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Non, vous n’êtes pas fous. La sensibilité au gluten existe.

posted by Paléo Québec septembre 26, 2016 0 comments

Bonjour, groupe!
Combien d’entre vous avez essayé, par curiosité, une diète paléo ou paléo-esque? Vous avez peut-être sauté à pieds joints, ultra-strict, pas de gluten, pas de sucre, pas de produits laitiers, pas d’alcool. Vous avez peut-être été plus relax, coupant le gluten mais sans être hyper regardant sur le reste. Vous avez peut-être observé que vous vous sentiez mieux : moins de ballonnements, moins de diarhées ou moins de maux de tête.

Dans tous les cas, quand on vous demandait d’expliquer votre nouveau mode de vie, une des choses les plus simples à répondre est : « Ben, je mange pas de gluten »… et pour votre interlocuteur, c’est fini. En société, le « politiquement correct » fait qu’il ne reste plus grand chose desquelles on peut rire, mais les bizarres qui ne mangent pas de gluten n’en font partie. À BAS LES NON MANGEUX DE GLUTEN! Vous vous le faites reprocher à grand coups de nutritionnistes ou à grands coup de vulgarisateurs scientifique populistes. Toute amélioration de votre état, c’est « dans votre tête »… comme si vous vous étiez fait laver le cerveau.

Le problème, c’est que les données scientifiques commencent à dire qu’il y a peut-être un fondement dans votre amélioration qui se trouve « dans votre tête ». Plusieurs études scientifiques tentent de vérifier s’il existe effectivement une « sensibilité au gluten » ou une « sensibilité au blé », et la plupart porte à croire qu’il y a effectivement anguille sous roche.

Si vous êtes un vrai « nerd », n’hésitez pas à continuer à lire. Si ce n’est pas votre tasse de thé, au moins, passez le mot au prochain zozo qui vous dira que « C’est dans votre tête » !

1) Gluten causes gastrointestinal symptoms in subjets without celiac disease : a double-blind randomized placebo-controlled trial.

Dans cette étude, des gens non diagnostiqués de la maladie coeliaque qui mangeaient une diète sans gluten ont mangé des tranches de pain et des muffins ou bien sans gluten, ou bien avec. Ceux du groupe « gluten » avaient des symptômes (ballonnements, douleur, qualité des selles, fatigue) plus sévères que ceux qui n’en mangaient pas. Il n’y avait pas de différence significative dans le marqueurs d’inflammation de protéine C-réactive, ou de perméabilité intestinale.

2) Non-celiac wheat sensitivity diagnosed by double-blind placebo-controlled challenge: exploring a new clinical entity.

Cette étude visait à comprendre ce qui pourrait expliquer une sensibilité au blé en l’absence d’un diagnostic de maladie coeliaque. Quelque 276 patients sensibles au blé non coeliaques (tel que détectés par un test à double aveugle avec et sans exposition au gluten), 100 patients coeliaques et 50 patients souffrant de maladie du colon irritable ont servi de groupe contrôle. Les patients du groupe « Sensible au blé » semblent réagir de plusieurs façon : ils ont une plus grande activité immunitaire dans la muqueuse de l’estomac et de l’intestin et / ou une activité antigénique contre la gliadine (une autre protéine contenu dans le blé).

Les patients du groupe « sensible au blé » semblent se répartir en deux catégories : ceux qui réagissent comme des coeliaques, et ceux qui réagissent comme une allergie alimentaire.

Le point-clé est que les gens « sensibles au blé » présentent des biomarqueurs présents et constants. Si la sensibilité était psychologique, ces marqueurs ne devraient pas être différents.

3) Small amounts of gluten in subjects with suspected nonceliac gluten sensitivity : a randomized, double-blind, placebo-controlled, cross-over trial.

Lors de cette étude, 61 participants affirmant que le gluten leur causaient des symptômes néfastes sans maladie coeliaque ou allergie au gluten ont été sélectionnés. Pour une semaine, ils prenaient ou bien 4,375 g de gluten, ou bien de l’amidon de riz sous forme de gélules, puis changeaient de groupe.

Plusieurs paramètres mesurés se sont détériorés, de façon plus notable les ballonnements et douleurs intestinales, chez ceux qui prenaient du gluten.

À titre de comparaison, une tranche de pain à blé entier contient en moyenne 4 à 5g de protéine de gluten.

4) Non-celiac gluten sensitivity has narrowed the spectrum of irritable bowel syndrome : a double-blind randomized placebo-controlled trial.

Dans cette étude, 148 patients diagnostiqués avec le syndrome du colon irritable ont été recrutés. Ils ont suivi une diète sans gluten pendant 6 semaines, et 72 patients ont amélioré leur état pour la phase 2 de l’étude. Cette phase consistait à prendre du gluten (n=35) ou une poudre sans gluten (n=37) pendant 6 semaines. Dans le groupe gluten, 9 personnes rapportaient des améliorations symptomatiques (25,7%) ; dans le groupe sans gluten, 31 (83,8%).

Les chercheurs concluent que certains patients diagnostiqués du colon irritable seraient mieux traités si on détectait leur sensibilité au gluten.

Il y a une intersection probable entre les patients souffrant de sensibilité au blé et de maladie du colon irritable.

5) High proportions of people with nonceliac wheat sensitivity have autoimmune disease of antinuclear antibodies.

Cette étude évaluait la prévalence de maladies auto-immunitaires chez les gens atteints de maladie coeliaque, de sensibilité au gluten et de ceux souffrant de maladie du colon irritable, ainsi que la présence d’anticorps antinucléaires (marqueurs de maladie auto-immunitaire).

Plusieurs données de patients hospitaliers italiens ont été analysées. En tout, 131 rétrospectifs + 42 patients prospectifs « sensibles au gluten » et 151 rétrospectifs + 100 patients prospectifs coeliaques ou souffrant du colon irritable ont été analysés.

Lors de l’analyse rétrospective, autant de « sensibles » que de coeliaques étaient atteint de maladies auto-immunitaires (29%), tandis que 4% des sujets souffrant du colon irritable pouvaient en dire autant.  Dans l’analyse prospective, cette proportion bascule à 24% chez les sensibles, 20% chez les coeliaques et 2% chez ceux souffrant du colon irritable.

Les anticorps étaient présents à 46% / 28% chez les « sensibles » rétrospectifs / prospectifs, 24% / 7.5% chez les coeliaques et 2% / 6% chez ceux souffrant du colon irritable.

Il était connu que les coeliaques avaient une plus grande tendance à souffrir de maladies auto-immunitaires. Il est aussi connu que manger du blé sécrète de la zonuline, une molécule qui favorise une perméabilité intestinale trop grande. Or, la perméabilité intestinale chez présente dans 100% des cas de maladie auto-immunitaire. Bref, le gluten, c’est de l’huile sur le feu.

6) No effects of gluten in patiets with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates.

Le blé contient du gluten, mais est également riche en hydrates de carbones à courte chaines fermentables, ou FODMAPs en anglais.

Dans une étude de 37 sujets « sensibles au gluten » et souffrant de syndrome du colon irritable (mais non coeliaques), on a fait manger à ces sujets une diète faible en FODMAPs pendant 2 semaines, puis ont les a triés dans un groupe à haut gluten (16g/jour), faible gluten (2g gluten-14g protéines de petit-lait ) ou placebo (16g proteine de petit-lait), pendant une semaine. Ils ont ensuite été assignés à un groupe gluten ou sans gluten pendant 3 jours.

Somme toute, les chercheurs ont observé des symptômes gastrointestinaux lorsque les sujets étaient exposés à des FODMAPs – pas spécifiquement à du gluten uniquement.

Cette étude n’observe pas un effet comme quoi il existerait une « sensibilité au blé » ou au gluten. Toutefois, les sujets ont constaté une amélioration de leur état en supprimant les FODMAPs de leur alimentation. Savez-vous ce qui contient beaucoup de FODMAPs? Les produits céréaliers. Autrement dit, quelqu’un qui aimerait améliorer ses symptômes intestinaux pourrait essayer de supprimer les FODMAPs, ce qui le forcerait à éliminer le gluten de toute façon.

 

Donc c’est pas dans ma tête?

Un des problèmes de notre système de santé est que nos médecins sont surchargés, passant très peu de temps avec chaque patient. Ils ont en général peu de connaissances en nutrition, et peu de volonté à apprendre sur le sujet. Pas par méchanceté – parce que leur temps est compté et ils ont mieux à faire que de se mettre à jour sur quelque chose qui, dans le spectre de leur connaissance, n’a pas d’impact sur la santé de leur patients.

En général, on tente de diagnostiquer la maladie coeliaque avec un test pour un marqueur antigénique, une biopsie de l’intestin, et peut-être un test génétique. La sensibilité au blé n’est pas testée de façon plus élaborée. Toutefois, aux États-Unis, Cyrex Labs offre un test à la sensibilité au blé de… 25 marqueurs antigéniques.

Comme dirait Cyrano de Bergerac : « C’est un peu court, jeune homme ».

Faire ce test coûte toutefois très cher ; le meilleur test demeure toujours une diète d’élimination. Si après 30 jours d’avoir supprimé le gluten et les FODMAPs de l’alimentation on constate une amélioration de nos symptômes, il y a de fortes chances qu’il y ait quelque chose qui cloche, surtout si en ré-introduisant les aliments un par un, on constate que les symptômes reviennent…

 

Alors la prochaine fois qu’on vous dit que vous êtes crédule et stupide de croire à une « religion » comme la sensibilité au gluten, envoyez-les à cet article.

Bonne semaine!

Vincent

 

*Merci à Laurent pour l’aide sur cet article.

 

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