Nutrition

Devriez-vous vous méfier des instances traditionnelles en nutrition?

posted by Paléo Québec novembre 17, 2014 1 Comment
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Cette semaine, je m’attends à recevoir une tornade de bêtises, mais c’est pas grave, ce blogue, c’est pour votre bien, pas pour le nôtre. La question posée ici est très simple : devriez-vous vous méfier des instances « traditionnelles » en nutrition, soit les médecins et les nutritionnistes?

La science en conflits d’intérêt?

Une des choses à laquelle il faut être vigilant lorsque l’on lit une étude, c’est de vérifier si les auteurs sont en conflit d’intérêt. Par exemple, Guillaume soulève souvent avec une espèce de joie mal déguisée qu’une étude de l’Institut Kellogg a trouvé que de manger des céréales le matin favorisait la perte de poids.

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Guillaume explique à une adepte du paléo pourquoi il faut se méfier des études avec conflits d’intérêt.

Cette situation pose un premier problème : premièrement, est-ce que le savoir acquis par les nutritonnistes sont basés sur de telles études? Les personnes les mieux intentionnées du monde peuvent donner de la mauvaise information en assumant qu’elle est bonne, car rien ne permettrait de déceler qu’elle est mauvaise. Par exemple, les médecins prescrivaient du Celebrex à leurs patients atteints d’arthrite sans savoir que cela augmentait le risque d’infarctus – ce qui a été révélé en 2004, lorsque Pfizer a fait savoir qu’une de leurs études démontrait le risque plus élevé de maladies cardiovasculaires.

Si vous ouvrez cette revue de l’Ordre professionnels des diététistes du Québec, quel est leur commanditaire #1? Les producteurs laitiers du Canada. Le Canada est un important producteur de produits laitiers, aussi recommande-on aux Canadiens de prendre en moyenne 3 portions de produits laitiers par jour, selon son groupe d’âge, ainsi que 2 ou 3 portions de « groupe rouge » par jour (incluant légumineuses et tofu), selon son groupe d’âge.  Par contraste, au Japon, on se limite à 2 – et on suggère de limiter la consommation de fruits à 2, versus la consommation de légumes à 5 à 6 portions. La viande, 3 à 5 portions par jour.

Il y a donc un net souci au niveau de l’impartialité des recommandations alimentaires au niveau scientifique et économique. Il peut y avoir un biais, conscient ou non, des groupes de recherche pour supporter la culture du pays ou de la région.

Les spécialistes en conflits d’intérêts?

Le 2ème problème est fondamentalement plus humain… est-ce qu’un nutritionniste ou médecin peut se faire influencer par l’industrie de telle façon à recommander tel ou tel médicament, ou tel ou tel aliment? Si on observe la publicité suivante, je ne peux conclure que 1) cette compagnie de pain a intégré une nutritionniste comme ingrédient-étoile, ou que 2) cette dernière est porte-parole pour la compagnie boulangère en question.

Supposons que vous avez lu certains articles rapportant que le gluten n’est peut-être pas l’inoffensive protéine de blé qu’on connaît (voici notre premier article sur le sujet, voici notre second) et que vous le rapportez à cette nutritionniste… que pensez-vous qu’elle va vous dire? Que c’est parfaitement cohérent avec ce qu’elle sait, qu’elle vous encourage a essayer et va même vous aider à le faire? C’est plus probable de lui voir pousser des cuisses de grenouille et sauter par la fenêtre (ce qui serait, ne nous le cachons pas, génial, mais hors-sujet). Supposons que vous lui apportez quelques articles scientifiques rapportant quelques bénéfices étudiés de la diète paléo, va t’elle tourner sa veste de côté aussi sec?

Une amie nutritionniste nous rapportait récemment qu’elle recevait de la pub de Pepsico et de la chaîne de restaurants Subway « pour l’informer des récents produits disponibles chez nous s’intégrant dans un mode de vie sain ». Je ne blâme pas ces compagnies d’essayer de se publiciser, mais on parle de la santé de patients. Si un lobbyiste de compagnie de téléphonie tente de convaincre une municipalité que son système est meilleur, c’est un choix rationnel – c’est moins cher, plus efficace, plus rapide – et si le lobbyiste a une commission pour ses ventes, le pire problème est que le matériel ne répond pas aux attentes. L’être humain est une bibitte unique, complexe, et sa santé est précieuse. Est-ce que le lobbyiste a bel et bien l’intérêt de la santé de l’humain au coeur de ses préoccupations – ou de se remplir un peu les poches et celles des actionnaires? Les médecins ont le même problème avec les lobbyistes pharmaceutiques « sur les étages des hôpitaux », rapporte Le Devoir.

Guillaume, lors de son baccalauréat en éducation physique, s’est fait remettre par sa professeure de nutrition des exemples de menus santé pour les jeunes faits par Kellog’s et par les produits laitiers du Québec. Le menu allait ainsi : « Sandwich: deux tranches de pain à grains entiers, deux tranches de tomate, un peu de laitue et un morceau de fromage Monterey Jack des producteurs laitiers du Québec ». Subtil… !

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Le fromage du Québec : maintenant avec 62% plus de conflits d’intérêts!

Le processus de formation et de formation continue des spécialistes semble donc être teinté de conflits d’intérêts – directs ou indirects. Ne jetez toutefois pas le bébé avec l’eau du bain! Si votre spécialiste semble ouvert à de nouvelles avenues de réflexion et va chercher des informations de multiples sources, c’est un signe qu’il ou elle n’est pas susceptible de se laisser influencer par la première notice venue.

La formation et la formation continue des médecins

C’est rudement injuste de blâmer les médecins d’avoir la nutrition dans leur angle mort. Quelle est la job d’un médecin omnipraticien? C’est de détecter la source de votre mal, du plus infime au plus critique, et de faire les bonnes décisions médicales au niveau de la prescription ou de la référence à un spécialiste. Le spécialiste doit connaître sur le bout des doigts son système en interaction avec les autres. Dans les deux cas, ils font des heures de fou et n’ont pas l’opportunité de faire énormément de formation continue – et s’ils le font, vont-il privilégier la nutrition, ou les dernières avancées pharmaceutiques et leur interactions?

S’il vous plait, ne me traitez pas de « hater » de médecins, ou ne m’assimilez pas à un granole anti-médicaments – si on avait pas découvert la pénicilline et les médecins, on serait probablement beaucoup moins que 7 milliards de nonos sur Terre.

Toujours est-il que si vous regardez le programme de médecine de l’UdeM, vous verrez de la nutrition à l’année préparatoire et lors de la 2e année. Ce schéma de cours de l’Université Laval indique que des cours sur le système digestif sont suivis à la 1ere année. À McGill, les cours sur la « digestion » dure 5 semaines. Elle est bien loin l’époque d’Hippocrate, qui proclamait « Que la nourriture soit ton médicament, que ton médicament soit la nourriture! ». Comme je le disais plus haut, votre médecin doit être capable de déceler à partir de vos symptômes si vous souffrez d’une quelconque maladie virale, bactérienne, inflammatoire, génétique, musculo-squelettique…

Vous êtes familier avec le système de santé Québécois : nous sommes beaucoup plus dans un mode réactif que préventif. Les médecins se soucient beaucoup plus de s’assurer que les bobos guérissent bien avant de s’assurer qu’ils ne s’en produisent pas de nouveaux, parce que les ressources ne permettent pas la prévention. Si vous n’avez pas mal nulle part et si vos prises de sang reviennent avec des valeurs normales, que diable allez-vous faire chez lui? Retournez-donc chez vous plutôt que d’engorger le système!

Vous voyez le genre?

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« Nous sommes ce que nous mangeons… alors si vous voulez atteindre l’âge mûr, mangez beaucoup de bananes mûres. »

Alors… que faire?

Faites toujours attention à un spécialiste – réel ou auto-proclamé – qui met tout le monde dans le même bateau, et qui applique la même recette pour tout le monde. Si on vous rit au nez lorsque vous parlez de diète paléo en vous faisant dire que c’est de la foutaise mais qu’on ne vous écoute pas ou que l’on réfute vos arguments en disant uniquement que c’est ridicule, méfiez vous. Si vous avez entendu quelque part que tout le monde devrait manger une diète paléo stricte fruits-légumes-viande, indépendamment du niveau d’activité physique ou de symptômes divers, méfiez vous également! L’éventail de la diète paléo dépend de nos tolérances par rapports à plein de groupes alimentaires (FODMAPs, « nightshades », produits laitiers, légumineuses, etc.), à notre symptomatologie (diabétique, maladies auto-immunes, syndrome du colon irritable, fatigue surrénale, etc.), et à notre niveau et type d’activité physique (sédentaire, sports aérobiques, sports anaérobiques).

Je le répète, je ne suis pas un « hater » de ces spécialistes – ni moi ni Guillaume ne prétendons avoir une connaissance aussi étendues qu’eux, mais surtout une perspective différentes. Je respecte beaucoup les voies traditionnelles : à chaque fois que j’entends quelqu’un dire qu’il ou elle refuse un traitement médical traditionnel pour suivre une thérapie alternative, je roule les yeux. La rumeur veut que Steve Jobs ait évité de tels traitements pour se consacrer au frugivorisme, avec le résultat que l’on connaît. L’objectif de cet article n’est donc pas de vous inciter à vous méfier des instances traditionnelles en nutrition, mais plutôt de vous encourager à vous poser davantage de questions… en compagnie de vos spécialistes.

Si on veut aider le maximum de gens avec une diète paléo, nous aurons besoins d’eux – ne les mettons pas contre nous.

Vincent

 

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1 Comment

Colette Marcoux janvier 27, 2015 at 5:46

Je crois que si le régime paléo et le régime sans gluten sont si décriés, c’est par le lobbysme des grosses entreprises agro-alimentaires et des compagnies pharmaceutique. Peu importe que la population développe une flopée de maladies chroniques et dégénératives, on va les soigner avec des médicaments et vive la rentabilité!

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