Exercice

Moron-motricité partie 2: Observations sur le terrain

posted by Paléo Québec août 31, 2015 2 Comments
observations paléo québec


Dans un article récent, j’ai parlé de mon expérience en tant que moron-moteur. Dans celui-ci, on discute de mes observations. Comme enseignant en éducation physique, je suis aux premières loges pour voir un problème plus important: je fais partie d’une épidémie de moron-moteurs.

Pourquoi est-ce que c’est un problème? Pour toutes les raisons. Le développement moteur est lié au développement du cerveau, encore plus pour les jeunes enfants. Un enfant privé de mouvement a un retard à vie. C’est aussi beaucoup plus dur de s’amuser comme adulte en bougeant quand on perd l’équilibre après trois pas.

Quand je vois des gens qui ne peuvent pas courir, jongler ou faire une roulade, je vois des gens qui ne savent pas lire, écrire ou faire des calculs. C’est de l’analphabétisme corporel (anamotricitisme?).

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Comment ça pas d’images?

Comme des zombies moteurs

Un des problèmes en éducation physique est que c’est un domaine vaste à enseigner. On peut être spécialisé en plein air et se retrouver à enseigner du volleyball. Un peu comme si « trucs intellectuels » était une seule matière et que les profs de français se retrouvaient à enseigner des maths.

Par exemple, quand j’ai commencé au cégep, j’ai eu à enseigner de l’aérobie, quelque chose que je n’avais jamais fait avant.

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Un résultat flamboyant

En commençant, j’étais sûr d’être plus nul que mes étudiantes. Après tout, les filles passent la majorité de leur jeunesse à faire de l’élastique, de la corde à sauter et à danser (c’est bien ça?). J’ai rapidement découvert que je m’en tirais pas mal bien. La majorité de mes étudiantes étaient incapables de suivre le rythme de la musique, de combiner des mouvements de main à des mouvements de jambes, ou même de faire un effort de plus de 8-10 minutes.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres:

  • Un nombre impressionnant d’étudiant(e)s est incapable de courir plus que quelques minutes, ou même courir tout court. Une majorité d’étudiants vont devoir s’arrêter pour marcher dans un test de course sous-maximal (tu cours à ton rythme) de 12 minutes. Ce n,est pas seulement une question d’endurance cardiovasculaire. La technique moyenne de course est atroce.
  • Dans les échauffements de course, je fais faire des petits exercices d’agilité aux étudiants: pieds croisés, courir vers l’arrière, etc. C’est standard pour n’importe quel joueur de soccer ou coureur en athlétisme. C’est un défi pour au moins la moitié de mes étudiants. J’ai même eu une plainte de quelqu’un qui trouvait que courir par en arrière dans l’échauffement c’était trop dur et que maintenant il avait des crampes aux jambes.
  • Environ 10-15% savent jongler et/ou faire de la corde à danser correctement.
  • Je commence toujours mes sessions de cours d’arts martiaux avec des roulades et des exercices simples (crevette!!!), parce que c’est une base que personne ne maîtrise. Pour la moitié des élèves, essayer de faire une roue latérale semble aussi absurde qu’essayer de faire un back-flip et de dunker dans un panier de basket-ball en même temps.
  • Vue marrante à une Spartan Race à laquelle j’ai participé en 2013: au moins la moitié des gens ne savaient pas ramper. Ils devaient tricher, aller vraiment lentement et/ou se rouler sur le côté comme des rouleaux à pâte.

Ce sont des exemples absolument non scientifiques, mais je crois honnêtement que la majorité de mes étudiants sont très loin de leur potentiel moteur.

L’objectif

Voici un vidéo d’une école secondaire test des années 60 aux États-Unis (pas besoin de comprendre l’anglais). Ce ne sont pas des étudiants moyens de l’époque, mais avec un programme solide, ça pourrait être comme ça partout.

Les adultes

Les adultes ne font généralement pas mieux que mes étudiants. Dès qu’ils sortent de l’école, un paquet de gens se mettent à s’asseoir professionnellement derrière un ordinateur. Quand ils continuent à s’entraîner, c’est rarement avec le but de gagner de l’agilité.

Prenez par exemple le test « Sit and rise » (s’asseoir et se lever) de prédiction de mortalité.

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Règles du test:

  • Vous devez croiser les jambes, vous asseoir en indien et vous relever.
  • Vous avez 5 points pour la descente et 5 points pour la remontée (10 total).
  • Vous perdez 1 point à chaque fois que vous avez besoin d’un point d’appui (main, coude, genou) et 0.5 à chaque fois que vous hésitez/perdez l’équilibre.
  • Un score en bas de 8 est potentiellement inquiétant.

Sautez à 2:00 et regardez la performance des reporters. Le test est simple, mais ils ont beaucoup de difficulté.

De votre côté, si vous n’arrivez pas à le faire et que ce n’est pas à cause d’une blessure (ou que vous avez plus de 75 ans), votre programme a besoin d’un réajustement*.

* Désolé si ça a l’air raide, j’ai de la difficulté avec l’idée de se cacher la tête dans le sable. Si vous n’arrivez pas à faire le test, tentez de le prendre comme une occasion de jouer avec vos objectifs.

Quoi faire?

Pas de panique si vous êtes un moron-moteur complet et que l’idée de faire une roulade arrière vous donne des sueurs froides. Dans la partie 3 de la série, je vais parler des avantages de bien bouger et je vais donner un paquet de moyens de tranquillement devenir des bêtes sexy du mouvement!

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Guillaume

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2 Comments

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