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La science a-t-elle raison sur tout? Quatre facteurs où les études ont des limites

posted by Paléo Québec avril 26, 2019 0 comments

Ah! La science. Cette entité magique qui prouve, hors de tout doute, que quelque chose est vrai ou faux. « Selon les études… » est une justification qui ne trouve pas de réplique, qu’elle vienne de la bouche d’un médecin prescrivant des médicaments, d’un entraîneur suggérant une nouvelle routine d’entraînement ou d’un nutritionniste suggérant un plan alimentaire.

Je ne suggère pas de jeter toute la science et les études scientifiques à la poubelle, mais y a t’il des limites à ce que la science et les études peuvent nous dire?

Mais qu’est-ce que la science?

La méthode  scientifique est basé sur des hypothèses testées, puis re-testées (du moins, en théorie), afin de se représenter notre monde en modèles et en systèmes qui s’approchent le plus près possible de la réalité. La « science » ne génère pas des concepts immuables – au contraire, l’objectif de la science est de créer ces modèles les plus vrais possibles. Si on détrône des anciens modèles, tant pis – le meilleur doit primer. « Devrait » serait peut-être un mot plus juste.

Là où la science gâte les cartes – les sentiments des chercheurs à la source

La méthode scientifique a été mise de l’avant pour éviter les conflits d’intérêt et pour détacher l’humain de ses sentiments. Or, c’est exactement ce qui arrive – la méthode scientifique arrive à être pervertie par des chercheurs qui procèdent à l’envers. Lorsqu’ils tombent en amour avec une théorie, ils exploitent le filon en formulant des hypothèses en accord avec leur paradigmes. On constate que lorsque certains chercheurs proéminents prennent leur retraite ou décèdent, c’est bizarre, mais de nouvelles théories sont mises au banc d’essai.

C’est fâcheux, mais cela retarde l’apparition de courants de pensée différents et potentiellement plus adéquats, ou qui au minimum méritent d’être explorés.

La science qui a trait à l’humain – incomplète et inadéquate?

De dire qu’on en sait peu sur les sciences en ce qui a trait à l’humain – biologie, nutrition, entraînement – est un euphémisme. On en sait un brin, certainement – mais quelqu’un qui affirme maîtriser tous  les fondements de la biologie humaine peut-il vraiment être sérieux en sachant l’existence de facteurs tels le microbiote et l’épigénétique, dont on ne connait pratiquement rien?

C’est pratique de réduire les systèmes du corps humain pour faciliter leur compréhension, mais cela ne veut pas dire que les petits composants d’un système vont avoir les mêmes effets dans un plus gros. Par exemple, le calcium alimentaire, que l’on va retrouver dans les produits laitiers, certaines noix et certains légumes verts, semble être excellent pour la santé. Quand on le prend en supplément toutefois, il semble occasionner une plus grande incidence de maladies cardiovasculaires.

Cette approche par petits systèmes peut devenir problématique si des intervenants sur le terrain commencent a mettre l’accent sur des éléments spécifiques, sans tenir en compte le système global. Pour paraphrase Albert Einstein, « Les scientifiques professionnels peuvent voir un millier d’arbres sans jamais voir une forêt. »

albert einstein paleo

Nous accordons à Albert Einstein le titre de Paléo Honorifique.

Les biais des vulgarisateurs

J’avais mentionné que les chercheurs pouvaient avoir des biais – et les vulgarisateurs, dont moi et Guillaume font partie, ne sommes pas à l’abri. Au même titre que les chercheurs peuvent affectionner leur théories, les vulgarisateurs peuvent s’identifier à un courant de pensée et le défendre bec et ongles. Si ce courant de pensée fait partie de leur identité, questionner ce courant ce pensée suscite des réactions négatives et virulentes de leur part.

Ce « courant de pensée » peut être paléo, peut être vegan, peut être ce que vous voulez. Cela peut même dans ce que j’appelle « l’escouade scientifique bien-pensante ». Vous pouvez facilement les identifier : ils disent des choses comme :

  • Aucune étude n’appuie (insérer théorie, hypothèse ou concept) ;
  • Une anecdote n’est pas une preuve scientifique ;
  • L’histoire nous dit que… ;
  • Telle personne non spécialiste affirme (tel concept) et c’est un tout croche, alors (tel concept) est douteux.

Un tatouage est également un signe que votre interlocuteur affilie son identité à ce courant de pensée…

Prenons par exemple le terme « détoxification ». C’est un terme chargé de pseudoscience et de vendeurs de poudre de perlinpinpin, avec raison. Prenons un membre de l’escouade scientifique bien-pensante, qui va hurler du haut de ses beaux petits poumons roses : « SI TU AS UN FOIE TU DÉTOXIFIES DÉJÀ ».

Oui, mais non. C’est un exemple de pensée en petits systèmes. Comment est-ce qu’un foie détoxifie? Je vous suggère de vous référer aux tweets de Chris Masterjohn sur le sujet (1, 2, 3, 4, 5, 6), mais concrètement, il explique que le foie n’est pas un « filtre ». C’est un organe qui utilise des molécules afin de rendre des molécules « toxiques » inopérantes, ou qui effectue des réactions pour réduire les éléments toxiques en sous-composants qui ne le sont pas. Or, ces molécules ont besoin de cofacteurs – comme l’acide aminé glycine, des minéraux comme du souffre, du zinc, du magnesium, du selenium, des vitamines comme les B1, B2 et B3.

Si on vérifier dans des moteurs de recherche scientifique, « Detox Diets » fait ressortir l’imbecillité de ces protocoles, ce dont se délectent les membres de l’escouade scientifique bien-pensante. Il n’en demeure pas moins qu’en pratique, la capacité du foie à exercer sa fonction de détoxification est dépendante de ces nutriments. Une analyse trop superficielle du concept de « détoxification » au nom de la sagesse populaire s’avère donc limitatif.

Bref, en tant que vulgarisateurs, nous ne sommes pas à l’abri de mettre de l’avant nos croyances… potentiellement au détriment des auditeurs, malgré la meilleure intention du monde.

Est-ce que la science est adaptée à vous?

Il faut aussi noter que, malheureusement, les études scientifiques sont souvent présentées par des journaux comme présentant des résultats en blocs. Le dernier grand titre sensationnaliste peut affirmer quelque chose du genre « Prendre trop de protéines est mauvais pour les reins! », sans spécifier que la population étudiée est des gens avec des problèmes rénaux à la base. Ou encore, « Tel médicament a fait maigrir les sujets de l’étude »!

Il faut se méfier d’affirmations trop belles pour être vraies, car elles le sont souvent pour plusieurs raisons :

  • La population étudiée n’est pas représentative de vous.

Les femmes post-ménopausées et les étudiants d’université en lendemain de veille sont probablement les deux population les plus étudiées, car ce sont les plus disponibles et volontaires. Est-ce que tout le savoir acquis est représentatif d’une population plus large? Peut-être que oui, peut-être que non.

  • Une étude représente une moyenne.

Une étude calcule les moyennes. Souvent, la vie distribue les résultats en forme de « u » inversé : une masse significative de gens vont se trouver au centre de la distribution, avec une minorité de participants se trouvant aux extrêmes. Considérez le graphique suivant, peu importe le sujet :

inverted u graph science

Courbe en « U » inversé

Imaginez que ce graphique par de l’efficacité d’un protocole de musculation sur le gain de masse musculaire chez des gens non entraînés.

En observant ce graphique, on peut constater que la masse des gens, qui se trouvent à droite de l’effet « nul », vont observer un changement positif en suivant le protocole. L’ampleur de cet effet est vraiment important pour 5% des gens – pour les autres, moins.

Et si vous étiez un individu qui se trouverait à gauche de l’effet nul? Non seulement ce protocole serait inefficace, il serait peut-être même détrimentiel.

Donc, à la poubelle, la science et ses études?

Bien sur que non! Malgré que Guillaume et moi sommes assez critiques de certaines études, notamment sur la nutrition (qui sont très difficiles à mener), la méthode scientifique, c’est comme la démocratie. « La démocratie est la pire forme de gouvernance, excepté toutes les autres, qui le sont encore plus », disait Winston Churchill.

winston churchill paleo

40 onces de gin par jour, c’est Paléo.

Ce qui faut retenir ici est que la science est un outil de masse, pas un outil individuel. Vivre au rythme des études est non seulement stressant (le bacon tue! Le kale tue! respirer tue!), mais ne tient pas compte de la réalité individuelle des gens. C’est pourquoi on encourage régulièrement les gens à faire des tests avec leur alimentation et leur protocoles d’entraînement, parce que si on fait « comme tout le monde, parce que », on peut avoir des résultats décevants, ou même négatifs!

Malgré qu’elles n’aient pas la cote, les anecdotes et les observations empiriques ne devraient pas être balayées sur la base qu’elles n’ont pas d’études. Toutes les études sont nées d’une hypothèse qui méritait d’être explorée, et ne pas le faire est non-scientifique.

 

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