Nutrition

Le mythe du mythe de l’intolérance au gluten

posted by Paléo Québec mars 16, 2015 6 Comments
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Une amie de ma copine avait un paquet de symptômes inexplicables de fatigue, de difficulté à se concentrer, de troubles intestinaux et de problèmes de peau. Pourtant les médecins qu’elle consultait ne trouvaient pas de cause probante. Un de ces médecins a suggéré de tester sa tolérance au gluten – test qui s’est adonné négatif. Toutefois, voulant aller un peu plus loin que le test, cette amie a essayé une diète sans gluten et a constaté une amélioration significative de son état. Coïncidence? En réintégrant le gluten dans son alimentation, elle a constaté un retour de ses symptômes.

Plusieurs d’entre vous vous reconnaissez sans doute dans cette anecdote. Elle s’explique entre autres part le fait que les tests de dépistage au gluten ne sont peut-être pas complètement efficaces, et lorsque l’on veut arrêter de manger du gluten, on se fait dire « le gluten a toujours fait partie de notre alimentation, presque personne n’a de problème et ton test est négatif. Y’a pas de problème! ». Pourtant, l’été passé, de nombreux articles nous annonçaient en grande pompe que l’intolérance au gluten est un mythe, ce qui nous avait incités à écrire deux articles successifs sur le sujet (disponibles ici et ici). Ils ne représentent qu’une fraction de l’iceberg des articles que nous avons écrits sur le sujet… si vous tapez « gluten » dans notre engin de recherche, cinq pages d’articles vous débouleront sur le coco.

Une nouvelle étude a paru sur le sujet : Small amounts of gluten in subjects with suspected Nonceliac gluten sensitivity: a randomized, double-blind placebo-controlled, cross-over trial. Ou, dans la langue de Molière, « De petites doses du gluten chez des sujets avec une intolérance au gluten non coeliaque ; une étude croisée randomisée à double aveugle, contrôlée par placebo.

Cette étude comprenait 61 participants non coeliaques qui s’estimaient intolérants au gluten, par des symptômes intestinaux et non intestinaux. Les participants mangeaient tous une diète sans gluten, mais étaient séparés dans un groupe prenant une capsule de 4.375g de gluten par jour ou un groupe consommant l’équivalent en farine de riz comme placebo, et les chercheurs évaluaient les symptômes intestinaux et extra-intestinaux chez les participants. Après une semaine de diète sans gluten + une capsule de gluten ou de farine de riz, les participants changeaient de groupe.

Résultats? La sensation de ballonnement, de douleur abdominale, de perception d’avoir l’esprit embrumé, de dépression, d’aphtes (ulcères buccaux), étaient tous significativement plus présents chez les gens ayant consommé du gluten.

Méthodologiquement, cette étude est solide – ni les chercheurs ni les participants ne savaient qui consommait du gluten. Il est de plus extrêmement intéressant de constater que ce n’est pas seulement les symptômes intestinaux qui ont été évalués, mais aussi des symptômes extra-intestinaux. J’aurais aimé avoir accès à l’article complet, cependant, pour m’assurer qu’ils n’avaient pas évalué 56 symptômes différents pour aboutir avec 5 résultats significatifs seulement (ce qui serait l’équivalent scientifique d’aller à la pêche), et pour avoir un peu plus de détails sur la méthodologie pour évaluer l’esprit embrumé et la dépression.

Cette étude est la pointe de l’iceberg de notre compréhension sur l’intolérance au gluten. On a reproché aux études sur le gluten d’être attribuables principalement aux FODMAPs, ces glucides complexes qui fermentent pouvant procurer des symptômes intestinaux désagréables. Toutefois, en étudiant les symptômes extra-intestinaux et en fournissant du gluten sous forme non-alimentaire (parce que qui prend du gluten ultra-concentré, sans ses fibres céréalières?), on a des résultats nettement plus probants comme quoi le gluten pourrait être une protéine problématique chez certains.

Amenez-en, des critiques…

Pour vous donner une idée d’ordre de grandeur, selon ce site celiac.com, une tranche de pain contient 4.8g de gluten, et une alimentation « normale » peut contenir entre 10 et 40g de gluten par jour.  Que des résultats significatifs aient été obtenus avec une dose qui n’est somme toute pas si grande versus la quantité totale de gluten qui peut être ingérée en une journée est ce que l’on pourrait appeler « cliniquement significatif ». Nuançons le « cliniquement significatif » du « significatif ». Quelqu’un qui change son cholestérol significativement de 5% avec un médicament amène son taux de cholestérol de 2.2 à 2.1 mmol/L peut être significatif scientifiquement, mais cliniquement avoir aucun impact sur la santé réelle du patient – considérant les effets secondaires que le médicament peut cela peut entraîner.

Souvenez-vous que l’importance de la significativité des résultats peut être atteinte de plusieurs façons. Si on fait une étude sur la consommation de gluten, et qu’on constate que l’état de 3 millions de personnes choisies au hasard étudiées s’améliore un peu, c’est significatif. Si on fait une étude sur 20 personnes choisies au hasard qui ont une amélioration fulgurante de leur symptômes, c’est aussi significatif.

Dans le cas présent, si 4.375g de gluten par jour peut entraîner une amélioration significative des résultats, cela indique que les gens s’estimant intolérants au gluten ne perdent rien à essayer de le supprimer de leur alimentation pendant une période de temps donnée… idéalement, plus longtemps que les 7 jours de l’étude!

Et vous, avez-vous constaté une différence dans votre état de santé après avoir supprimé le gluten de votre alimentation?

Vincent

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6 Comments

Isabelle Bastien mars 19, 2015 at 12:10 am

Même si je sais que l’intolérance au gluten est réel il faut tout de même pas mettre tout les symptômes gastriques (et autres) dans le même bateau. Votre amie qui a subit un test d’allergie au gluten qui s’est révélé négatif peut ne pas y allergique et avoir tout de même une allergie au blé par exemple ou à un produit utilisé pour sa culture. Les symptômes sont aussi très désagréables mais moins grave à long terme. Elle peut se permettre de dévier de son régime à l’occasion (en en subissant les effets désagréables) tandis qu’avec les coeliaques, il n’y pas de repos possible. Une biopsie est la seule façon d’avoir une réponse claire.

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Pierre mars 20, 2015 at 5:16 pm

Dans le blé, il y a plus que du gluten.

Une alimentation sans blé a un effet immédiat sur la santé en générale et sur le tour de taille.
Juste allez voir sur le site du docteur William Davis, il y a plein de cas exposés.

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Isabelle mars 21, 2015 at 8:39 pm

Je lisais que les conclusions et recommandations de ce médecin sont parfois contradictoires et personnellement, j’aime moins qu’il essaie de reproduire des desserts et autres mets comme la pizza d’une autre manière. Il ne s’attaque pas vraiment aux habitudes comme le fait le paléo de type Whole 30. Ceci dit, c’est vrai que dans mon cas, c’est vraiment l’élimination des grains et du blé qui font une différence, pas juste le gluten.

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Pierre mars 24, 2015 at 12:04 pm

« Je lisais que les conclusions et recommandations de ce médecin sont parfois contradictoires »

Il faudrait spécifier, car je ne vois pas de contradiction?

Le blé est le premier « aliment » à éliminer, ensuite il y a les autres céréales bourrées de glucide.

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Nouveau cycle de programmation - CrossFit CapOp Montréal avril 22, 2015 at 8:04 am

[…] Le mythe du mythe de l’intolérance au gluten […]

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Amelie juin 8, 2015 at 11:42 pm

Les symptômes de votre ami ne signifie pas necessairement qu’elle est allergique au gluten. Les test fait prouve plutôt le contraire mais il faut se poser des questions. Peut-être souffre t’elle d’un SCI? La mère de mon conjoint est coeliaque et mon conjoint est SCI, leur symptômes étaient pratiquement identique pourtant ils souffrent de deux maladies complètement différentes.

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