Témoignages

Entrevue : Matthieu Dubreucq de Crossfit Laval

posted by Paléo Québec septembre 22, 2014 2 Comments
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Le mode de vie paléo semble avoir des affinités avec des gens de diverses sphères d’activité : le jiu-jutsu brésilien, le libertarisme et le Crossfit, cette méthode d’entraînement incorporée en une série de gyms par Greg Glassman en 2000.

Sans doute que plusieurs d’entre vous pratiquez ou avez pratiqué le Crossfit. D’autres sont peut-être curieux d’essayer – c’est pourquoi j’ai interviewé Matthieu Dubreucq, qui est le co-fondateur de Crossfit Laval, un gym qui a ouvert ses portes en juin 2009 pour tous, mais également pour son équipe de compétition, Force 5. Vous pouvez voir le profil d’athlète Crossfit de Matthieu ici.

Paléo Québec : Parlons un peu de ton passé d’athlète! As-tu mené une vie sportive avant de t’intéresser au Crossfit?

Matthieu Dubreucq : À l’origine, je suis un athlète de planche à voile et de 49er (type de bateau), que j’ai fait pendant 8 ans. Ça a d’ailleurs été mon point d’entrée à la diète paléo – le médecin sportif de l’équipe de voile m’y a introduit vers environ 2007 ou 2008.

PQ : Est-ce que tu es tombé dans le « bain » du mode de vie paléo tout de suite, ou y es-tu allé graduellement?

MD : Graduellement! J’ai commencé par éliminer le pain et les pâtes, puis j’ai progressé vers une élimination complète du gluten et commencé à tendre vers les principes paléos… mais je ne considère pas complètement paléo.

PQ : Ah non?

MD : Non! Par exemple, après les Regionals je vais boire beaucoup de lait pour gagner une peu de masse musculaire – ce qui fonctionne très bien, mais ne respecte pas les principes paléos d’éviter les produits laitiers.

PQ : Mais, tout en sachant que le mode de vie paléo représente un cadre dans lequel on a du jeu et que certaines personnes peuvent se permettre plus ou moins de latitude avec leur alimentation, sache que je ne considère pas moins paléo qu’un autre. Est-ce que tu as tendance à tricher quelquefois?

MD : Il y a deux moments où je vais, ou je « dois » quasiment tricher : à Noël, c’est difficile de refuser une tranche de bûche, et à ma fête, comment est-ce que je pourrais refuser la gâteau que ma sœur à fait pour l’occasion? Par ailleurs, je mange zéro gluten – même lorsque j’ai des moments plus occupés, ou j’ai de la difficulté à cuisiner, je ne fais pas d’exceptions.

PQ : Est-ce que tu influence les membres de ton gym à manger une diète un peu plus paléo?

MD : Il est impossible d’accrocher quelqu’un qui ne veut pas – il y a toujours une proportion de curieux qui vont tout essayer, mais jamais je ne forcerai personne à adopter une autre diète. Toutefois, j’ai une bonne proportion de gens qui appliquent des principes paléos, alors par osmose, c’est sur qu’ils sont incités à essayer… mais on laisse les gens venir à nous s’ils sont intéressés. Le premier truc que je leur donne habituellement c’est des trucs pour mesurer leur quantité de nourriture à l’œil. Après, seulement s’ils sont intéressés, on les informe davantage.

PQ : Et tes athlètes, sont-ils généralement paléo?

MD : Oui, je dirais même que j’ai 2 vrais hommes des cavernes qui refusent de mâcher de la gomme parce qu’il n’y en avait pas dans l’époque paléolithique!

PQ : Ouf, c’est un peu extrême! C’est prendre le mot « paléo » un peu trop au pied de la lettre!

MD : Lorsque je donne des séminaires en nutrition, j’enseigne les principes paléos, mais je n’appelle pas ça le « paléo ». Je préfère dire « manger selon la meilleur qualité possible ».

PQ : Je dis souvent que la diète paléo devrait s’appeler « la diète optimale fondée sur la biologie de l’évolution », mais ça n’est pas très vendeur!

MD : Non, pas vraiment! Le paléo sert souvent d’ombrelle, j’en ai bien peur – tant pour mes athlètes que pour mes clients, des fois ils se servent du paléo comme excuse pour se goinfrer. Ça m’est déjà arrivé d’avoir des clients qui mangeaient un steak de 26 onces avec 3 brocolis qui me disent « oui mais Matt, c’est Paléo! » Même chose avec d’autres clients qui ne sont pas capable de perdre du poids mais qui ont mangé 10 biscuits à la farine d’amande avant de se coucher… « Oui mais Matt, les amandes, c’est paléo! » et ainsi de suite.

PQ : Pour en revenir à tes athlètes de Force 5, qui font de la compétition, leur impose-tu le paléo?

MD : Je ne leur impose pas le paléo… pour commencer. Souvent si les athlètes commencent à être paléo sans autre forme de préparation, ils ont tendance a trop manger… l’exemple du steak de 26 onces s’applique ici. Plutôt que de les lancer dans le bain, je préfère leur apprendre des principes de mesure de façon beaucoup plus stricte à travers le Zone.

PQ : Peux-tu décrire un peu le Zone pour ceux qui n’y sont pas familiers?

MD : En fait, le Zone veut que l’on pèse nos aliments pour en faire des « blocs » – et selon notre type d’activité et notre métabolisme, on prend plus ou moins de blocs. Par exemple, quelqu’un de ma taille et de mon poids devrait manger environ 17 blocs pour maintenir sa masse – j’en mange 26 à cause de mon régime d’activité physique. Ainsi, on évite des débordements.

PQ : Et c’est après que le paléo embarque?

MD : Oui. Ce que j’ai constaté c’est que si les athlètes vont vers la quantité de nourriture, ils vont performer sans trop de problèmes, mais que s’ils négligent la qualité – autrement dit, s’ils ne respectent pas les principes paléos – c’est leur récupération et leur santé qui va être impactée.

PQ : Ce qui va ultimement affecter leur capacité à performer à long terme.

MD : Absolument… mais je ne m’attends pas à ce qu’ils soient 100% paléos. Je veux toutefois qu’ils mangent leur blocs Zone de base avec la plus grande qualité possible, et qu’après ils complètent avec des choses de qualité peut-être un peu moindre, mais au moins suffisante pour performer.

PQ : Changeons un peu la donne et parlons du Crossfit en tant que tel. Est-ce que tu trouves cela comique que le Crossfit est une méthode d’entraînement qui s’est transformée en compétition? Autrement dit, habituellement les gens s’entraînent pour compétitionner… et là ils compétitionnent à s’entraîner.

MD : Ça dépend à qui tu t’adresses. Pour 90% de mes clients, le Crossfit est une méthode d’entraînement pure et dure – mais c’est le dernier 10% qui va s’intéresser à la compétition, et encore, certains ne le font que pour s’amuser. Je comprends ce que tu veux dire mais ce n’est pas mutuellement exclusif!

PQ : Les légendes urbaines entourant le Crossfit veulent que c’est l’activité par excellence pour se blesser. Qu’est-ce que tu réponds à tes détracteurs?

MD : Que le Crossfit n’a pas un taux de blessures par 1000 heures de pratique d’activité physique que d’autres sports, mais que le contexte est simplement perçu différemment. Quelqu’un qui se blesse en faisant du Crossfit et qui arrête d’en pratiquer pendant trois semaines va se faire regarder en disant « Ouin, ça magane! Tu es mieux de te reposer! » mais un enfant qui joue au soccer qui se foule la cheville sera en arrêt pendant 3 semaines et ce n’est pas mal perçu, car « c’est le sport! ».

PQ : Je joue encore à l’avocat du diable, mais une autre mauvaise réputation du Crossfit est que n’importe qui peut devenir un entraîneur Crossfit, moyennant une formation et une certification qui ne sont pas si difficiles à obtenir.

MD : Ce n’est pas faux – ça a été le choix corporatif de Greg Glassman de râtisser dans un bassin très large de candidats pour faire une expansion rapide, pas juste pour ceux qui ont des formations de nature sportive comme les éducateurs physiques, les kinésiologues et autres thérapeutes du sport. Rendu là, chaque personne doit se former afin de fournir un service adéquat à leurs membres…

PQ : Autrement dit, tu crois au paradigme que de fournir un service de qualité entraîne la survie de l’entreprise?

MD : Oui – si les entraîneurs sont incompétents, que les clients n’atteignent pas leur objectif, que les clients se blessent en effectuant leur workouts, cela va entacher la réputation du gym et rendre impossible de continuer les opérations. C’est donc à l’Avantage de chacun de se perfectionner pour assurer la pérénnité de leur entreprise et du Crossfit.

PQ : Est-ce que le HQ (la « maison-mère ») aide les entraîneurs à se former? Si oui, de quelle façon?

MD : Déjà, il faut savoir qu’il y a plus que juste le grade 1 de certification, qui est de base mais qui permet d’ouvrir son propre gym. Il y a le grade 2 ainsi que des certifications de Coach certifié et d’Entraîneur certifié. Mais comme je le disais, chaque coach doit se former seul. À cette fin, le HQ met en ligne pour tous le Crossfit journal, qui est un journal contenant de l’information sur l’entraînement et la nutrition. Il y a aussi des séminaires auxquels les coaches peuvent assister… il faut donc vraiment trouver quelqu’un qui fournit l’effort d’en apprendre plus.

PQ : Je me demandais également si tu avais une périodisation spécifique pour le Crossfit? La prétention du Crossfit est qu’en suivant le programme d’entraînement, on développe les 10 aptitudes physiques conjointement, mais est-ce qu’un « weekend warrior » qui ne participe qu’à quelques entraînements par semaine peut s’attendre à avoir des résultats?

MD : Il y a plusieurs niveaux à cette question. Pour ce qui est des 10 aptitudes physiques développées par le Crossfit, prenons l’exemple d’un marathonien qui court 42 kilomètres en 2 heures 3 minutes, ce qui est le record mondial, ou prenons le champion mondial de back squat qui a soulevé plus de 800 livres… la prétention du Crossfit n’est pas de créer des athlètes capables d’égaler ces athlètes, qui privilégient une aptitude au détriment des 9 autres, mais de créer des athlètes qui seraient capables d’exceller dans chacune d’entre elles. Ultimement le Crossfit veut augmenter la capacité de travail des athlètes sur des temps indéterminés, dans des temps différents et des modalités différentes. En recombinant ces différentes modalités, on performe partout.

PQ : Noble objectif. Et la périodisation?

MD : Je tente de périodiser mes entraînements de telle façon à ne jamais négliger aucune des 10 aptitudes physiques. Mes clients viennent en moyenne 3 fois par semaine pour s’entraîner et ils améliorent grandement leur capacité dans chaque domaine.

PQ : T’occupes tu de 100% de la programmation, ou est-ce que tu t’aides sur les « WOD of the day » de Crossfit.com ?

MD : Je fais toute ma programmation moi-même. Ce serait facile de me fier sur Crossfit.com, mais mon objectif est de devenir le meilleur en programmation d’entraînements! Je fais des erreurs, mais les erreurs vont m’aider à devenir meilleur.

PQ : Comme tu as des athlètes à ta charge, est-ce que tu t’occupes de les faire « peaker » ? (maximiser le potentiel des capacités physiques à un moment donné?)

MD : Dans l’entraînement traditionnel, j’essaierais de faire « peaker » mes athlètes à temps pour les compétitions, mais je ne le fais pas en Crossfit. Déjà, il y a plusieurs compétitions récurrentes – les Regionals, les Games, les compétitions internes…. C’est impossible de faire « peaker » les athlètes plusieurs fois par année et même si je le voulais, est-ce que ça serait optimal? Le contenu des « games » est une surprise à chaque fois, outre les mouvements de gymnastique et l’haltérophilie, ils ont récemment ajouté de la natation! En raison de la variété des activités, c’est difficile de se préparer adéquatement à « peaker » pour n’importe quoi. L’autre penchant de ça, c’est si on « peak », on « down » à moment donné – et je ne veux pas que mes athlètes se blessent en s’entraînant parce qu’ils sont en « down ».

PQ : Toi qui t’es déjà entraîné avec des athlètes ni paléo, ni des athlètes de Crossfit, observes tu des différences entre les deux types d’athlètes? Si oui, à quel niveau?

MD : Je trouve que le niveau de dédication et d’assiduité de même mes membres que je pourrais qualifier de « casual » est épatante. J’estimerais qu’environ 60% de mes clients sont plus sérieux avec leur entraînement et leur nutrition que la moyenne des gens que j’ai côtoyé sur les équipes nationales. Que mes clients veulent participer à des compétitions ou perdre du gras, je trouve qu’ils sont vraiment très présents et ça me fait plaisir. L’autre jour, une de mes clientes de 65 à réussi son premier pull-up! Ça lui a pris quelques années à y arriver, mais c’était son objectif et elle l’a atteint. Ça prend de la persistance et de la détermination pour atteindre un objectif en plusieurs années, mais ce genre de détermination, je l’observe chez beaucoup de mes gens.

PQ : C’est quand même une grande progression pour toi – en 2008 tu débutais un baccalauréat en éducation en activité physique que tu as abandonné pour lancer Crossfit Laval, et tu coaches une solide équipe de compétition. Qu’est-ce qui t’as amené jusque –là?

MD : Au tout départ, je faisais du Crossfit avec les WODs sur le site web et à l’aide d’un DVD de style « Try this at home! », mais qui m’as assez accroché pour que j’aille à l’un des premiers gyms de Crossfit du Québec, dans le quartier St-Henri. J’ai eu la piqûre et j’ai même tenté de donner des cours de Crossfit au CEPSUM (centre sportif de l’université de Montréal), mais avec des résultats très, très moyens. J’ai donc pris le taureau par les cornes et j’ai ouvert Crossfit Laval… j’aimerais dire qu’en ce moment ça marche parce pour toutes les bonnes raisons, mais je dois admettre que je suis chanceux aussi. Dans la grande région de Montréal, je pense que nous étions parmi les 4 ou 5 premiers gym à ouvrir, et c’est ce qui a contribué à un bon bassin de participants.

PQ : Pour finir, as-tu de la lecture recommandée à nos lecteurs?

MD : Je recommande toujours « Enter the Zone », de Barry Sears. C’est un bon livre qui mentionne les principes de base des hormones et d’hyperinsulinémie ainsi que d’excès d’inflammation, ainsi que peser et mesurer sa nourriture. En français, ça s’appelle régime de stars. Sinon, le livre « Paleo Diet for Athletes » de Loren Cordain est une lecture qui devient presque obligatoire pour mes athlètes afin de bien comprendre les principes de quantité versus qualité tout en demeurant paléo. Finalement, je recommande à tous le Crossfit Journal, qui est une excellente ressource en termes d’entraînement… sur le Journal, il y a également le guide de l’étudiant pour la certification de Crossfit de niveau 1, pour les curieux qui voudraient savoir en quoi ça consiste.

PQ : Excellent! Si les gens sont curieux, ils peuvent te contacter?

MD : Notre site internet est au www.crossfitlaval.ca Il y a des essais gratuits, alors n’hésitez pas!

 

 

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2 Comments

Tjololo octobre 23, 2014 at 2:28 am

Bonjour, une petite question l’alimentation par blocs…J’ai pu lire qu’un bloc de protéine est équivalent à environ 7 grammes de protéines. Si je suis un athlète assez musclé, j’ai besoin de 25 blocs par jour dont 30% de protéines ce qui représente 7,5 blocs arrondissons à 8. Si 1 bloc de protéines vaut 7gr alors 8 blocs de protéines en vaut 48. Or il est admis qu’un sportif doit consommé environ deux grammes de protéines par poids de corps. Donc si je pèse 80kg je doit consommés 160g de protéines par jour. Soit il y a un truc que je n’ai pas compris et j’ai besoin d’aide, soit des données m’échappent. Si quelqu’un pouvait me donner de plus amples informations merci.

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Sébastien février 3, 2015 at 8:06 am

Je me permet de répondre, un bloc= 1 bloc de glucides +1 bloc de protéines + 1 bloc de lipides .
Donc 25 blocs par jours, ça fais 175g de protéines .

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