont une formation dans des domaines aussi variés que la biochimie (Robb Wolf, Rhonda Patrick), ou la physique (Paul Jaminet, Kiefer). D’autres n’ont simplement pas un passé significatif en recherche scientifique (Chris Kresser, Mark Sisson) mais sont respectés dans la paléosphère justement parce qu’ils ne font pas abstraction de la science dans la quête de la santé parfaite à travers un mode de vie idéal.

Tout cela pour dire que l’opinion de l’auteur de l’article ci-haut ne doit pas être interprétée comme provenant de la bouche d’un inculte.

Il y a toutefois plusieurs affirmations intéressantes sur lesquelles il y a de quoi discuter.

1) L’amélioration des symptômes du syndrome du colon irritables (SCI) sont dûes à la réduction de glucides fermentables (FODMAPs), non au gluten.

Comme nous le disions dans l’article précédent, la réponse facile serait de dire : « Oui, et après? Puisque les diètes sans gluten fonctionnent, on se fout d’ou provient le problème, puisqu’il se règle ». Sauf que puisqu’une alimentation paléolithique ramène sur la table de nombreux fruits et légumes contenant des FODMAPs, car nous remplaçons les produits céréaliers par « le groupe vert », c’est inquiétant pour les gens souffrant du SCI – est-ce qu’on remplace quelque chose de mauvais par quelque chose d’équivalent?

Malheureusement, aucune étude de ma connaissance n’a étudié une diète standard versus une diète sans gluten versus une diète paléo, ce qui permettrait d’élucider cette question. Il serait facile de pointer les milliers de témoignages de gens constatant une amélioration de leur symptômes suite à l’adoption d’une diète paléo pour passer à autre chose, mais ce serait faire abstraction d’un autre phénomène : la perméabilité intestinale.

Cette première étude compare une diète avec versus sans gluten mais ne rapporte pas une perméabilité intestinale accrue , mais les auteurs admettent que leur moyens pour la tester (test de perméabilité de sucres) ne sont peut-être pas aussi performants que d’autres (biopsie), et que des faibles niveau de perméabilité n’ont peut-être pas été détectés. À noter que ces 40 patients souffraient du SCI, mais n’était pas diagnostiqués comme coeliaques ou intolérants au gluten. Cette seconde étude a constaté une diminution des symptômes chez les gens souffrant de SCI en leur faisant suivre une diète sans gluten à base de riz – et ont observé que « le gluten a altéré la fonction de barrière chez les patients souffrant du syndrome du colon irritable. Ces résultats montrent un mécanisme réversible pour ce syndrome ».

Or, la perméabilité intestinale est un facteur de risque pour développer le syndrôme du colon irritable (1, 2) et l’exposition au gluten, par l’entremise de la gliadine, entraîne la sécrétion de zonuline – une molécule qui augmente cette perméabilité (3.4, 5, 6). Le problème avec un intestin perméable est qu’il laisse rentrer des macromolécules de nourriture à l’intérieur du corps humain, ce qui entraîne une réponse immunitaire.

Par analogie, imaginez une guerre où des défenseurs tiennent une ligne fortifiée (l’intestin). Tant que leur formation et leur éveil sont bons, les attaquants (les macromolécules) ne peuvent pas infiltrer les lignes, mais si les défenseurs s’endorment ou se dispersent et que les attaquants infiltrent les lignes, les défenseurs ont un problème! La « ligne intestinale » étant trop perméable, des éléments perturbateurs entrent dans le corps et doivent être éliminés… mais la guerre n’est pas une affaire propre. Il y a du dommage collatéral – des civils sont blessés, des bâtiments détruits…

Dans le cas de l’intestin, la réponse immunitaire a l’effet d’augmenter l’inflammation – par l’entremise de cytokines pro-inflammatoires.

Comme si ce n’était pas suffisant, saviez-vous que les plus récentes hypothèse de recherche veulent qu’afin de développer des maladies auto-immunes telles que le diabète de type 1 la fibromyalgie, le syndrome de Hashimoto, l’arthite rhumatoïde, le syndrôme de Raynaud, le psoriasis et j’en passe, la perméabilité intestinale augmentée semble être un pré-requis?

Bref, est-ce le gluten ou les FODMAPs qui sont la cause de la résolution de ces symptômes de SCI? Tout porte à croire que même si les FODMAPs jouent un rôle important, le gluten est coupable de bien plus de crimes.

 2) Les diètes sans gluten permettent de perdre du poids car on coupe l’apport calorique.

Je vous mets au défi de trouver n’importe quelle diète dans laquelle on coupe l’apport calorique chez quelqu’un sans qu’il perde de poids, parce qu’il vient de violer les lois de la thermodynamique.

Comme nous le disions dans l’article Ceci n’est pas une calorie, la vie n’est pas un laboratoire. Personne ne cuisine pour nous, personne ne pèse notre nourriture et notre métabolisme fluctue constamment. Dans ce contexte, pourquoi ne pas choisir une diète qui nous permet de manger à notre faim et de perdre du poids? À ce titre, une diète paléo a été plus satiétante qu’une diète méditéranéene (la diète la mieux côtée par les spécialistes de la santé et de la nutrition).

Bref, oui on perd du poids – mais comme le mode de vie paléo est un changement durable dans nos habitudes, la perte de poids et le maintien de poids se font de façon durable, sans effort.

3) Novak Djokovic encourage d’autres athlètes avec ses victoires.

Encore une fois – oui, et après? Selon cette étude, de 910 athlètes sondés, 373 (soit 41%) disent adoptent une diète sans gluten, et 84% de ces derniers disent observer une amélioration de leurs symptômes. Pour des gens dont le quotidien est de faire des activités sportives et de générer un haut niveau d’inflammation, est-ce que réduire la quantité d’aliments pro-inflammatoires peut aider? Il y a fort à parier que oui.

Du côté des sportifs professionnels connus, les Lakers de Los Angeles ont adopté de style paléo (articles partie 1, 2.). Notre P.K. national adopte une alimentation sans produits céréaliers, très paléo.

4) Les gens rapportant des améliorations à l’adoption d’une diète sans gluten sont comme des « granoles ».

« Des améliorations similaires sont rapportées par des gens évitant les édulcorants, le glutamate monosodique, ne mangent que de la nourriture crue, font de l’urinothérapie ou marchent nu pieds pour entrer en contact avec les forces de la nature », de dire le Dr Schwarcz.

Si je cherchais à discréditer un mouvement, moi aussi je le comparerais à d’autres mouvements marginaux. Encore une fois, il serait facile de parler des nombreuses histoires à succès qui « contaminent » le monde paléo. Toutefois, au dernières nouvelles l’urinothérapie n’a pas amené personne a perdre du poids, diminuer la consommation de médicaments et avoir des belles prises de sang.

5) « Je me demande comment Novak Djokovic se sentirait si on mettait un peu de gluten dans sa nourriture? »

Probablement assez ballonné, merci.

 

Moi je me demande, Dr Schwarcz, comment vous vous sentiriez après 6 semaines sur une diète paléo sans rien changer à votre mode de vie? N’oubliez pas de prendre des prises de sang avant et après!

-Vincent

Articles connexes

8 Comments

Michael août 12, 2014 at 5:33

Très bon commentaire. On devrait parler de diète sans blé au lieu de sans gluten spécifiquement. J’imagine que le Dr.Schwarcz a une chronique dans The Gazette un peu comme le Dr.Béliveau avait la sienne dans le Journal de Montréal. Il commente l’actualité scientifique mais sans faire un travail de fond parce que le journal ne le paie pas pour ça.

Les experts qui ont des chroniques à la TV, Radio, Journaux ont tous un peu tendance à participer au ton sensationaliste du medium auquel ils participent et à faire les fanfarons. Il a écrit un livre intitulé « An Apple A Day: The Myths, Misconceptions, and Truths About the Foods We Eat » et les critiques sont partagées. Il semble rigoureux sur certains sujets tandis que sur d’autres pas du tout comme s’il avait déja sa conclusion à l’avance.

extrait d’une critique du livre sur Amazon.com:

« That said, the biggest flaw of this book is that the author did not provide citations so other readers could backtrack and check his data and assumptions.  »

Ah.

Reply
Michael août 12, 2014 at 5:54

Pendant ce temps en Australie (LOL!):

Nutritionists warn of dangers in Paleo dieting

http://www.canberratimes.com.au/lifestyle/diet-and-fitness/nutritionists-warn-of-dangers-in-paleo-dieting-20140805-100iup.html

“Two major hazards associated with the Paleo diet are the high content of red meat and the lack of wholegrains” she says.

Reply
Mabou août 13, 2014 at 8:31

Bonjour,

Fibromyalgique depuis 12 ans, j’ai été diagnostiqué Céliaque en janvier.. J’ai bien sur tenté de passer au sans gluten sans grand résultat sur ma santé…. Depuis que je tente de manger ‘paléo’ sans aucune source de féculent (le temps de laisser mon intestin se rétablir), les bénéfices sur ma santé sont flagrants :
– Insomnies chroniques réduites de 50%,
– Arrêt complet des anti-douleurs prescrit pour la fribro (j’en prenais depuis 12 ans);
– diminution de la rétention d’eau (mes souliers sont devenu un demi point trop grand );
– et enfin, mes intestins ont maintenant un fonctionnement ‘normal’. (ça faisait un bon 6 ans que ce n’était plus le cas).

Et là, je ne parle même pas des multiples effets sur le teint, le niveau d’énergie, etc.

Tout celà, en moins de 6 mois.

Je me fou un peu de tout ces soit-disant spécialiste qui ont un avis sur tout. Les spécialistes de nos jours ignores les faits pour éviter de voir leur théories s’effondrer… et c’est pas les exemples qui manque.

Moi mon corps me remercie tout les matins et j’ai enfin l’impression qu’il fonctionne de manière optimale…c’est lui qui m’indique si je suis dans la bonne voie ou non.

En passant, une lecture complémentaire mais qui va dans le même sens que le paléo, le livre du Dr William Davis cardiologue ‘Pourquoi le blé nuit à votre santé’.

Bref.. merci et bonne continuation.

Reply
Michael août 14, 2014 at 3:51

en passant je viens de lire ça c’est une bonne explication/vulgarisation du phénomène de la perméabilité intestinale:

http://www.thierrysouccar.com/sante/info/quand-lintestin-devient-une-passoire-841

Reply
Pour continuer avec la mode SANS GLUTEN | Paléo Québec septembre 15, 2014 at 9:16

[…] avait très bien couvert le lien entre les FODMAPS et le blé dans un article récent. Ce que certaines personnes ne semblent pas encore comprendre, c’est que le blé c’est nul […]

Reply
Devriez-vous vous méfier des instances traditionnelles en nutrition? | Paléo Québec novembre 17, 2014 at 5:41

[…] protéine de blé qu’on connaît (voici notre premier article sur le sujet, voici notre second) et que vous le rapportez à cette nutritionniste… que pensez-vous qu’elle va vous dire? […]

Reply
Lettre ouverte aux pro-gluten | Paléo Québec janvier 26, 2015 at 7:48

[…] au gluten : le mythe et la réalité & L’intolérance au gluten : le mythe et la réalité… suite. : Ces articles détaillent certains aspects un peu moins agréables du gluten, ou des études […]

Reply
Le mythe du mythe de l’intolérance au gluten | Paléo Québec mars 16, 2015 at 3:07

[…] ce qui nous avait incités à écrire deux articles successifs sur le sujet (disponibles ici et ici). Ils ne représentent qu’une fraction de l’iceberg des articles que nous avons écrits sur le […]

Reply

Leave a Comment