Exercice

Moron-motricité partie 1: Confession d’un moron-moteur

posted by Paléo Québec août 19, 2015 2 Comments

Bonne semaine!

Confession de prof d’éduc: j’étais un moron moteur jusqu’à l’âge de 23 ans environ. À cet âge-là, j’avais déjà fait du hockey cosom, du badminton, de la course, du vélo, de l’escalade, de la plongée sous-marine, du soccer et… quelques-uns que j’oublie sûrement. Le problème, c’est que sans coaching de qualité, je n’avais jamais découvert que j’avais un paquet de lacunes motrices.

J’ai longtemps crû que le sommet de la forme physique était de pouvoir faire des triathlons ironman (3.86 km de nage, 180.25 km de vélo, 42.2km de course) ou des épreuves d’endurance similaires. Même si je respecte encore énormément l’effort mental demandé, je considère maintenant que le sommet est ailleurs. Les gymnastes, combattants en arts martiaux mixtes, artistes de cirque, danseurs professionnels et autres sont à un autre niveau complètement. Un gymnaste fait de l’algèbre, un cycliste de route* fait des additions avec des chiffres en bas de 10 (pendant plusieurs heures).

* J’ai trois vélos. Je fais du vélo plus de 300 jours par année, été comme hiver. J’ADORE le vélo. Mais honnêtement, le vélo de route c’est moron-moteur. C’est pour ça que je le recommande pour tout le monde et que sa popularité n’arrête pas d’augmenter: n’importe qui peut embarquer sur un vélo et rouler droit avec quasiment aucune pratique. Ça peut être dur, mais ça n’aura jamais la complexité technique de faire un backflip-salto-ninja-trucmuche sur des barres en bois à 3 mètres dans les airs. Note: le vélo de montagne est une autre histoire complètement, surtout le vélo de descente (restez loin de moi, votre désir de mort pourrait être contagieux).

D’accord, la gymnastique en 1932 c’était comparable au vélo

Problèmes

Un des premiers problèmes que j’ai observés était dans mes patrons moteurs de course. J’avais fait plusieurs sports de course dans ma vie et j’étais un coureur d’endurance raisonnable, mais ma vitesse de sprint était horrible. J’étais connu au soccer comme un des joueurs sur le terrain qui n’arrêtait jamais de courir, mais si je devais accélérer, les autres joueurs pouvaient prendre quelques minutes pour prendre une gorgée d’eau.

Je me suis rendu compte avec le temps que le problème majeur était que je courais sur le talon. L’explication totale mérite une série de trois articles, mais en gros: idéalement, on veut atterrir sur la plante du pied. Les chaussures des 30 dernières années se sont surpassées pour mettre des coussins de plus en plus épais sous le talon des chaussures de sport, ce qui affecte négativement les patrons de course des gens. J’étais le meilleur exemple de ce phénomène.

Exemples extra:

  • J’étais à l’aise dans l’eau, mais je nageais un peu n’importe comment. Peu importe mon niveau de cardio, je voulais cracher un bout de poumon après deux longueurs de piscine.
  • Je ne suis pas devenu sauveteur national parce que j’étais incapable de faire des moulinets avec ma jambe droite pour la nage sur place. J’arrivais juste à faire un mouvement avant-arrière avec ma jambe, pas des cercles (corrigé depuis, vous êtes en sécurité si je vous surveille dans l’eau).
  • J’étais incapable de jongler, soit avec mes mains, avec mes pieds (ballon de soccer), ou avec un bâton (hockey).
  • J’étais incapable de faire quoi que ce soit en gymnastique. Même pas une roue latérale.
  • J’étais de loin le pire de mon groupe dans le cours d’athlétisme. Si j’avais à lancer des javelots pour manger, je serais végétarien, ou je serais le spécialiste pour chasser les gros trucs lents (chasseur de vaches wooooo!).
  • J’étais incapable de faire des petits mouvements simples, comme sauter à la corde à danser ou faire tourner un cerceau autour de ma taille.

Réhabilitation

J’ai fait des efforts conscients pour changer mes patrons moteurs de course, qui ont pris environ 2 ans à changer pour de bon. Le plus gros changement est venu des chaussures de course minimalistes que j’ai commencées à porter tous les jours.

Le vrai moment où j’ai cliqué, par contre, est le moment où j’ai commencé le jiu-jitsu brésilien. Juste les échauffements me faisaient saigner du nez. Pas parce qu’ils étaient exigeants au niveau de la forme physique, mais parce qu’ils étaient complexes en termes de mouvement pour un pauvre moron-moteur comme moi. Qu’est-ce qu’on faisait de si difficile? Des roulades avant et arrière. La crevette. Le crabe. L’ours. Le gorille (les noms d’animaux sont populaires). De la marche à trois ou quatres pattes. Ramper**.  Des cercles de jambes sur le dos. Des ponts. Des inversements.

La majestueuse crevette!

** Mon problème de jambe droite dans la nage sur place? J’ai trouvé la source. Ma mère m’a toujours dit que je n’avais jamais rampé complètement quand j’étais bébé. Je rampais à 3 pattes, avec la jambe droite qui trainait (comme un chevreuil blessé dans le fond). Ça s’est réglé quand j’ai réappris à ramper à 24 ans. Je peux maintenant faire des cercles avec ma jambe droite, mais je sens encore qu’elle est un peu moins mobile que la gauche.

Tous les mouvements de base des échauffements ont l’air vraiment faciles. En voyant quelqu’un les faire, on a tout de suite en tête « pffff je peux faire ça » (en tout cas mon ego me disait ça), mais… j’étais incapable de les faire correctement. Ça a pris beaucoup de pratique et de répétitions moches. Mon développement pendant ma première année en jiu-jitsu venait surtout de mon corps qui devenait de moins en moins stupide.

La base

La clé avec les mouvements au sol et les mouvements de base de gymnastique est que c’est là que tout commence. On apprend à utiliser les stabilisateurs et les twisteurs (clairement un mot) de notre tronc. On apprend à utiliser nos bras et nos jambes en croisé. On apprend à se retrouver tête en bas. On apprend à stabiliser notre corps. C’est la base de la pyramide. Tous les autres mouvements s’empilent dessus, ou sont comme des branches qui se fixent au tronc d’arbre.

À un moment donné perdu dans le temps pour toujours, j’ai réessayé de faire une roue latérale. Pour la première fois de ma vie, sans pratique spécifique, j’ai réussi. Même chose pour un backflip sur un tremplin la dernière fois que j’ai essayé. Quand j’ai corrigé la base, le reste s’est mis en place.

Apprendre des nouveaux mouvements

Petits trucs que j’ai mis en place pour apprendre des nouveaux mouvements:

  • Pendant plusieurs mois, j’ai commencé mes entraînements de muscu au gym avec de la corde à danser, vu que j’étais complètement nul. J’ai trouvé des vidéos de mouvements simples et je les ai ajoutés tranquillement à mon répertoire.
  • Pendant ma maîtrise, j’ai commencé à amener trois balles de jonglerie à l’hôpital. Je prenais 15 minutes pendant le midi pour travailler sur des petits mouvements de jonglerie de base.
  • J’ai emprunté un cerceau au cégep entre des cours et j’ai commencé à travailler pour être capable de le faire tourner autour de ma taille. Après quelques sessions à avoir l’air complètement nul, j’ai réussi et j’ai gagné 7 points de sex-appeal.
  • J’ai pris 4-5 cours de danse latine privés pour mieux apprendre à suivre un rythme et des cours de swing par la suite. Je prévois reprendre les cours de swing quand les journées dureront 27 heures.
  • J’ai commencé à identifier des mouvements de yoga/capoeira/breakdance/gymnastique que j’étais presque capable de faire et à les pratiquer un peu à chaque début d’entraînement de BJJ. Avec le temps j’augmente le niveau de complexité.
  • J’ai commencé à pratiquer des trucs de Total Immersion Swimming, qui préconisent une approche technique extrêmement lâche (EXCELLENT!) pour apprendre à nager efficacement. Ça a révolutionné comment je voyais la nage.
  • Le dernier truc que j’ai commencé à faire est de mettre 5-10 minutes de temps en temps pour jongler avec mes pieds avec un ballon de soccer. On va voir ce que ça donne dans un an!

Résultats et conclusions

Ce qui s’est passé tranquillement avec le temps c’est que les nouveaux mouvements sont devenus de plus en plus faciles à apprendre et que mon aisance dans beaucoup d’activités différentes s’est grandement améliorée. J’ai moins de tensions musculaires, ma masse musculaire s’est très bien maintenue et j’ai aussi commencé à avoir de plus en plus de plaisir à bouger.

Le casse-tête mental d’apprendre quelque chose de nouveau et de complexe est nettement plus agréable que le casse-tête mental « je souffre à répéter le même mouvement comme un hamster, mais je dois me convaincre que j’aime ça ». En gros, je passe autant de temps à m’entraîner que quelqu’un qui vise seulement à être en bonne forme physique, mais je m’amuse plus et je bouge de mieux en mieux.

Dans les prochaines parties, je vais dresser le portrait du moron-moteur moyen, expliquer pourquoi vous bénéficieriez énormément de concentrer vos entraînements sur l’apprentissage de nouveaux mouvements et donner une liste solide de moyens de vous y mettre!

À bientôt!

Guillaume

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2 Comments

Moron-motricité 4: Comment devenir un/e ninja | Paléo Québec octobre 14, 2015 at 9:07

[…] 3 articles sur la moron-motricité (partie 1, partie 2, partie 3), on arrive enfin à la partie extra-joyeuse: comment orienter son […]

Reply
Michael octobre 25, 2015 at 3:54

HORS SUJET mais pertinent : Faites attention quand vous faites une mise à jour de votre site internet parce que par exemple j’avais sauvé cette page dans mes notes avec ce lien:

http://paleoqc.com/2015/08/19/confession-dun-moron-moteur-partie-1/

mais aujourd’hui c’est Pagenotfound 404 parce qu’il manque le ‘index.php’ dans le lien.

TOUS les liens que j’avais gardé en note avant cette mise à jour sont invalides et me donnent un Pagenotfound 404 à cause du ‘index.php’ manquant dans l’URL. Il faudrait soit revenir aux URL précédentes ou rediriger vers les nouvelles addresses

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