Maladies chroniques

Tous morts en 4 générations

posted by Paléo Québec juillet 21, 2015 1 Comment
générations paléo québec


Un péché mignon de ma copine et moi durant l’été est de suivre la série télé Masterchef, avec Gordon Ramsay dans toute sa splendeur:

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« IT’S RAAAAAAW »

La motivation numéro 1 des participants de l’émission est toujours (selon eux) leur famille. On entend sans arrêt « je fais ça pour ma famille ». Ça fait du sens et c’est une motivation pour beaucoup de gens au quotidien métro-morveux-boulot-dodo.

Ce qui est intéressant là-dedans, c’est que peu de gens se rendent compte que ce sont les efforts au quotidien pour leur santé qui font une différence pour leur famille, pas juste ceux pour gagner des concours à la télévision. Ce qu’on mange, comment on bouge, notre environnement et notre santé en général sont cruciaux pour que nos enfants/petits-enfants aient une chance de vivre en santé.

À quel point est-ce que la nutrition est importante? Assez pour qu’un pourcentage significatif des humains disparaisse (!!!) d’ici quelques générations s’ils continuent à se gaver de sirop de maïs.

J’ai peut-être l’air un peu intense, mais on peut voir les signes apparaître un peu partout.

L’histoire commence avec…

Les chats de Pottenger

Francis Pottenger était un médecin qui faisait des études avec des chats de laboratoire donnés par d’autres laboratoires. Confronté à un surplus de dons, il a commencé à nourrir les nouveaux arrivants avec des restants de boucherie (crus) à la place de la viande cuite habituelle. Quand il a observé que les chats nourris avec la viande crue étaient plus énergiques et mouraient moins, il a décidé d’étudier ce qui se passait plus formellement.

L’expérience

2 groupes de chats nourris avec des régmes alimentaires différents.

Groupe 1: 2/3 viande crue, 1/3 lait cru, supplément d’huile de foie de morue (miam).

Groupe 2: 2/3 viande cuite, 1/3 lait cru, supplément d’huile de foie de morue.

Les résultats

Groupe 1: Licornes et calins, tout s’est bien passé.

Groupe 2

Génération 1: Maladies dégénératives en fin de vie et paresse généralisée.

Génération 2: Maladies dégénératives en milieu de vie et problèmes de coordination.

Génération 3: Maladies dégénératives en début de vie, beaucoup de chatons aveugles/sourds/faibles. Beaucoup de chats carrément stériles.

Génération 4: Tous morts.

Explication

Pottenger avait correctement émis l’hypothèse que la cuisson détruisait un nutriment essentiel aux chats dans la nourriture. Il a été découvert plus tard que c’était la taurine, un acide aminé essentiel pour les chats (mais pas pour les humains), qui ne survivait pas à la cuisson. Ne vous en faites pas pour votre minou, la nourriture cuite pour chats est maintenant fortifiée en taurine.

Les humains

L’exemple des chats de Pottenger peut sembler extrême, mais si on y regarde de plus près, on peut voir un phénomène semblable se produire chez les humains. Nous sommes aussi susceptibles d’avoir des problèmes épigénétiques qui s’accumulent sur plusieurs générations que les chats si nous sommes exposés à un environnement qui manque de certains éléments essentiels (oxygène, eau potable, nutrition, activité physique, soleil, contact humain, …). Les effets des mauvaises habitudes ne recommencent pas à zéro, ils sont cumulatifs d’une génération à l’autre. Pour nous, les vrais problèmes ont commencé il y a deux générations au moins.

Le bon vieux temps

Deux de mes grand-parents fumaient. Les quatre ont été élevés avec de la nourriture naturelle*, mais ont graduellement dérivé vers les produits transformés, si bien qu’aujourd’hui trois sont morts, victime de conséquences directes de l’obésité et/ou du diabète. Ma grand-mère perd un peu plus de ses facultés à chaque année à cause de l’Alzheimer’s.

* J’ai un paquet de famille qui vient du bas du fleuve (salut Kamou!) et je dois maintenant remonter à mes arrière-grand-parents si je veux voir une alimentation complètement naturelle. Les recettes de la campagne « classiques » de confiture de ma grand-mère ont un point de départ en commun: tu mets 50% de sucre. De mémoire, la culture de la canne à sucre n’est pas traditionnelle au Québec.

Mes parents ont été relativement épargnés par les problèmes de santé (à part des bons cas de myopie), mais c’est ma génération qui a écopé: j’ai souffert d’asthme**, d’eczéma, d’allergies alimentaires et d’autres petits problèmes de santé divers qui seraient sûrement nettement pires maintenant si je n’avais pas pris ma nutrition en main.

** Surprise surprise, les effets de la cigarette semblent se transmettre sur deux générations (chez les rats dans cette étude, mais je gagerais pas mal d’argent que des données semblables vont sortir chez les humains bientôt).

Mon cas n’est pas atypique, les allergies et l’asthme augmentent clairement chez les jeunes. Certaines études montrent même que les allergies aux arachides ont triplé entre 1997 et 2008. On voit aussi une augmentation de problèmes encore plus grave, comme le diabète. Selon une étude américaine, chez les jeunes, entre 2001 et 2008, les cas de diabète de type 1 ont augmenté de 21% et de diabète de type 2 de 30.5%. Sans parler des problèmes d’obésité qui sont dans les journaux une semaine sur deux.

Conséquences

Les problèmes de santé chronique qui apparaissent partout dans le monde ne sont pas bénins et les conséquences de l’obésité ne sont pas seulement visuels. Les enfants de gens obèses, comme les enfants de gens fumeurs, sont plus à risque de problèmes de santé futurs que les autres. Une mère qui souffre de diabète de grossesse expose son enfant à des risques d’obésité et de diabète de type 2 plus élevés jusqu’à la fin de ses jours.

Fait punch: Aux dernières nouvelles, à Sherbrooke en 2015, 14% des femmes enceintes continuent à fumer pendant leur grossesse.

Il y a aussi un moment clé: le moment où les problèmes de santé sont tellement importants que les gens ne peuvent plus transmettre leur patrimoine génétique. Les gens obèses sont moins fertiles. Les traitements de fertilité sont moins efficaces avec les femmes obèses. Hippocrate lui-même avait décrit les effets délétères de l’obésité sur la fertilité. D’ici peu, la personne moyenne risque d’être en trop mauvaise santé pour se reproduire.

On peut penser que c’est un scénario de science-fiction digne de Wall-E, mais considérez ce cas-ci: quelles sont les chances d’un ado de 17 ans obèse (ses parents, ses grand-parents et ses amis sont obèses et certains sont diabétiques), asthmatique, diabétique, qui passe ses journées à dormir et ses nuits à survivre sur des Cheetos et du Mountain Dew en jouant à Smite/COD/Tetris/WOW de se reproduire? Même s’il se trouve une copine, sans libido et avec du sperme aussi fertile que de l’eau de vaisselle usée (et une copine aussi fertile qu’une poupée en plastique), on risque peu de voir une génération de plus apparaître. Son mode de vie est tellement mauvais pour sa santé que la nature refuse qu’il transmette ses gènes.

C’est un scénario fictif, mais qui ressemble à quelques personnes que j’ai rencontrées (ou d’élèves que j’ai eus). Un paquet de gens qui ne sont pas encore aussi loin dans les problèmes de santé, mais qui continuent à manger n’importe quoi et à ne pas se soucier de leurs habitudes de vie vont avoir des enfants et des petits-enfants avec une santé de moins en moins bonne (et moins de potentiel de reproduction) eux aussi.

La santé de certaines populations s’est effondrée dans plusieurs endroits du monde dans les dernières décennies et les conséquences ne seront pas seulement des soins de santé plus élevés. On risque de voir un bon paquet de gens incapables de se reproduire, même avec l’aide d’un gros paquet de traitements de fertilité in vitro. C’est un problème qui va se régler tout seul (les gens qui ne s’occupent pas de leur santé vont simplement disparaître, faute de désir ou de capacité de se reproduire), mais qui va faire souffrir une ou deux générations de gens pas encore nés.

Quoi faire

Quoi faire? Comme d’habitude. Mangez des aliments naturels, restez actifs, prenez du soleil et voyez vos amis. Ce qui est différent, c’est que vous avez comme motivation additionnelle de donner la chance à vos enfants et à vos petits-enfants de pouvoir jouir d’une santé de fer et de pouvoir apprécier la vie au maximum à leur tour. Passez le message, tout le monde mérite une bonne santé!

Pensée finale

Une pensée pour la fin: dans l’expérience de Pottenger, les chats du groupe 2 avaient toutes les calories dont ils avaient besoin. Ce qui leur manquait était une nutrition de meilleure qualité. Ça vous rappelle quelque chose?

Guillaume

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1 Comment

Michael juillet 22, 2015 at 9:41

Et voici une possible explication:

http://www.biologynews.net/archives/2015/02/16/mothers_can_pass_traits_to_offspring_through_bacterias_dna.html

Mothers can pass traits to offspring through bacteria’s DNA

(…)

Commensal bacteria influence traits such as weight and behavior. But until now, researchers thought the bacteria that exerted these effects were acquired during a person’s life. The study is the first to show that bacterial DNA can pass from parent to offspring in a manner that affects specific traits such as immunity and inflammation.

The researchers linked commensal bacteria in mice to the animals’ susceptibility to a gut injury. Mice with certain inherited bacteria are susceptible to the injury, which is caused by exposure to a chemical. Female mice pass the bacteria to their offspring, making them vulnerable to the injury. Others carrying different bacteria are less susceptible.

(…)

When the scientists housed mice with low levels of the antibody with mice that had high levels of the antibody, all of the mice ended up with low antibody levels in a few weeks. When they bred the mice, the offspring whose mothers had low levels of the antibody also had low levels.

(…)

Mice that were housed together acquired low antibody levels through normal spread of the bacteria, and mouse mothers passed the same bacteria to their descendants.

The latter explanation involves a major change in thinking because it suggests that traits affected by bacteria can pass from mothers to their offspring in the same manner as traits affected by mouse DNA.

(…)

Résumé simplifié: La transmission horizontale de certaines bactéries par proximité avec d’autres souris est éventuellement devenu une transmission verticale car la mère les a transmit à sa progéniture.

Ce qui veut aussi dire quand on nous parle de facteurs génétiques pour expliquer la prévalence de telle ou telle maladie chronique moderne on fait fort probablement fausse route. On peut hériter de sa mère une flore intestinale qui nous rend vulnérable à certaines maladies mais ça n’est pas en soit un trait génétique de l’individu parce qu’il s’agit en fait des gènes des bactéries transmises par la mère et non pas du génome de la mère elle-même ou de celui de l’individu qui a reçu en héritage les bactéries de maman quand il est né.

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