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Quand les enfants arrêtent de jouer + Comment construire un bon terrain de jeu chez soi

posted by Paléo Québec mars 16, 2018 0 comments
terrain jeux paléo québec


J’ai écrit récemment sur le phénomène des athlètes sédentaires. Des gens qui s’entraînent fort, mais sont complètement inactifs en-dehors de leur entraînement et qui en payent le prix. C’était écrit sur les adultes, mais ça s’applique aussi aux enfants et aux adolescents. Beaucoup d’enfants bougent. Ils sont inscrits au hockey, au soccer, à la gymnastique et à plusieurs autres. Mais il leur manque la même chose qu’aux adultes: une base solide de mouvement à longueur de journée.

Certains blâment la technologie « Dans mon temps on avait juste Duck Hunt au vieux Nintendo et on ne se plaignait pas! » ou certains blâment – stupidement – les jeunes eux-mêmes. J’ai ma propre hypothèse et elle est en lien avec le problème que les adultes ont à affronter: l’environnement a changé, et maintenant l’environnement autour des enfants les empêche de bouger.

Qu’est-ce qui s’est passé? Comment est-ce qu’on a pu perdre autant sans que personne ne s’en rende compte?

Comment les parcs et les écoles ont perdu tous leurs bons terrains de jeu

Un ami enseignant en éducation physique travaille dans une école où les élèves ont accès à des gros billots de bois dans la cour d’école. Ils sautent d’un billot à l’autre et s’amusent, en plus de développer leur équilibre. Malheureusement pour les enfants, un parent un peu fêlé a décidé qu’un billot de bois c’est dangereux parce que ce n’est pas fixé au sol. Qu’est-ce qui va arriver? Ils vont disparaître.

Ça fait quelques décennies que le phénomène des structures de jeu qui disparaissent se produit à travers toute la province. Il y a deux ans la ville de Sherbrooke a enlevé un module en métal magnifique avec de barres et des anneaux de gymnastique d’un des parcs les plus populaires de la ville. Ils ont remplacé le module par… roulement de tambour… rien. Quand je me suis plaint, ils ont dit que la structure était trop haute et que ça pourrait être dangereux. Est-ce qu’il y a eu un accident? Non. Est-ce que c’était vraiment risqué? Non. Mais… QUELQUE CHOSE POURRAIT ARRIVER!

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La notion de « quelque chose pourrait arriver!!!!!!!!!! » écrase tout sur son chemin. Tout. Pourquoi? Parce qu’elle est vraie. Nous sommes tellement d’humains qui font tellement d’activités que c’est SÛR que quelqu’un va se casser la gueule à un moment donné. D’autres facteurs viennent s’ajouter à ça:

  •  Les gens débiles qui se plaignent que tout est dangereux sont une minorité, mais ils ont une grande gueule. L’administration des écoles et des villes est constamment confrontée à eux et a l’impression qu’ils sont plus nombreux qu’ils ne le sont vraiment.
  • Plusieurs individus trouvent que ça n’a aucun sens, mais ils n’ont aucun pouvoir devant l’énorme système devant eux. Peut-être que j’arriverais à faire changer d’avis la ville de Sherbrooke sur l’importance des modules hauts, mais ça prendrait des efforts à temps plein pendant 10 ans. Malheureusement, j’ai d’autres choses importantes à faire, comme travailler pour ne pas mourir de faim. C’est la même chose pour les enseignants dans les écoles. Beaucoup aimeraient que les jeunes aient plus de chances de s’amuser avec des activités « risquées », mais ça prendrait tellement de temps et d’efforts convaincre la direction, les autres enseignants et les parents qu’ils n’auraient pas le temps de dormir.
  • Les changements se font trop lentement pour que les gens ne paniquent. Quand mon père était jeune, mon quartier à Laval était rempli d’étangs et de zones boisées. Quand j’étais jeune, les étangs et une majorité des zones boisées étaient disparus. Et si je me promenais dans le quartier avec un enfant, je pourrais pointer toute la journée des endroits où les condos ont remplacé la forêt depuis ma jeunesse. Si la transition était arrivée sur 2 ans, les gens auraient paniqué et foutu le feu à la mairie, mais à un étang/boisé ou deux par année, tu t’y habitues. C’est la même chose pour les terrains de jeu et ce que les enfants ont le droit de faire dans les cours d’école. Mon père jouait au roi de la montagne. Je n’avais pas le droit de le faire, mais on jouait sur le terrain de soccer à la place. Maintenant, le terrain de soccer est entouré de clôtures et les jeunes de l’école n’ont plus le droit d’y aller.
  •  Les poursuite judiciaires sont devenues à la mode. Maintenant, si un enfant tombe d’une balançoire parce qu’il ne se tenait pas (cas réel), la ville peut se faire poursuivre et avoir à payer beaucoup d’argent en frais d’avocats et en frais de dédommagement. Hey, j’ai une idée! On enlève la balançoire et personne ne va nous poursuivre!
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Une glissoire disparue pour toujours

La morale? On ne peut plus faire confiance aux villes et aux écoles pour avoir des infrastructures intéressantes. Le « retour du bon sens » n’arrivera vraisemblablement pas.

Résultat: « Maudits enfants paresseux, dans mon temps on allait jouer dehors pis on rentrait juste quand il fallait souper! »

Bonne nouvelle: les enfants n’ont pas spontanément muté en une génération pour devenir extrêmement lâches. En fait, quand je vois des programmes pour faire bouger les enfants plus, ça me rend perplexe un peu. « Sans leurs précieux cubes d’énergie les enfants ne joueront pas!!!!! » Euh… Qu’est-ce que ça prend pour motiver un enfant à jouer? Rien. Un enfant, c’est programmé pour jouer. Tu en mets 5-6 ensemble et ils vont courir et grimper partout toute la journée

Les enfants ne jouent plus à cause de deux problèmes: ils ont, comme j’ai mentionné plus haut, perdu énormément d’espaces de jeu et, combo suprême, ils n’ont plus le droit de rien faire.

  • Plaque de glace dans la cour d’école? Pas le droit de glisser debout. Juste assis, en ligne droite, quand la surveillante donne la permission (cas observé pendant une suppléance).
  • Parlant de cour d’école: pas le droit de courir trop vite, de grimper, de te chamailler, de ne pas faire les jeux désignés et d’essayer de faire quoi que ce soit pour imaginer que tu n’es pas coincé sur un coin d’asphalte déprimant.
  • Sports organisés? Écoute le coach! Respecte les règles imposées! Fais les exercices qu’on te dit de faire!
  • « Attends avant de jouer dehors, ça prend ta crème solaire, ton chapeau, tes chaussures, ton casque, ton sifflet de secours et ton gilet par balles! Chaque fois que tu penses sortir dehors, tu dois sentir ma peur peser sur tes épaules!«

Note: une école en Nouvelle-Zélande est devenue célèbre après avoir enlevé les règles pendant les récréations. Les enfants peuvent faire du skate-board, se pousser et même grimper aux arbres. Résultat? Le bullying est disparu, les blessures graves ont diminué et les jeunes sont plus attentifs en classe. Quand on laisse les enfants être des enfants… wow, tout se passe bien. 

Pas de panique encore, tout n’est pas perdu. Si vous aménagez votre terrain pour qu’il devienne un terrain de jeu potable, les enfants vont venir jouer.

Ce qui est amusant et ce qu’on peut faire chez soi (pour pas cher!)

Comment est-ce qu’on peut identifier ce qui va amuser un enfant? On peut soit se référer à sa propre enfance, soit regarder les adultes autour de nous. Quadragénaire qui s’achète une moto et fait un saut en parachute = jeune de 5 ans qui s’amuse avec sa trottinette et saute sur sa trampoline.

Les enfants s’amusent avec la même chose que les adultes: ils veulent des défis, de la vitesse, de la hauteur, de la saleté, des choses pour grimper, des choses qui tournent. Ils veulent creuser, se cacher, faire de la musique, construire des abris, jouer avec des choses coupantes et mettre des choses en feu. On peut en couvrir pas mal dans une cour moyenne!

Quelques suggestions. La majorité ne coûtent presque rien et se fabriquent en un après-midi avec un minimum d’outils.

  • Des stations d’équilibre: une planche mince, des billots de bois, des grosses roches, une slackline.
équilibre poutre jouer paléo québec

On peut changer le niveau de difficulté selon l’âge et le niveau d’habileté des enfants. On peut ajouter du défi en mettant des objets de forme irrégulière.

  • Une corde ou une échelle de cordes à grimper. Idéalement d’une hauteur intéressante.
  • Une cage à singes. Une structure en bois ou en métal où on peut grimper et s’accrocher. Pensez à mettre des anneaux de gymnastique dessus, ils attirent les enfants comme le miel attire les ours.
cage singes jouer terrain paléo québec

Environ 100$ de matériel!

  • Des buissons. Un outil essentiel pour une bonne partie de cachette ou de kick la canne. Aussi un excellent outil pour se mettre à l’ombre et pour attirer les insectes et les oiseaux, qui sont toujours intéressants à observer.
  • Un coin avec du sable et/ou de la terre pour creuser et se salir.
  • Une balançoire. C’est amusant, ça bouge vite, ça nous aide à réfléchir à la vie et on peut sauter pour descendre.
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Un classique!

  • Une piscine avec ça? Bof. En plus de coûter cher, de demander beaucoup d’entretien et de ne pas être utilisable pour une bonne partie de l’année, ça gobe une bonne partie de la cour qui pourrait être dédiée à d’autres modules de jeu plus intéressants. Si vous tenez absolument à une piscine et que vous avez le budget et l’espace, considérez une piscine-étang.
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On peut toujours rêver!

  • Pour les plus parents d’enfants plus vieux, ou pour les parents plus bricoleurs: on peut penser à des modules en bois pour des sauts à vélo ou skate-board. Ça se construit facilement avec une drill, un paquet de vis et quelques vieilles palettes de bois.
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Ça irait mieux avec plus d’élan

Bonus: c’est bon pour les adultes aussi. Gâtez-vous en même temps, installez des prises d’escalade ou un peg board.

pegboard jouer terrain paléo québec

Oh oui!

»Mais mais… mon petit Timothée va se faire mal!!! »: La gestion de risque

Un des éléments clé dans les activités amusantes et dans les activités qui font grandir émotionnellement est la notion de défi. Sans défi… aussi bien rester sur son divan. Si on veut un défi, ça prend un certain élément de risque. Un risque de tomber, de glisser, de se faire mal… Accepter que nos enfants vont jouer, c’est accepter une certaine quantité de risque. C’est aussi accepter que ce risque va les rendre plus forts, plus indépendants, plus fiers et plus heureux.

Quand même, tout risque n’est pas égal et on peut s’organiser un peu. On peut prendre l’exemple des centres d’escalade pour la gestion de risque. Si on adoptait la stratégie des écoles, la logique serait »en grimpant tu peux tomber, donc on interdit l’escalade ». Pour les centres, la stratégie a été plus sensée et logique. Pour les activités où on ne grimpe pas trop haut (le bloc), on met des matelas épais au sol parce qu’on sait que les gens vont tomber. Pour les activités où on monte plus haut, on attache les gens et on établit un protocole de sécurité strict (certifications, formations, vérifications mutuelles) pour éviter les chutes. Résultat? Un sport avec des sensations intenses, mais un niveau de sécurité très élevé. Côté gestion de blessures, entre faire jouer mes (futurs) enfants au soccer ou leur faire faire de l’escalade, je choisirais l’escalade.

Si je mets des modules dans ma cour, je peux penser à mettre du paillis autour pour absorber le choc en cas de chute. Je peux enlever les objets pointus près des stations d’équilibre. Faire attention à ce que des bouts de vis ne dépassent pas. Enlever les objets coupants au sol pour pouvoir être nu-pieds sans stress. Par-dessus tout, je peux montrer à mon enfant comment faire. Un enfant de 5 ans est capable de gérer un couteau coupant ou un feu de bois, ça ne lui prend que quelques consignes claires.

Conclusion

Tout n’est pas perdu pour les enfants, mais avec les écoles et les villes qui détruisent toutes les possibilités pour que les jeunes s’amusent, il faut que l’effort vienne des parents. Personnellement, être la famille la plus cool du quartier à cause de ma cour arrière pleine de modules de jeu ça me rendrait très heureux!

Guillaume

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