Maladies chroniques

Le diabète: tout ce que vous avez besoin de savoir!

posted by Paléo Québec avril 30, 2018 1 Comment
diabète type 1 paléo québec

L’année dernière j’ai écrit un article sur les dangers du diabète de type 2. J’aime encore mon article, mais avec le recul je me rends compte qu’il manquait un article d’introduction sur le diabète en général. De 2011 à 2014 j’ai fait une maîtrise en physiologie*, avec concentration sur les hormones liées au gain de poids et au métabolisme des glucides, et j’ai la fausse impression que c’est quelque chose que tout le monde connait. Voici donc un article sur le diabète: les hormones, les différents types de diabète et les conséquences du plus commun, le diabète de type 2.

*Note: j’ai pigé quelques parties dans mon mémoire de maîtrise.

L’insuline, l’hormone maîtresse

Le diabète est avant tout une question d’hormones, des molécules que les êtres vivants produisent pour réguler leur physiologie. La liste des fonctions des hormones est longue: digestion, gestion du métabolisme, gestion du sommeil, gestion des émotions, gestion des fonctions reproductrices, …

Un des besoins du corps est de maintenir les niveaux de glucose (une forme de sucre) dans le sang à un niveau raisonnable.

  • Quand le glucose est maintenu au bon niveau, les organes (dont le cerveau) ont une source continue d’énergie à brûler et tout se passe bien. Les taux de glucose vont normalement varier pendant la journée à cause des activités, mais le corps va travailler pour les ramener vers la normale rapidement. Normalement, on veut voir des niveaux entre 3.9 et 5.5 mmol/L chez une personne à jeun en santé.
  • Quand le glucose sanguin est trop bas et on parle d’hypoglycémie: perte de concentration, difficulté à parler, tremblements, ça peut même causer la mort. Niveau de glucose sanguin en-dessous de 3.9 mmol/L à jeun pour parler d’hypoglycémie, mais les définitions varient.
  • Quand le glucose sanguin est trop haut et on parle d’hyperglycémie. Les trois symptômes associés à une hyperglycémie aigüe sont une faim prononcée et fréquente, une soif prononcée et fréquente et un volume d’urine élevé. C’est surtout le niveau chronique qui nous intéresse, et je vais y revenir, mais pour l’instant: une hyperglycémie chronique crée des dommages spectaculaires dans le corps. Niveau de glucose sanguin entre 5.6 et 7 mmol/L à jeun et on parle d’hyperglycémie légère et à 7+ mmol/L on parle de diabète.

Paragraphe intense: parmi les hormones du corps humain, l’insuline a une importance capitale. Elle est une hormone maîtresse produite par les cellules bêta du pancréas. Elle affecte tous les organes et tissus du corps et elle affecte le métabolisme des glucides, des lipides et des protéines. Ses fonctions incluent la stimulation de la prise de glucose par les cellules musculaires squelettiques et les cellules du tissu adipeux, la suppression de la production de glucose par le foie et la suppression de la libération d’acides gras par le tissu adipeux. Le principal mécanisme causal de production d’insuline est la détection d’une augmentation du glucose sanguin par les cellules bêta du pancréas.

En court: l’insuline a beaucoup de fonctions, mais elle sert surtout à contrôler les niveaux de glucose dans le sang.

Les types de diabète

  • Diabète de type 1: un diabète insulino-dépendant d’origine auto-immune.

Chez les gens qui en souffrent, les cellules du pancréas ont été partiellement ou entièrement affectées et la production d’insuline est trop basse (voire nulle) pour contrôler les niveaux sanguins de glucose. Les niveaux de sucre sanguin montent en flèche (20+ mmol/L) et, effet secondaire de l’absence d’insuline, le corps brûle du gras à une vitesse folle (kétoacidose).

De nos jours les diabétiques de type 1 sont bien contrôlés et peuvent s’attendre à une espérance de vie équivalente à n’importe qui d’autre s’ils font attention à leurs habitudes de vie. Certains ont même des injecteurs d’insuline électroniques implantés en permanence qui fonctionnent comme des pancréas artificiels.

diabète type 1 paléo québec

Avant la première utilisation d’insuline bovine sur les humains en 1922, un diagnostic de diabète de type 1 était une condamnation à mort (à gauche). Depuis, on peut mieux contrôler la maladie (à droite).

Même s’il peut apparaître à n’importe quel âge, le diabète de type 1 était connu comme le diabète juvénile, parce qu’il était le seul type de diabète à affecter les enfants et les adolescents. Il a perdu son nom il y a quelques années lorsqu’un autre type de diabète a commencé à affecter plus d’enfants: le diabète de type 2.

  • Diabète de type 2: un diabète où le pancréas produit encore de l’insuline, mais où elle ne fait plus d’effet.

Idéalement, lorsque le glucose sanguin augmente, la production d’insuline augmente aussi et stocke du glucose jusqu’à ce que le niveau revienne à la normale. Dans certains cas, un ou plusieurs facteurs (inflammation, stress, prédispositions génétiques, prédispositions épigénétiques, mauvaise alimentation, manque d’activité physique, …) vont amener une personne à développer une résistance à l’insuline. Le corps produit autant d’insuline que nécessaire, mais les tissus sont saturés et ne répondent plus aussi bien.

Autrefois un problème relativement rare réservé aux gens de l’élite (plusieurs signes montrent que l’aristocratie égyptienne pharaonique en souffrait), le diabète de type 2 est maintenant une épidémie mondiale. Le reste de l’article y est consacré, parce que c’est un ÉNORME problème qui devrait empêcher beaucoup de gens de dormir.

En simple, un diagnostic de diabète de type 2 veut dire une chose: votre corps est en train de lâcher. Il a atteint ses limites et va perdre le combat d’un instant à l’autre.

  • Diabète de grossesse: un diabète temporaire qui affecte la mère pendant les deuxième et troisième trimestres de sa grossesse et disparaît quelques heures après l’accouchement.

Un phénomène intéressant se produit pendant la grossesse: pour être sûr que le bébé-en-devenir ne manque de rien, la mère devient légèrement résistance à l’insuline vers la fin de sa grossesse. Comme le foetus garde la même sensibilité à l’insuline qu’avant, il peut intégrer les nutriments en priorité sur la mère. Quand le bébé nait, la résistance à l’insuline de la mère disparaît en quelques heures. Dans certains cas (mère en surpoids, mère inactive, mère plus vieille, …), la résistance à l’insuline de la mère augmente tellement que les niveaux de glucose sanguin restent chroniquement élevés: c’est ici qu’on parle de diabète de grossesse.

Le problème avec le diabète de grossesse est que peu importe les niveaux de résistance à l’insuline de la mère, le bébé reste avec une sensibilité à l’insuline parfaite. Quand son corps reçoit le sang de la mère trop chargé en glucose, il agit comme il devrait et stocke l’excédent sous forme de gras. Et stocke encore. Et encore. Et encore. Jusqu’à ce qu’il devienne une petite boule de suif si nécessaire.

diabète grossesse paléo québec

Bébé de poids normal à gauche, bébé né d’une mère avec une diabète de grossesse mal (ou pas) contrôlé à droite. On parle d’un bébé « macrosome ».

Historiquement, avant que le diabète de grossesse ne soit contrôlé, les mères qui en souffraient étaient automatiquement accouchées par césarienne parce que le risque d’accoucher naturellement de bébés de 5-7 kg (11-15 lbs) étaient trop élevés. Une étude a démontré que les médecins font encore plus souvent des césariennes chez les mères avec un diagnostic de diabète de grossesse même si le bébé a un poids normal parce que l’idée que c’est risqué existe encore dans l’inconscient médical.

De nos jours, au Canada, pratiquement toutes les femmes enceintes passent des tests pour voir si elles ont des symptômes de diabète de grossesse et elles sont encadrées en conséquence. Le plus gros risque reste pour le bébé: une personne née d’une mère souffrant de diabète de grossesse est plus à risque de devenir obèse et diabétique dans le futur (épigénétique).

  • Diabète de type 3: on commence à voir le terme apparaître de plus en plus parce que l’Alzheimer semble être liée à une résistance à l’insuline dans le cerveau. Vincent a fait un article détaillé sur le sujet.

Développement du diabète de type 2 (DT2)

Comme mentionné plus haut, chez une personne souffrant de diabète de type 2, le pancréas fonctionne encore généralement assez bien, mais la résistance à l’insuline des tissus est si grande que plus rien ne se fait stocker quand même. Si on arrive à faire descendre la résistance à l’insuline, tout peut revenir à la normale. C’est la plus grosse différence avec le diabète de type 1, où, quand c’est établi, on n’a plus le choix de s’injecter de l’insuline.

Selon les données actuelles, la progression vers le diabète de type 2 ressemble à ceci:

  • Le corps se retrouve avec un surplus de nutriments à stocker et produit plus de l’insuline pour le faire.
  • Le surplus de nutriments continue (exemple: quelqu’un mange trop) et d’autres facteurs (manque de sommeil, inflammation, inactivité physique, …) entrent en jeu. Le corps doit produire plus d’insuline qu’avant et les tissus y deviennent tranquillement résistants.
  • Tant que les cellules adipeuses sont assez sensibles à l’insuline pour absorber le glucose d’extra, les organes vitaux sont protégés et tout continue normalement, à part qu’on prend du poids.
  • Quand les cellules adipeuses deviennent trop résistantes à l’insuline pour éponger les surplus, les niveaux de glucose sanguin commencent à être systématiquement élevés. Note: la sensibilité à l’insuline des cellules adipeuses varie selon les gens, ce qui explique que certaines personnes aient un poids presque normal, mais aient des problèmes métaboliques quand même.
  • Pendant un moment, le corps stocke le glucose sous forme de gras partout où il peut, jusque dans les organes vitaux même. Quand cette méthode atteint sa limite, les niveaux de sucre sanguin montent. Et montent. Et montent. Diagnostic: diabète de type 2.

Qu’est-ce qui arrive quand les niveaux de sucre sanguin sont hors de contrôle? Des dommages spectaculaires. Les petits vaisseaux sanguins souffrent particulièrement. Résultat? Le DT2 est le facteur de risque #1 pour la cécité (devenir aveugle), les amputations, les crises cardiaques et les problèmes de reins. Et un gros facteur de risque pour l’infertilité, les problèmes érectiles (youch) et même des problèmes de gencives. J’ai vu une citation d’un médecin qui disait qu’il préférerait avoir le SIDA qu’être diabétique.

Vous vous rappelez du diabète de type 1 qui était originalement connu comme le diabète juvénile? L’expression a été abandonnée parce que depuis quelques années, plus d’enfants souffrent de diabète de type 2 que de type 1. D’ailleurs, en 2015, une fillette de 3 ans est devenue la plus jeune personne avec un diagnostic de DT2. Le combo d’une mère obèse avec du diabète de grossesse qui amène une épigénétique défavorable et une alimentation complètement inadéquate ont épuisé toutes les ressources métaboliques d’une enfant avec un corps tout neuf. Les chances qu’elle ait une vie épanouie ou qu’elle puisse même se reproduire sont minces.

Prévalence du diabète de type 2: quelques images

Ce qui me fait vraiment paniquer avec le diabète de type 2 est que sa prévalence augmente partout dans le monde de façon spectaculaire. Vu les effets terribles que ça a sur la santé, ça va coûter cher. Très cher. Probablement plus que ce que les systèmes de santé vont pouvoir se permettre.

diabète type 2 paléo québec

Axe vertical de gauche: nombre de Canadiens avec le diabète. Axe vertical de droite: % de la population qui souffre de diabète. Le graphique arrête en 2008, mais je garantis que la tendance c’est maintenue dans la dernière décennie. Extra: ce graphique ne représente que les gens avec un diagnostic complet de diabète. Beaucoup de gens sont aussi prédiabétiques et vont en souffrir.

Quelques chiffres de l’Association Canadienne du Diabète: ouch.

diabète type 2 paléo québec

Les gens les plus à risque de souffrir de diabète de type 2 sont de loin ceux avec un surplus de poids. Pour vous donner une idée de l’effet: une femme avec un IMC de 25 (le seuil du surpoids) a 6x plus de chances de souffrir de DT2 qu’une femme avec un IMC de 21 (voir image plus bas). Quand on dépasse un IMC de 30… ça regarde très, très mal.

paléo québec diabète femmes

Graphique sur les risques relatifs (axe vertical) de souffrir de diverses maladies chroniques selon l’Indice de Masse Corporelle (axe horizontal). Notez que le DT2 et l’augmentation du poids corporel sont intimement liés, beaucoup plus que d’autres maladies chroniques (ici: maladies cardiaques, hypertension, calculs biliaires)

paléo québec diabète type 2

Même chose pour les hommes que pour les femmes!

Le Canada fait mauvaise figure, mais la situation est pareille ou pire dans beaucoup de pays. États-Unis, Mexique, Arabie Saoudite, Inde, pays développés ou en voie de développement, le problème est le même: le poids moyen augmente et le nombre de gens souffrant de diabète de type 2 augmente en conséquence. C’est sans aucun doute une des pires menaces de santé du 21ème siècle.

Je souffre de diabète de type 2, je fais quoi?

Le plus frustrant, de loin, avec le diabète de type 2 est que pour la majorité des gens qui en souffrent… ça pourrait se régler en quelques semaines/mois avec quelques changements d’habitudes de vie. Malgré cela, quand on leur donne le choix entre « manger n’importe quoi quand je veux » et « ne pas me faire amputer ou être aveugle dans 5 ans », beaucoup trop de gens choisissent l’option 1. C’est aussi frustrant et surréel que de se promener près des portes d’un hôpital et de voir des gens avec le cancer en train de fumer.

Si vous êtes dans la minorité prête à changer pour gagner des années (décennies même) de bonne qualité de vie, voici les changements faire:

  • Attaquer les 5 étapes pour casser la glace si vous commencez tout juste une approche paléo.
  • Alimentation: paléo faible en glucides. C’est de loin le plus efficace. Viande et légumes verts, des fruits de temps en temps. JAMAIS de sucre liquide (jus, boissons gazeuses, café avec sucre, smoothies). Si vous tenez à prendre un aliment sucré (l’idéal reste jamais), faites-le après une bonne dose d’activité physique, le corps est temporairement plus sensible à l’insuline.
  • De l’exercice régulier avec des marches après les repas aussi souvent que possible. Un des trucs magiques de l’exercice est qu’il fait entrer le glucose dans les cellules musculaires même sans insuline. Ça veut dire que l’exercice fonctionne pour tout le monde, peu importe leur niveau de résistance à l’insuline. De la marche et du vélo régulièrement suffisent pour commencer, pas besoin de vous inscrire à un gym tout de suite!
  • Sommeil sommeil sommeil. Une seule nuit trop courte peut réduire significativement la sensibilité à l’insuline d’une personne en santé, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le Canadien moyen qui manque chroniquement de sommeil.

Je sais, ce sont les mêmes changements d’habitudes de vie que n’importe qui d’autres, mais je vous garantis qu’ils valent plus la peine pour vous si vous êtes diabétique. Un diagnostic de type 2, c’est signe que la marge de manoeuvre est inexistante. Les cartes de crédit sont pleines, la marge de crédit est au max et les créanciers ne peuvent plus nous courir après parce que le téléphone a été coupé. Ça va prendre une solide discipline pour se reprendre en main, MAIS, au moins, une rémission complète est possible.

Conclusion

Peu importe le type, on ne peut ignorer un diagnostic de diabète. La bonne nouvelle, c’est que malgré la gravité du problème, les gens souffrant de diabète de type 2 peuvent espérer reprendre une vie complètement normale s’ils attaquent leurs habitudes de vie agressivement.

Guillaume

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1 Comment

Vince mai 15, 2018 at 3:46 pm

Très bonne lecture! J’ai versé une larme pour la petite fille de trois ans. C’est triste de penser que le DT2 est transmis de parents à enfants par le biais des habitudes de vie.

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