Habitudes de vie

Vaincre la résistance au changement

posted by Paléo Québec octobre 20, 2014 1 Comment
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Lorsque l’on adopte un mode de vie paléo, il y a de nombreux obstacles avant d’avoir la perception que tout se passe sans heurts. Guillaume en a parlé il y a longtemps dans un article intitulé « Les 4 niveaux de compétence » – le processus d’apprentissage fait que l’on passe d’un état où nous sommes d’abords incompétents et nous devenons de plus en plus compétents – et à mesure que notre niveau de compétence progresse, elle devient de plus en plus consciente, puis inconsciente, car nous intégrons les apprentissages… ou les « changements », si l’on veut.

Cet article va aller dans une direction largement différente et veut expliquer ce qui pousse (ou non) un être humain à effectuer des changements dans sa vie. C’est applicable à la diète paléo, bien sûr, mais également à d’autres domaines comme le sport.

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Résumé de l’article

  • La force d’un comportement est déterminé par la perception du gain, l’immédiateté du résultat et la certitude du résultat associé au comportement.
  • Une diète paléo pour un non-initié, c’est une perception de gain modéré dans un futur trop lointain avec des résultats incertains… ça n’incite pas au changement!– Il est stressant de changer. Notre cerveau reptilien (survie) prend le dessus si nous sommes confrontés à des situations où on perd le contrôle, ou imprévisibles, ou nouvelles, ou qui menacent notre égo.
  • Pour contrer la résistance au changement, il faut faire miroiter les avantages du changement, donner les outils à quelqu’un qui change, et développer la résilience.

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L’être humain n’aime pas beaucoup changer. L’inertie fait partie de notre façon d’être – pourquoi changer les habitudes ancrées qui nous coûtent moins cher en énergie mentale et physique? Pourquoi tenter d’améliorer les patrons moteurs acquis, qui sont faciles? À cette question, un athlète ou un entrepreneur vous répondrait « Pour faire mieux! ». Un noble réflexe, mais pas un réflexe qui est naturel pour tous. Ce n’est pas parce que vous êtes paléo que vous êtes au-delà de ce phénomène non plus – combien de fois avez-vous retardé de faire un test de manger moins/plus de glucides, de faire plusieurs pots de légumes fermentés ou de changer votre programme d’activité physique pour atteindre un objectif que vous voulez atteindre depuis longtemps?

Certains ont plus de discipline que d’autres, mais naturellement, nous tendons plus vers la facilité. Plusieurs aspects gouvernent ce phénomène et ils permettent de déterminer « la puissance de la force de changement. »

La puissance de la force de changement

1. La perception du gain lié au changement

Si on change, on doit percevoir un gain… ou au minimum, on doit percevoir que l’on évite des conséquences néfastes. Suggérer un changement à quelqu’un qui n’y voit aucun gain potentiel et aucune conséquence ne changera pas. C’est pourquoi les enfants-rois continuent à être mal élevés : parce que leurs parents n’opposent aucune conséquence à leur comportement.

2. L’immédiateté du résultat lié au changement

Pour stimuler le changement chez quelqu’un, cela aide qu’il soit positif, mais aussi qu’il soit rapide. Prenons une personne qui se sait prédiabétique qui prend un grand verre de boisson gazeuse. Elle se dit probablement « Bof, c’est pas si grave, ça va prendre du temps devenir diabétique ». Le plaisir (positif) immédiat d’une boisson gazeuses dans son œsophage est difficile à comparer à la souffrance de se priver et à la perspective de devenir diabétique – une éventualité lointaine.

3. La certitude du résultat lié au changement

Plus le changement occasionne un résultat certain, plus il a de chances d’avoir lieu (ou non). Si les fumeurs n’arrêtent pas de fumer, c’est que fumer tue, mais pas nécessairement d’une maladie du poumon, et l’impact ne se voit pas tout de suite. Si après chaque cigarette, les fumeurs crachaient du sang, il n’y aurait plus de fumeurs, le résultat étant trop immédiat.

Calculer la puissance d’un changement

La « puissance » d’un changement peut donc être définie par la perception du gain, l’immédiateté du résultat et par la certitude du résultat. Adopter une mode de vie paléo n’est pas encourageant pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas : les gains sont incertains, leur qualité est incertaine et l’immédiateté n’est pas instantanée. Si vous lisez ceci et êtes un paléo convaincu, ne vous méprenez pas – pour nous, la certitude des gains d’un mode de vie paléo ne fait pas de doute… mais pour l’ours moyen? Ce n’est pas aussi clair.

 

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Diabète j’arrive!

En contrepartie, garder son mode de vie apporte un gain certain (plaisir de continuer à manger des choses transformées) et si ce mode de vie apporte des troubles de santé, ce n’est pas certain, et certainement pas immédiat!

Bref, un changement de mode vie vers le Paléo à la place du Nord-Américain demande un grand effort pour briser l’inertie initiale.

Comprendre la résistance au changement

Nous résistons donc au changement… mais pourquoi?

Souvenez-vous que nous avons plusieurs « cerveaux ». Un cerveau reptilien, un cortex limbique et un néocortex. Le cerveau reptilien a pour rôle d’assurer notre survie en gouvernant les réponses de fuite, de combat ou de passivité, mais contrôle aussi les centres de plaisir. Le cortex limbique gère les émotions et notre instinct de groupe. Souvenons-nous que l’être humain est un animal social, qui aime se regrouper et qui aime se rallier à des gens ou à des causes. Finalement, notre néocortex représente nos centres supérieurs, qui gèrent la réflexion, l’abstraction, la créativité.

Notre cerveau est une machine fantastique, mais une petite faille demeure. En état de stress, c’est moins notre néocortex qui réagit que notre cerveau reptilien. Vous voyez tout de suite le problème – si vous êtes face à une situation problématique, voulez-vous être Bruce Banner ou l’Incroyable Hulk?

Le stress provient de toutes sortes de sources qu’il serait long et inutile d’énumérer. Toutefois, le sentiment de stress provient essentiellement de quatre sources, selon l’acronyme CINE :

C : Perte de Contrôle (ou perception de)

I : Imprévisibilité (ou perception de)

N : Nouveauté (ou perception de)

E : Égo menacé (ou perception de)

En cas de changement, il vaut la peine de se poser la question. Est-ce que le changement occasionne un stress à l’un de ces niveaux? Si oui, est-ce que le stress peut être tellement important qu’il propulse le cerveau de la personne affectée en mode reptilien et l’empêche de procéder rationnellement à l’analyse des pour et des contre au changement? Comprenez que les changements peuvent affecter les gens à plusieurs niveaux : dans leur environnement, dans leur routine, dans leur identité, dans leur valeurs, etc. La première étape est de cibler à quel niveau le changement atteint votre interlocuteur.

Exemple 1 : Vous adoptez un mode de vie paléo et votre conjointe était jusqu’alors la cuisinière de service. C’était pour elle une source d’honneur de servir des bons petits plats, même s’ils contenaient du gluten. Comment pensez-vous qu’elle va réagir si vous lui annoncez que vous vous mettez au fourneau? Elle va se sentir attaquée, car vous lui enlevez un point d’honneur… elle perd le contrôle de sa cuisine et son égo est menacé.

Exemple 2 : Vous adoptez un mode de vie paléo parce que vous souffrez d’un problème de santé persistant et que vous n’avez plus rien à perdre, mais vous impliquez toute votre famille parce que c’est vous le cuisiner de service. Votre famille pourrait mal réagir, car elle est confrontée à l’imprévisibilité et la nouveauté des repas.

Il apparaît donc logique qui si quelqu’un stresse a propos d’un changement à un tel point qu’il ne devient plus réceptif à la raison, il faut désamorcer ce stress. Je ne proposerai pas des techniques anti-stress reconnues telles que prendre des grandes respirations ou aller faire de l’exercice physique… parce que même si elles fonctionnent, il n’y a rien de pire pour faire perdre son calme à quelqu’un que de lui dire « Respire par le nez » ou « Va donc prendre une marche ».

Contrer la résistance au changement

Une fois que le « noeud », la source du stress, a été identifié, il faut faire trois choses pour maximiser les chances que quelqu’un adhère à un changement :

1. Permettre aux gens de dire « oui » au changement.

Imposer le changement, c’est difficile. Toutefois, il faut faire miroiter à quelqu’un les désavantages associés au statu quo ainsi que les avantages associés au changement. On peut aider à convaincre une personne qu’il vaut la peine de changer, mais quelqu’un doit y arriver par lui-même pour y adhérer complètement.

2. Créer un environnement favorable au changement.

Imposer le changement, c’est difficile… surtout si on ne connait pas le pourquoi, le comment, le où, le quand. Donner des ressources et des points de repère aux gens affectés par le changement va les aider à mieux le supporter et à y adhérer.

3. Développer la résilience.

La « résilience » est la capacité d’un organisme à retrouver son équilibre après un changement – appelons ça des « plans de rechange », pour faire plus simple.

En toute situation, on devrait avoir un plan de rechange pour s’assurer de ne jamais être coincé. Par exemple, si la situation financière de votre employeur est douteuse et que vous soupçonnez qu’il pourrait y avoir des mises à pieds, qu’allez-vous faire? Pleurer sur votre sort? Non, vous allez commencer à économiser plus d’argent pour que si vous vous faites effectivement mettre à pied, vous ayez un fond de sûreté pour effectuer une recherche d’emploi. Vous allez mettre votre CV à jour. Vous allez probablement commencer une recherche d’emploi, et lancer des lignes à l’eau dans votre réseau de contacts. Vous êtes donc prêt à une éventualité frustrante, mais au moins, vous être prêt. Votre stress ne sera pas aussi important et votre cerveau reptilien ne prendra pas le dessus.

Dans mon premier exemple, où votre conjointe se sent attaquée lorsqu’elle perd sa cuisine, faites-en une affaire de couple. Cuisiner ensemble, c’est beaucoup plus amusant, et cuisiner paléo ce n’est pas tant différent de cuisiner « normalement ». Recherchez des livres de cuisine paléos ensemble, faites des tests, et ne la privez pas de faire le gateau favori de sa mère à sa fête, si elle en a envie.

Dans mon deuxième exemple, où votre famille se voit « imposer » un mode de vie paléo, expliquez vos motivations. Expliquez-leur que vous faites ça pour votre santé – que vous leur demandez d’essayer de faire comme vous un bout de temps. Vous allez pouvoir remplacer certaines choses – par exemple, si vous êtes habitués à faire des crêpes le samedi matin, il est très possible de faire d’excellentes crêpes à la farine d’amande. Évidemment, vous ne pourrez pas tout remplacer. Rappelez-leur que l’objectif n’est pas de les brimer eux, mais de vous aider vous, et vous avez besoin de leur collaboration.

Vous serez confrontés à des situations où vous ne pourrez pas imposer le changement. C’est dommage, mais c’est aussi à vous de développer votre résilience… trouvez des plans de rechange pour maximiser votre mode de vie paléo dans les circonstances!

Conclusion

Que l’on tente de se changer soi-même, ou que l’on tente d’influencer les gens autour de nous, souvenez-vous que se connaître soi-même est aussi important que connaître les autres. Si un changement n’a pas lieu, c’est qu’il n’a pas la force nécessaire (gain, immédiateté, certitude), qu’un stress l’empêche (CINE: Contrôle, Imprévisibilité, Nouveauté, Égo). Une fois outillé, il faut se créer un environnement permettant le changement, avec suffisamment de ressources, et développer des plans de rechange.

Vous l’aurez deviné, l’ingrédient secret demeure toutefois… le temps. Le temps de réfléchir un changement et de le contextualiser peut prendre jusqu’à six mois pour un individu… et jusqu’à 15 ans pour un groupe!

C’est long… mais vous avez toute votre vie devant vous!

Bonne semaine!
Vincent

*Note : cet article est basé sur une presentation de Mme Lucie Legault, M. Ps., de l’ASSTSAS.

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